Tortilla Flat ∴ John Steinbeck

Trouvé à la librairie Oxfam, Tortilla Flat est le troisième roman signé John Steinbeck acheté à Paris le week-end du salon du livre. Sa petite taille a trouvé naturellement sa place dans mon sac à main et je l’ai lu dans le train du retour. J’avais laissé Steinbeck de côté après ma lecture d’A l’Est d’Eden, qui m’avait totalement envouté.

Ici, l’auteur américain a écrit un vrai roman picaresque avec une galerie de portraits d’hommes très touchants. Je l’ai lu en anglais mais je cite ici la version française sur l’ouverture du roman. Un peu à la manière d’un vaudeville, d’une pièce de théâtre, Steinbeck nous présente l’histoire :

Voici l’histoire de Danny, des amis de Danny et de la maison de Danny. Voici comment ces trois sont devenus une seule et même chose, car, à Tortilla Flat, lorsqu’on parle de la maison de Danny, il ne s’agit pas d’une veille construction de bois mal badigeonnée, disparaissant sous un antique rosier de Castille jamais taillé. Non, quand on parle de la maison de Danny, on entend par là une entité dont les composantes étaient des hommes et qui fut source de douceur et de joie, de philanthropie et pour finir, de peine mystique. Car la maison de Danny n’est pas sans rapport avec la Table ronde, ni les amis de Danny avec ses chevaliers. Voici donc l’histoire de ce groupe : comment il se forma, comment il crût et s’épanouit en une organisation de sagesse et de beauté. On y verra les amis de Danny et leur vie aventureuse, avec les biens qu’ils on fait, avec leur pensées, avec leurs entreprises. On y verra à la fin comment le talisman fut perdu et comment le groupe se désagrégea.

L’histoire est celle de ces gens simples, des Paisanos – ces habitants de Californie au sang-mêlé, indiens, mexicains et Blancs. Ils aiment boire et déteste travailler. Depuis leur retour de la guerre, les trois amis vivotent lorsque Danny apprend qu’il a hérité de deux maisons. Le voilà soudainement riche.  Très vite, il loue la deuxième maison à ses compagnons de mauvaise fortune, Pilon, Pablo et Jésus-Maria contre un loyer modeste mais qu’aucun n’est capable d’honorer, que ce soit en pièces d’argent ou en gallons de vin. Ses amis l’aiment mais ils n’ont jamais garder un sou en poche. Jusqu’à ce que Big Joe, un ancien de l’armée, diminué, mette le feu accidentellement. Danny est en colère mais très vite il pardonne, car ici l’amitié prime sur le reste. Il les accueille donc sous son toit. Bientôt ils sont cinq à habiter et à chercher chaque jour assez d’argent pour manger et surtout boire. Leur vie est assez simple, faite de petites mésaventures lorsqu’ils trichent un peu pour obtenir leur pitance.

Ils accueillent même sous leur toit un ancien vagabond surnommé Pirate. Picon a remarqué que ce dernier épargnait chaque jour un peu d’argent qu’il allait cacher dans les bois. Cet homme, toujours accompagné de ses cinq chiens est un curieux personnage. Picon l’accueille alors à la maison – afin de découvrir l’endroit où l’homme cache son trésor. Mais une fois l’histoire révélée (un voeu pieu faite à la mort de son animal adoré), les amis décident d’aider Pirate à réaliser sa promesse.

C’est donc l’amitié qui prime dans ce roman, une amitié tellement belle et douce – imparfaite mais si réelle et si éphémère. On s’attache à chaque personnage, à ce quartier de Tortilla Flat qui accueille toutes sortes de zozos, hommes ou femmes. Ou la femme est l’ennemi de l’homme (les sentiments amoureux), il convient de lui préférer un gallon de vin ! L’humour et l’ironie sont habilement utilisées et distillées tout au long de la lecture. Oui, ce sont des hommes simples – un peu naïfs mais c’est avec tendresse que Steinbeck nous ouvre leur monde.

On ne remarque pas non plus la détresse grandissante de Danny qui ne s’aime pas en tant que propriétaire. L’histoire a donc une fin. Elle m’a fait penser à un conte, un conte de Dickens mais transporté en Californie peu de temps après la guerre. Lorsque les hommes descendent au port chercher un petit boulot (découper les poulpes), j’ai senti l’odeur du poisson et du large. J’ai senti l’odeur des chiens mouillés qui ont le droit de dormir dans un coin de la maison.

Un très joli moment de lecture qui m’a touché. « Un goût doux-amer » a cité un internaute et je le rejoins, et un peu de nostalgie en refermant ce livre alors que je n’ai jamais connu cette époque ! Publié en 1935, il est un incontournable de l’oeuvre de Steinbeck.

Une adaptation cinématographique fut tournée par Jason Fleming en 1942 avec John Garfield dans le rôle de Danny, Spencer Tracy dans le rôle de Pilon et la sensuelle Hedy Lamar dans le rôle de Dolores Ramirez.

♥♥♥♥♥

Editions Penguin, year, pages x

 

20 thoughts on “Tortilla Flat ∴ John Steinbeck

  1. ça fait très longtemps que je n’ai pas lu Steinbeck ! « Tortilla flat » et « Rue de la sardine » ont été parmi les premiers livres que j’ai achetés avec mon argent de poche ! Il me faudrait les relire, c’est sûr !

  2. Ah John Steinbeck, un amour de jeunesse, j’en ai lu beaucoup dont « Les raisins de la colère », « A l’est d’Eden » etc… je l’ai celui-ci, j’en suis sûre, mais je ne m’en souviens pas du tout. Et si je relisais cet auteur ? Aurais-je toujours le même plaisir ?

  3. Je pense souvent à relire Steinbeck, il faudrait que je me fasse une petite pile et que je reprenne ses livres avec mon regard d’aujourd’hui. Je l’ai lu il y a longtemps, mais je trouve que c’est le genre d’auteur vers qui on a envie de revenir.

    1. Oui et ses romans ont toujours autant d’impact. Pareil je veux relire certains auteurs lu quand j’étais adolescente. Notre regard a sûrement évolué !

  4. J’ai seulement lu « Des souris et des hommes » de Steinbeck – que j’ai racheté ensuite en anglais d’ailleurs. Celui-ci me donne très envie, mais j’ai peur que l’anglais soit assez compliqué et me décourage vite fait. Qu’en penses-tu ?

    1. alors, effectivement – j’ai été surprise au début de ma lecture car l’anglais n’est pas moderne – il est très classique, donc ça peut être un peu plus ardu et il y a du langage parlé de l’époque. Quand j’ai lu A l’Est d’Eden, le style avait déjà évolué. Tu peux peut-être regarder des extraits sur Amazon (feuilleter quelques pages) et voir si ça te convient ?

  5. Bravo de remettre Steinbeck à l’ordre du jour! Je veux lire celui-ci. Tu as le titre de la traduction? La citation du début est très invitante. Envie d’en lire plus… La langue, avec ses répétitions, me plaît beaucoup.

  6. Steinbeck ne m’a jamais déçu. Il me reste celui-ci et « La perle » dans ma pal, je les garde pour le jour où j’aurai envie de retrouver ce grand monsieur.

    1. Oui je te comprends ! il y a des romans qui traversent les âges ! je me réserve les Raisins pour une période de vacances …

  7. (Bon, mon commentaire précédent n’est pas passé ?) je disais mon grand amour pour Steinbeck, dont j’ai tout lu et adoré et qui se laisse relire n’importe quand avec la même passion !

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