La disparition de Jim Sullivan ∴ Tanguy Viel

mai 12, 2017
La disparition de Jim Sullivan ∴ Tanguy Viel

Me voilà au Salon du Livre à Paris quand Jérôme m’emmène au stand de l’éditeur Minuit et je retrouve La disparition de Jim Sullivan, vue une première fois à Nantes en librairie – cette fois-ci je craque. Et surprise, l’après-midi, nouveau passage avec Eva et Delphine-Olympe devant le stand, Tanguy Viel est là ! J’en ai donc profité pour le faire dédicacer.

J’ai profité de ce long week-end pour le lire, il se lit très vite (160 pages), il m’aura suffit d’une grasse matinée. J’avoue : Tanguy Viel m’a surpris par son choix narratif : le voilà narrateur (du moins on peut le penser) et il se confie à vous, lecteur sur son rêve d’écrire un « roman américain ».  Car Tanguy Viel a réalisé qu’il lisait principalement des romans américains et que ces romans possèdent ce don d’universalité qui parlent à tous, que vous soyez Américains ou Français. Et voici son idée de départ :

Du jour où j’ai décidé d’écrire un roman américain, il fut très vite clair que beaucoup de choses se passeraient à Detroit, Michigan, au volant d’une vieille Dodge, sur les rives des grands lacs. Il fut clair aussi que le personnage principal s’appellerait Dwayne Koster, qu’il enseignerait à l’université, qu’il aurait cinquante ans, qu’il serait divorcé et que Susan, son ex-femme, aurait pour amant un type qu’il détestait.

Puis tout le long du roman, le narrateur réfléchit à l’histoire de ce fameux Dwayne – pourquoi est-il stationné à deux cent mètres du logement de son ex-femme ? Pourquoi a-t-il une batte de base-ball dans son coffre ? Et pourquoi le surprend-elle un nuit à enterrer des boites dans le jardin ? Et Tanguy Viel de se faire plaisir à étriller tous les écueils des romans américains, stéréotypes et clichés qui jalonnent les romans américains : l’éternel prof de fac qui traverse une crise existentielle, divorcé (forcément, il cite les romans de Philip Roth, de Richard Ford…), qui enseigne dans une fac renommée (ici Ann Arbor) et qui annonce une ville comme tierce personnage Détroit et ses grands lacs.

L’idée de départ est très intéressante et c’est vrai qu’on retrouve souvent ce genre de personnages dans les romans américains, et puis le héros prend la route – comme tout bon américain,  forcément il va traverser le pays jusqu’à Myrtle Beach, au bord de l’Atlantique. Il roule des heures, voit du pays, dort dans motels poisseux, boit dans des bars miteux – tout y est. Avec en fond, la disparition de Jim Sullivan, le chanteur préféré de Dwayne, qui s’est volatilisé une nuit au Nouveau-Mexique. Bref, tout y est.

Mais le souci c’est justement le fait que Tanguy Viel veuille tout mettre dans son roman, ainsi lorsqu’il envoie son personnage pêcher,  il s’attaque au nature writing , maladroitement,  puis avec l’histoire du vol des œuvres d’art irakiennes, il veut parler grande Histoire (le roman se passe en 2003 quand les USA déclarent la guerre à l’Irak) en y mêlant petite histoire et enquête policière, mais à nouveau c’est maladroit, décousu.  Oui, les Américains citent souvent le fameux Nine Eleven (11 septembre 2001) et rattachent leurs romans à des personnages réels, mais ici Obama n’a rien à faire-là.  A cette époque, il n’est connu que dans l’État d’Illinois. Et Tanguy Viel de vouloir aussi y glisser l’obsession des Américains pour le paranormal (les UFO), et encore d’autres clichés…. mais tout ne rentre pas ..

A vouloir tout mettre, il me perd. Par exemple le personnage quitte Détroit et la ville disparait –  l’auteur rate totalement son coup de la placer en avant. Est-ce volontaire ? Peut-être…

A-t-il voulu mélanger nature writing / romance / thriller / grands espaces / microcosme universitaire / crise existentielle en un seul roman ? Ou est-ce juste un exercice de style ? Car les Américains ne mélangent pas tout. Autre bémol : je n’ai pas cru une seule seconde à la crise existentielle de Dwayne, parce que sa femme a pris un amant (alors que lui-même couche avec une étudiante), il va péter un câble : se lancer dans le trafic d’œuvres d’art, mettre le feu à un restaurant, engager des hommes de main … et quitter son métier comme par enchantement…

Ma faute sans doute – je lis énormément de romans américains et surtout j’ai vécu, étudié, travaillé là-bas et donc j’ai souri face à des idées préconçues qui sont l’image que l’on se fait des Américains, mais qui est parfois erronée (« les Texans sont tous des Républicains » nous dit-il). J’ai ainsi trouvé que le choix du prénom du personnage principal, un professeur de littérature dans une fac très connue (spécialiste des auteurs américains contemporains et classiques) était totalement raté. Pas un professeur ne se prénomme Dwayne. Je sais c’est bête, mais Dwayne c’est le vendeur de voitures de la petite ville d’à côté. C’est le voisin chiant qui vous fait de grands gestes quand vous essayez de vous faire discret. Mais ce n’est pas un professeur de littérature 🙂

Autre idée farfelue : l’auteur veut parler d’un sport violent typiquement américain et il choisit le hockey sur glace – l’auteur nous explique que ça fait très américain, car en France, on n’y joue qu’à Annecy. Non, ce sport est plutôt associé avec les Canadiens (et au Texas, personne ne joue au hockey…) Pourquoi ce choix ? Mais enfin, le football américain ! Richard Ford, bon sang ….

Enfin, les flashbacks, une forme narrative très présente dans les romans américains et maîtrisée or ici ça ne l’est pas. Bref, j’ai lu le roman de Tanguy Viel, je n’ai pas compris l’exercice et je n’ai pas du tout accroché aux personnages et j’étais heureuse de refermer ce roman.

Je vous l’accorde : il a bien mis le l’accent sur certaines tournures narratives, sur des personnages récurrents, sur les obsessions des auteurs américains mais avec un regard très Français, et d’une manière trop décousue. Oui, j’ai apprécié son humour.  J’ignore quel était le but de cet exercice, mais je préfère replonger dans un bon roman américain.

♥♥♥♥♥
[highlight color= »color here »]Editions Minuit, Coll. Double, 2017, 160 pages [/highlight]
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16 commentaires

Marie-Claude mai 12, 2017 - 2:08

Je l’ai lu en 2013, lors de sa première édition. Je ne lisais pas tant de romans américains à l’époque.
J’avais trouvé l’exercice amusant, avec tous ces clichés et stéréotypes. J’étais surtout intriguée par le fait qu’un auteur français tente de cuisiner un roman pur USA. Je ne me souviens pas de grand chose, au final, sinon que l’aspect historique, entre autres, était franchement tiré par les cheveux.
Je doute fort qu’il me ferait le même effet aujourd’hui…

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Electra mai 12, 2017 - 7:07

2013 ? J’ignorais qu’il remontait à si loin ! ah oui l’aspect historique, moi aussi – l’exercice est intéressant mais le résultat, je pense que j’en attendais un peu plus !

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Jackie Brown mai 12, 2017 - 6:39

Il y a beaucoup de choses qui m’ont gênée dans ce roman, mais pas le choix du hockey comme sport violent. Les joueurs se battent sur la glace (et on les met « au piquet » quand ils exagèrent), et les spectateurs hurlent comme des dingues et tapent sur les vitres. Il y a bien une équipe au Texas, elle joue d’ailleurs dans la même conférence que les Avalanche de Denver.
Mais comme toi, je n’ai pas trouvé l’idée originale et ça sentait un peu le recuit.

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Electra mai 12, 2017 - 7:09

oh j’ai vu des matches de hockey – j’ai enlevé un paragraphe de mon billet maison ma ville a une très bonne équipe locale (et pas à Annecy) donc je sais mais comme il était à fond dans les stéréotypes, le football américain est plus « parlant » à un français que le hockey qui n’est pas une découverte.
Pour le reste, si je trouvais l’exercice original, comme toi, je l’ai trouvé confus et un peu sans queue ni tête ! dommage !

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keisha mai 12, 2017 - 7:48

Ah j’ai bien aimé, je me suis amusée, mais je lis avec intérêt ton billet et les commentaires. (je suis en train de lire les richard ford d’ailleurs).
J’aime bien ton explication de Dwayne , je reconnais que je ne m’y connais pas en prénoms américains, mais je suppose que c’est comme en France, où à quelques exceptions près, le prénom est en relation avec l’âge et le milieu. (crois en mon expérience de prof!) Raison pour laquelle je ne peux lire Valentine goby , Mathilde dans les année 50 et dans ce milieu, pas trop crédible…, pareil pour mila… Bref.

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Electra mai 12, 2017 - 9:30

ah voilà ! oui les Dwayne ne sont jamais profs ! tant mieux si tu avais bien aimé, je crois qu’ayant vécu là-bas, j’ai lu le livre avec un regard différent. Je me souviens de ton mot sur Goby et le prénom Mathilde – quand le livre était sorti.

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krol mai 12, 2017 - 9:51

J’avais beaucoup aimé et je continue à lire avec intérêt les romans de Tanguy Viel. Et quel homme sympathique, non ?

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Electra mai 12, 2017 - 9:55

Ah tant mieux ! Oui il est très sympa et très breton avec sa marinière

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Virginie mai 12, 2017 - 10:30

Je lirai ton billet plus tard, ce roman est sur ma PAL pour les jours à venir !!

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Electra mai 12, 2017 - 10:47

Oui je te comprends ! Bonne lecture

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noukette mai 12, 2017 - 11:17

J’aime beaucoup l’idée de ce roman, il m’attend sur mes étagères d’ailleurs, il faudra que je me fasse ma propre idée !

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Electra mai 12, 2017 - 11:18

Exactement ! L’auteur est très sympa !

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Eva mai 14, 2017 - 9:30

je l’ai dans ma PAL, bon j’en attendais beaucoup mais ton avis me refroidit franchement!
bref, je sais à quoi m’attendre…j’espère quand même qu’il me plaira! (je m’imaginais un roman classique qui se passerait aux USA, pas un exercice de style…)

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Electra mai 14, 2017 - 9:37

Ah ! Au moins tu es prévenue mais certains ont vraiment aimé et puis toi tu as lu ses autres romans donc tu pourras me dire Si c’est son style. Je n’ai pas été confondue par l’écriture par exemple. Donc hâte de te lire !

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keisha mai 18, 2017 - 5:03

Un breton exilé dans les terres, à une heure de route de chez moi (comme ça il peut se déplacer en librairie ou autre!)

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Electra mai 18, 2017 - 6:38

Ah ! D’où son amour pour les marinières !

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