Fan Man ∴ William Kotzwinkle

« Toute personne qui tentera de trouver une intrigue à cette histoire sera fusillée » Mark Twain

Difficile d’écrire un billet sur ce livre culte, publié en 1974. Mais si vous aimez le cinéma, dîtes-vous qu’il est le père spirituel du Big Lebowski des Frères Cohen. J’avoue que s’il m’arrive de sauter des préfaces, celle-ci, signée Kurt Vonnegut est indispensable ! Car n’importe quel lecteur non averti – risque de partir en fuyant !

Kurt Vonnegut nous invite à découvrir ce roman culte qu’il décrit comme une musique qu’on avait jamais entendue avant. Et c’est le cas ! Partons à la rencontre de Horse Badorties – le héros de ce roman étrange, où il est le double narrateur. Car Horse est un homme à part – le « hippie loser » – le hoarder bourré de tics et de tocs qui ne vit qu’au gré de ses obsessions et de ses lubies, la plus grande : réunir une chorale composée de jeunes femmes, de musiciens en vue d’un grand concert, accompagné du ronron d’une centaine de ventilateurs !

Horse va vous faire peur : l’homme est un hoarder – signification : il accumule des centaines de choses dans son appartement, au point de ne plus pouvoir retrouver l’évier ou les toilettes. A tout ce foutoir s’ajoutent tous les déchets car Horse ne jette rien. Menacé d’expulsion, Horse a toujours une solution. L’homme a une allure effrayante, il le dit lui-même en apercevant son visage dans un miroir, la barbe longue, les cheveux sales, avec des morceaux de nourriture coincés dans ses poils de barbe, un long manteau et un sac plein à craquer de choses inutiles – mais essentielles aux yeux de notre obsédé. Pas sexuel. Non, vous vous souvenez des troubles obsessionnels compulsifs de Jack Nicholson dans le film Pour le Meilleur et pour le pire ?

Horse en est victime et il est sans cesse assailli d’idées, il doit lutter contre une voix intérieure qui lui commande de ne pas sortir de chez lui, et doit perpétuellement lutter pour aller faire ce qu’il s’est promis de faire. Toutes les excuses sont bonnes pour retourner dans sa turne. Son repaire, son repli.  Attention : Horse adore la fumette et à cette époque, Big Apple regorge d’amis potentiels fumeurs de joints, champignons, mariejeanne, Horse fume de tout ! Horse est donc perpétuellement shooté et peut se donner corps et âmes à ses lubies.

Ca va au-delà de mes rêves les plus fous, mec, et je m’engage dans l’allée qui s’enfonce dans une incroyable MONTAGNE D’ORDURES, mon rêve, mec …

Il passe ses journées à distribuer des fliers à des jeunettes pour les recruter pour son concert, puis  il passe une nuit entière dans un cabine téléphonique à passer des coups de fil pour commander des ventilateurs. Horse est un hippie loser, loser mais heureux, voire magnifique. Le plus drôle c’est lorsqu’il part dans le New Jersey chercher un vieux bus de ramassage scolaire dans une décharge – à peine arrivé, le propriétaire lui refile cet engin qui n’a plus de freins, et Horse le remplit d’autres trucs, totalement inutiles mais essentiels à son bien être : une sirène d’alerte aérienne, un vieux détecteur de mines, mécanisme de freinage d’une ancienne rame de métro, etc. !

Au début, j’avoue – je trouvais étrange ce monologue où Horse entend une autre voix lui dicter de faire autre chose – et très vite le lecteur comprend que chaque faits et gestes sont une lutte chez lui, même pour accomplir une de ses lubies, tant bien même celle-ci est-elle totalement loufoque. Horse n’est pas méchant, il est même attendrissant et je l’ai laissé m’embarquer dans quelques jours de sa vie et la magie a opéré ! Le roman un pris un tour enchanteresque et on croit à ces talents de chef d’orchestre.

Horse peut faire peur, comme le dit son éditeur, il est « égo et excentrique », « yogi foutrasque » et difficile de ne pas être dégouté quand il tente de se faire une petite gonzesse sur un monticule de déchets dans son appart! Mais la parenthèse qu’est ce roman musical en vaut bien la peine.

Horse incarne ici l’épicentre de la vie underground, de ces années 60 et 70 où la drogue était votre plus fidèle alliée et où chaque artiste en devenir avait une chance de démontrer son talent.  J’ai laissé Horse continuer à accumuler toutes sortes de gadgets les plus ridicules, à lutter contre cette petite voix qui lui dit de ne pas sortir de chez lui, et j’ai retrouvé 2017 une forme de raison. Mais j’avoue qu’il est parfois bon de se laisser guider par ces gens que l’on qualifierait aujourd’hui de « malade mental » et d’entonner avec lui son mantra le plus efficace :

andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille andouille

Livre culte aux USA, habituellement réédité, il était temps que les Français le découvrent ! William Kotzinkle a créé un nouvel archétype de personnages. Et cela m’a plu. Plus connu pour une autre de ses oeuvres (L’ours est un écrivain comme les autres), il livre ici un roman à part. Je le répète : lisez la préface de Kurt et tout ira pour le mieux !

♥♥♥

Editions Cambourakis, Poche, The Fan Man, trad. Nicolas Richard,  2012, 190 pages

10 thoughts on “Fan Man ∴ William Kotzwinkle

  1. nan mais tout ce qui sort des éditions Cambourakis est à lire <3 J'avais entendu parler de ce roman par un pote grand lecteur et fan comme moi de Selby jr qui m'a dit que c'était assez proche dans l'esprit et que ça pourrait que me plaire ! Je confirme !

  2. Je n’avais jamais entendu parler de ce roman culte découvert avec toi dans les allées du salon du livre. ça pourrait me plaire mais j’hésite quand même un peu.

  3. Je suis allée lire un extrait sur le site de Cambourakis. La surabondance de «mec» n’agace pas trop?
    L’intrigue est géniale. Ce toqué m’intrigue!

    1. Oui au départ ses tics (dont le langage) peuvent un peu gêner mais la balade est trop bonne ! Et puis quand sa voix lui dit de rester chez lui on est avec lui pour résister et son voyage au New Jersey est mythique

  4. Tu m’a convaincu d’aller l’acheter. J’y avais jeté un œil mais reposé très vite . Trop bizarre. Faut croire que j’avais besoin d’une explication…
    Et je résiste pas à New York…

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