Les heures ∴ Michael Cunningham

avril 10, 2017
Les heures ∴ Michael Cunningham

C’est en allant à la BM de mon quartier que j’ai croisé ce roman. J’avais en tête le nom de l’auteur et quand j’ai vu la petite taille (224 pages) de ce roman si célèbre, je n’ai pas hésité. Emporté et lu dans la journée. L’œuvre la plus connue de Michael Cunningham a été unanimement acclamée : lauréate du Prix Pulitzer 1999 et du Pen Faulkner, la même année et a placé l’auteur comme une figure majeure de la littérature américaine.

…Et je ne l’avais pas encore lu, ni vu son adaptation cinématographique (presque tout aussi connue). Suis-je la seule à découvrir si tardivement ce roman ? J’aime à penser que non. La quatrième de couverture nous indique trois périodes de temps et de lieux distinctes :

  • à New York, à la fin du 20è S.
  • à Londres, en 1923.
  • à Los Angeles, en 1949.

Et trois protagonistes : Clarissa vit à New York. Elle est éditrice. Homosexuelle, elle vit en couple depuis plus de vingt ans et a une fille de 19 ans, Sylvia. Clarissa est sortie acheter des fleurs ce matin-là car elle organise chez elle une cérémonie en l’honneur de son meilleur ami, Richard Brown, poète, qui vient de recevoir le prix C.  Ce dernier est malade du sida et vit reclus chez lui. En chemin, Clarissa repense à leur relation et à cet unique baiser, échangé il y a près de 25 ans. L’amour à l’état pur. Qu’en reste-t-il ?

De son côté, à Londres, en 1923, Virginia Woolf est une romancière connue mais qui s’ennuie depuis que son mari l’a forcé à quitter la capitale pour s’installer dans un pavillon au bord d’une rivière. La romancière qui aimait tant recevoir du monde, d’autres artistes, doit composer ses journées autrement, sous la coupe de sa cuisinière et attend les visites de sa sœur comme un détenu attend les visites de sa famille en cellule. Virginia doit se reposer, ordre du médecin et du mari. La jeune femme est sujette à la dépression et associe lieu comme l’antichambre de la mort. Elle rêve de pouvoir s’échapper, prendre un train pour Londres.

Enfin, Laura Brown à Los Angeles en 1949. Laura est une jeune femme au foyer, mère du petit Richie, âgé de 3 ans. Ce jour-là, Marie aimerait pouvoir s’absenter, quitter ce quartier résidentiel, cette vie monacale mais aujourd’hui c’est l’anniversaire de son mari et elle doit préparer un gâteau. Pourtant, le roman qu’elle lit, celui d’une certaine Virginia Woolf, lui parait nettement plus intéressant. Laura aimerait disparaitre, se volatiliser.

Dans un jeu très subtil de correspondances, d’aller-retour, entre les pensées de ces trois femmes, Michael Cunningham réussit un tour de force littéraire pour deux raisons.  D’une part, en réussissant à créer entre ces femmes, de générations et de pays distincts, une cohésion secrète, et d’autre part, en jouant sur l’œuvre de Woolf  à démontrer la magie de toute œuvre littéraire (trouvée en lisant pas mal de choses sur l’artiste, elle m’a toujours obsédée) « en célébrant l’écrivain, son personnage et son lecteur« .

Virginia, Clarissa et Laura. Trois femmes, trois destins et pourtant tant de liens, décrits de manière si subtile et si bouleversante. Trois femmes empreintes de remords. Trois femmes obsédée par la fuite, physique, temporelle ou mentale afin de combler un besoin vital : exister par elle-même et non uniquement à travers le regard des autres Pour ma part, j’ai eu un énorme coup de cœur pour Laura, prisonnière de son rôle d’épouse et de mère, dont on sent ici que le fil tenu qui la relie à la vie peut craquer d’une seconde à l’autre. Je connaissais le destin de Virginia Woolf, même si j’avoue que sa mort (et la méthode qu’elle a choisi pour y parvenir) m’interroge toujours autant.

J’ai pensé, en particulier au sujet de Laura, à la mère de l’auteur américain, Jeremy Gavron, dont la mère s’est suicidée « sans raison apparente » alors qu’il était enfant. Ou à Sylvia Plath. Ces femmes dont les choix de vie vont basculer l’image qu’elles s’étaient données auprès de leurs proches.

Je comprends donc à présent le succès de ce roman et j’ai envie de voir l’adaptation cinématographique.

♥♥♥♥♥

[highlight color= »color here »] Éditions 10-18, trad. Anne Damour, 224 pages [/highlight]

16 commentaires
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16 commentaires

keisha avril 10, 2017 - 9:03

je l’ai lu (mais pas vu le film) un bon souvenir, d’autant plus que je ‘découvrais v woolf à l’époque

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Electra avril 10, 2017 - 11:53

C’est un très beau livre, reste à voir le film – je me souviens qu’à l’époque de sa sortie, il ne m’attirait absolument pas 😉

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Edwige Mingh avril 10, 2017 - 9:52

Familière de l’oeuvre de V.Woolf (lire le Journal est recommandé ainsi que la bio d’Hermione Lee ), j’ai vu l’adaptation cinématographique, mais pas lu le livre. Je signale que la BBC ou ITV (j’ai oublié!) a fait récemment une série sur le groupe de Bloomsbury assez réussie.
Je note le livre de Cunningham pour un creux de lecture !

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Electra avril 10, 2017 - 11:54

Je ne l’ai pas encore lu, j’ai lu des extraits et j’avoue que le style m’a un peu rebuté mais la personne m’attire beaucoup – je note pour le Bloosmbury. J’ignore si le film est fidèle au roman, que j’ai beaucoup aimé !

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Eva avril 10, 2017 - 10:26

j’ai vu le film ( et lu le livre dans la foulée) quand il est sorti – je crois que j’étais en prépa, donc ça devait être autour de 2002 (ah la polémique sur le faux nez de Nicole Kidman pour incarner Virginia Woolf)
Je n’avais pas été enthousiasmée ni par l’un ni par l’autre, même si rien ne m’avait foncièrement déplu…peut-être aussi étais-je trop jeune à l’époque…

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Electra avril 10, 2017 - 11:56

Je n’aurais jamais lu ce livre à l’âge de 18 ans, comme toi je pense qu’il aborde le sujet des regrets, des remords sur son passé, donc à 18 ans – c’est compliqué de se projeter en avant. Pour ma part, j’aurais sans doute beaucoup moins aimé même si le thème de la liberté chez la femme m’a toujours interpelé.
Pour le film, oui en voyant les premières photos, j’ai réalisé le faux nez – je la reconnaissais à peine ! J’ignore si cela a été utile à l’histoire.

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Titezef avril 10, 2017 - 1:35

Je n’ai toujours pas lu le roman. Par contre j’ai adoré le film à sa sortie et depuis revu un nombre incalculable de fois en dvd. Un de mes film « doudou »…Et que dire de la BO , mon cd est usé …
(Effectivement moi non plus je n’avais pas 20ans lors de sa découverte.)

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Electra avril 10, 2017 - 1:37

Oh merci ! tu me donnes donc envie de regarder le film, disons que j’adore Julianne Moore et son personnage – je vais donc essayer de me le procurer 🙂 Merci !

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Laeti avril 11, 2017 - 3:23

Il faut que je lise ce roman! je n’ai pas vu le film non plus, tu n’es pas la dernière 😉

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Electra avril 11, 2017 - 4:07

Je me disais aussi ! Non je plaisante, mais oui il faut le lire !

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Marie-Claude avril 12, 2017 - 3:42

Le film m’avait troublée. J’avais adoré ces vies mises en parallèle. Je vais peut-être me laisser tenter par le roman, après tout!

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Electra avril 12, 2017 - 7:07

ah j’étais sûre que tu l’avais lu ! Donc je suis surprise, oui le film avec le nez de Nicole Kidman … le roman devrait te plaire je pense 🙂

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Valentine Pumpkins avril 12, 2017 - 1:40

Coup de coeur durable (mais assez ancien) pour ce court et superbe roman ! Je l’avais lu juste après avoir vu le film qui, dans mes souvenirs, était tout aussi chouette 🙂

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Electra avril 12, 2017 - 1:51

Oui ! Maintenant j’ai très envie de voir le film

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Océane avril 15, 2017 - 11:05

L’adaptation ciné fait partie de celles qui ne déçoivent pas, par rapport au roman.Bonne découverte.

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Electra avril 15, 2017 - 12:39

Oui on me l’a dit même si le nez de Kidman va me troubler !

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