We are all completely beside ourselves ∴ Karen Joy Fowler

« I thought this was a gripping, big-hearted book . . . through the tender voice of her protagonist, Fowler has a lot to say about family, memory, language, science, and indeed the question of what constitutes a human being. »   Khaled Hosseini

J’ai choisi de lire ce roman, adapté en français sous le titre Nos années Sauvages aux éditions Presses de la Cité, suite à ma rencontre avec l’auteur lors du Festival America. Une rencontre un peu particulière, car le roman repose sur un « secret » que le lecteur découvre à la fin du premier tiers du roman, aussi la romancière devait faire attention à chaque mot qu’elle prononçait.

Elle est quand même (comme dans le roman) revenue sur son histoire personnelle, en nous confiant que son père était comme le père du roman : un « psychologue » mais pas celui qui reçoit dans son cabinet des personnes en souffrance mais un professeur de facultés, mathématicien qui menait des expériences. Le père de Karen Joy Fowler, s’en souvient-elle noircissait ses cahiers d’équations mathématiques auxquelles sa fille ne comprenait rien.  Mais revenons au roman :

Il était une fois deux sœurs, un frère et leurs parents qui vivaient heureux tous ensemble. Rosemary était une petite fille très bavarde, si bavarde que ses parents lui disaient de commencer au milieu lorsqu’elle racontait une histoire. Puis sa sœur disparut. Et son frère partit. Alors, elle cessa de parler… jusqu’à aujourd’hui. C’est l’histoire de cette famille hors normes que Rosemary va vous conter, et en particulier celle de Fern, sa sœur pas tout à fait comme nous…

Cette quatrième de couverture ne m’aurait pas, je l’avoue, totalement subjuguée,  n’étant pas trop penchée sur les histoires de familles mais la mystérieuse disparition de deux des trois enfants titillait ma curiosité.

Il est donc difficile d’écrire ce billet sans révéler le fameux secret mais celui-ci ne met pas fin à l’histoire, bien au contraire : il permet à Rosemary de défaire le fil de sa vie et de remonter dans le temps.

J’ai tellement de choses à dire sur ce roman qui m’a énormément touché, d’abord parce que l’histoire, qui s’il est exceptionnelle, reste tout à fait réaliste mais surtout parce que l’auteure américaine a livré ici un roman magnifique sur l’amour et la rivalité fraternels. Un roman extrêmement puissant, poignant.

Et auquel je dois ajouter : un coup de foudre pour le choix narratif : la voix de Rosemary ne vous quitte pas, et j’adore la manière dont elle fait vivre cette jeune femme, qui en vous racontant l’histoire de sa vie, vous raconte aussi ses soirées de beuverie à la fac et son regard envers elle-même. Rosemary se souvient de ses cinq ans, de ses vingt-deux ans, et à la fin du roman, elle a une quarantaine d’année.  Je me suis attachée à cette jeune femme qui, par la force des choses, va être amenée à découvrir peu à peu la vérité sur certains faits.

In Bloomington, to someone my grandma’s age, the word psychologist evoked Kinsey and his prurient studies, Skinner and his preposterous baby boxes. Psychologists didn’t leave their work at the office. They brought it home. They conducted experiments around the breakfast table, made freak shows of their own families, and all to answer questions nice people wouldn’t even think to ask.

Elle lève le voile sur certaines zones d’ombre et doit affronter ses craintes et surtout faire le constat que même enfant, on peut être porteur d’une noirceur en soi. De violence, de jalousie.

Karen Joy Fowler présente une famille américaine dont la vie va être chamboulée à plusieurs reprises, une famille où l’on communique peu, ou du moins on omet volontairement certains sujets, comme le sort de Fern.

Rosemary est en colère contre eux,  après son départ, le nom de Fern n’est plus prononcée et puis son frère disparait et le même silence s’installe. La jeune fille part vite étudier loin de ses parents. Elle leur reproche cette attitude incompréhensible jusqu’au jour où la vérité éclate et où elle doit tout réapprendre, tout réajuster. Un très long processus.

L’autre point fort du roman c’est l’amour extraordinaire qui unit cette famille, Rosemary à Fern, la mère envers ses enfants, impossible de ne pas être touché.

Enfin, Karen Joy Fowler n’hésite pas à évoquer ici de nombreuses recherches scientifiques et elles m’ont passionnées car j’ai quitté la fac pour étudier la biologie et le langage des signes car j’étais justement passionnée par le même thème qu’eux (secret!). Vous comprenez donc pourquoi ce roman me touche particulièrement (mais chez moi, cela aura duré six mois, littéraire dans l’âme …).

J’ai adoré le style de l’auteur, cette manière de nous faire partager les vicissitudes de l’héroïne, ses pensées, ses doutes, sa colère, ses sentiments de solitude et son travail d’introspection. Un roman merveilleusement écrit  et ça fait énormément de bien je vous jure !

Il est impossible de ne pas se sentir proches de ces sœurs et de ressentir les mêmes émotions et de savoir à quel point chaque décision peut être un déchirement. L’apprentissage de l’âge adulte passe aussi par accepter le choix de ses parents. Il faut parfois se faire violence pour faire passer l’intérêt de l’autre avant le sien.

Finalement, le « secret » pourrait être levé que le roman resterait aussi puissant – car il va bien au-delà. J’ai une image magnifique à vous montrer mais impossible ou alors le secret est-il déjà levé pour tout le monde ?

Un roman que j’ai emprunté mais que je souhaite commander pour l’avoir chez moi, bien au chaud.

Comme le ou la journaliste du Times le dit si bien : « Il y a eu beaucoup de livres écrits sur l’amour et la rivalité fraternels, mais peu, j’en suis sûre, capables de vous déchirer le cœur et de vous bouleverser comme celui-ci… Préparez-vous à être enchanté et traumatisé ». 

♥♥♥♥♥

Éditions Marian Wood Books/Putnam, 2013, 320 pages

13 thoughts on “We are all completely beside ourselves ∴ Karen Joy Fowler

  1. Je l’ai lu (fin 2014?) en vO car pas encore traduit. Bien sûr je me souviens du ‘secret’ et n’en ai rien dit , mais j’ai un peu oublié certains détails de la vie de rosemary

  2. je me rappelle que tu m’avais raconté ta rencontre avec l’auteure au festival America (avec la photo qui était assez ancienne ^^)
    j’avais très envie de lire ce livre, mais un billet de blog a complètement spoilé le fameux « secret », du coup ça a cassé mon envie, et le livre est resté dans ma LAL
    si tu dis que même en connaissant le fameux secret on peut apprécier ce livre, je vais sans doute le lire du coup.

    1. Oui ! Il est révélé assez vite et surtout on découvre pourquoi les parents n’ont rien dit et pourquoi Le frère a disparu. Et surtout ce qui est passionnant c’est de voir le chemin parcouru de la narratrice entre ses souvenirs d’enfance et son regard d’adulte. Sa colère à l’époque. Voilà ! Je pense qu’il te plairait pour ça.

  3. J’ai été mise au courant du fameux secret, mais cela n’a pas tué ma curiosité. Les histoires de famille, j’aime ça, tu le sais! Je suis ambivalente depuis sa parution, mais là, ton billet me fait pencher du bon côté. J’attendrai toutefois sa parution en poche.

  4. Je suis justement en train de le lire ! Il traîne un peu sur ma table de chevet (surtout parce que le niveau d’anglais n’est pas toujours hyper accessible donc je fais ma flemmarde), mais je viens juste de passer le moment du fameux secret.
    Et je n’aurais absolument pas deviné qu’il pouvait s’agir de ça !

    1. Oh tu le lis ? ah oui le fameux secret, ce que j’aime dans la suite, c’est son analyse, son regard sur son comportement à l’époque et en grandissant, son regard sur ses parents qui évolue. Le niveau d’anglais, je ne fais pas attention, mais je comprends ! Moi, pareil, je ne connaissais pas le secret même si quelques indices m’avaient mis sur le chemin.

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