Salvage the bones (Bois sauvage) ∴ Jesmyn Ward

For my brother, Joshua Adam Dedeaux, who leads while I follow.

Je n’avais pas prévu de revenir de la BM avec ce livre sous les bras, ne connaissant pas l’auteur même si son nom résonnait particulièrement en moi. Et c’est seulement une fois ma lecture terminée que j’ai pensé à regarder s’il était sorti en version française et que soudainement j’ai pensé à Marie-Claude qui l’avait acheté en version Poche en juin dernier et en parlait sur son blog 😉

Le roman, je l’apprends, a remporté le prestigieux National Book Award en 2011 et je comprends tout à fait pourquoi ! Je ne comprends pas pourquoi il est resté particulièrement anonyme en France. Mais revenons à l’histoire et surtout le lieu : Bois Sauvage, Mississippi en 2005. Cet état, coincé entre l’Alabama et la Louisiane, a aussi accès au Golfe du Mexique, même s’il est beaucoup plus restreint que celui des Etats voisins.

Voilà Esch, une gamine de quatorze ans qui doit gérer la maison depuis que sa mère est morte en couches en mettant au monde le petit dernier, Claude Junior, huit ans. Esch doit s’occuper de lui, de son père, Claude Senior, qui boit souvent de trop et de ses deux frères ainés, Randall et Skeetah. Esch a grandi vite, trop vite. La jeune fille et sa famille vivent sur une propriété presque à l’abandon, leurs voisins, des blancs aisés, vivent plus loin. Leur maison en bois a des fuites, il y fait froid l’hiver et le père n’a pas les moyens de l’entretenir. Les garçons s’occupent comme ils le peuvent, ils tiennent le coup grâce à leur bande de copains, toujours prêt à aider. Esch a joué un temps les garçons manqués et les a suivis dans leurs sorties mais un jour l’un d’eux s’est amouraché d’elle, Esch n’a pas su dire non. Elle a couché avec plusieurs d’entre eux même si son coeur ne bat que pour Manny, mais celui-ci a une petite amie et cache leur relation.

Leur père vient d’apprendre la nouvelle : un ouragan se dirige vers le golfe du Mexique – d’une violence rarement vue depuis des années, mais personne ne semble y apporter d’attention. Il doit gueuler un bon coup pour se faire entendre. L’ouragan est encore loin, il n’atteindra leur Etat que dans douze jours. Douze jours, douze chapitres.  C’est dans cette intervalle qu’Esch découvre qu’elle est enceinte et qu’elle décide de le cacher. Son père ne doit pas savoir, ni ses frères. Elle préfère d’ailleurs aller voir les chiots que la chienne pitbull de Skeetah, China, vient de mettre au monde. Mais un petit est mort-né et les autres ont une santé fragile. Skeetah dort avec eux et ne pense qu’à leur bien. Il lui faut de la meilleure nourriture et lorsque les petits tombent malade, il doit se procurer en urgence un médicament. China a déjà fait de nombreux combats et en s’unissant avec un autre champion, ses petits ont beaucoup de valeur.

De son côté Randall vit un conte de rêve : il est l’un des meilleurs joueurs de basket-ball et il s’entraîne à fond pour un match fondamental qui pourrait lui valoir une bourse sportive. Le dernier Junior suit ses frères où qu’ils aillent, parfois repoussé, il réussit la plupart du temps à se faire inviter, même aux combats de chiens.

Alors que la tempête approche, l’humeur du père change, il boit de plus en plus et Esch ne sait pas comment annoncer la nouvelle à Manny. La jeune fille se réfugie alors dans la lecture, la mythologie grecque où sa mère, qui lui manque beaucoup, ressemble à Médée.

Jesmyn Ward dresse un portrait magnifique d’une frange de la population souvent oubliée, celle de ces hommes et femmes noirs et pauvres du Sud. Dernièrement, la littérature américaine aborde plus souvent la population pauvre blanche, les « white trash » . Et  Jesmyn Ward de nous rappeler qu’on peut vivre, en 2005, dans une misère totale, en ayant encore peur des blancs.

Si certains passages sont difficiles à lire, comme les combats de chien, d’autres sont très émouvants, comme l’attachement de Skeetah pour sa chienne ou l’amitié entre les habitants après le passage de Katrina.

China is white as the sand that will become a pearl, Skeetah black as an oyster, but they stand as one before these boys who do not know what it means to love a dog the way that Skeetah does.

Car préparez-vous, à chaque jour, à l’approche de l’ouragan, la tension monte a crescendo, et qui a oublié les images de désolation après le passage de Katrina? des quartiers entièrement rasés, des routes déformées ? et ces habitants, laissés à eux-même,  la gestion de ce drame ayant été ouvertement critiquée par la suite. Bush, alors Président, n’avait pas cru bon revenir de ses vacances…

When Mama first explained to me what a hurricane was, I thought that all animals ran away, that they fled the storms before they came,  that they put their noses to the wind days before and knew. That maybe they stuck their tongues out, pink and warm, to taste, to make sure. (…) But now I think that other animals, like the squirrels and the rabbits, don’t do that at all. Maybe the small don’t run. Maybe the small pause on their branches, the pine-lined earth, nose up, catch that coming storm air that would smell like salt to them, like salt and clean burning fire, and they prepare like us.

Alors les enfants accrochent au marteau des planches de bois pour cacher les fenêtres, tentent autant que se peut de protéger leur maison et leur bien, l’ouragan approche et ils n’ont que leurs proches pour se rassurer, bientôt la nuit s’abat, le vent souffle de plus en plus fort et la tempête abat sa terrible colère contre ces pauvres gens.

Cette chronique familiale est magnifique – le choix du personnage d’Esch pour nous raconter ces derniers jours avant l’ouragan et ce portrait de cette Amérique pauvre et abandonnée – en tapant ces mots, je me souviens des efforts désespérés de cette gamine pour mettre tout le monde à l’abri, de l’amour ressenti pour ses frères, des amitiés entre ces habitants comme le très généreux Big Henry qui veille sur elle. Le poids du monde est si pesant.

Un mélange étonnant de violence et de tendresse, de l’émotion palpable à chaque instant, et enfin le déluge.  Un sujet grave mais maîtrisé du début à la fin, un style naturaliste ponctué d’envolées lyriques.

We sat in the open attic until the rain eased to drips. We sat in the open attic until we got cold, and the light wind that blew chilled us. We huddled together in Mother Lisbeth’s attic and tried to rub heat from each other, but couldn’t. We were a pile of wet, cold blanches, human debris in the middle of all the rest of it.

Jesmyn Ward a grandi à Delisle au Mississippi et en moins de trois cent pages, elle signe ici son entrée au panthéon des grands auteurs de la littérature américaine. Le prix qui lui a été décerné en 2011 n’en est que le symbole.

Le roman a été publié en Franche aux éditions Belfond en 2012 puis version Poche aux éditions 10-18 sous le titre Bois Sauvage en 2013.

♥♥♥♥

Editions Bloomsbury, 2011, 260 pages

 

 

18 thoughts on “Salvage the bones (Bois sauvage) ∴ Jesmyn Ward

  1. Encore une tentation !! Jamais entendu parler de cet auteur ni de ce roman (et pas lu le billet de Marie-Claude) mais je crois qu’il me plairait ;o)

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