Une pause BD, ça vous tente ?

On n’arrête pas les bonnes choses en 2017 et on retrouve ici trois lectures, techniquement lues en 2016 mais après le bilan.

  1. Juliette, les fantômes reviennent au printemps de Camille Jourdy

C’est dans le cadre du Prix BD Cézam 2017 que j’ai reçu ce roman graphique. Je l’ai lu sans avoir lu la quatrième de couverture et j’ai découvert après que Camille Jourdy avait écrit Rosalie Blum que je n’ai pas encore lu (à corriger me direz-vous). Ici, l’histoire est celle de Juliette, une jeune femme qui décide de quitter Paris et retourner dans sa famille. Enfin, plutôt sa famille recomposée -ses parents sont divorcés, sa mère enchaine les liaisons, et son père vit seul et ne prend pas soin de lui. Juliette s’installe chez lui et lui avoue que ses angoisses sont revenues mais ce dernier n’y croit pas vraiment. Juliette angoisse, fait des crises de panique, prends son pouls en permanence. C’est ainsi qu’elle croise Georges, un jeune homme qui vient à son aide – celui-ci passe son temps dans le bar du coin, il y retrouve ses amis. Une vie très solitaire et sans aucune perspective or cette rencontre va changer beaucoup de choses.

Parallèlement, on découvre la famille de Juliette, et sa soeur ainée Marilou – aide à domicile, elle s’occupe de ses deux enfants et cache à son époux une liaison qu’elle a avec un jeune homme. Marilou porte tout, elle s’occupe de son père, de sa grand-mère sénile et le retour de sa soeur, surprotégée par sa famille va réveiller un mal être profond.

J’ai lu le roman graphique d’une traite – il y a chez Camille Jourdy un soin particulier apporté aux personnages, un regard bienveillant et lorsqu’elle aborde le thème de la dépression, c’est avec des mots détournés. Un roman graphique attachant. Une trs jolie découverte.

Mon avis : ♥♥♥♥

Actes Sud Editions, février 2016, 240 pages

2.  L’année du lièvre (tome 3)  Un nouveau départ de Tian

J’avais réservé le dernier tome de la trilogie racontant la chute du régime puis la fuite (et les camps de prisonniers) de la famille de Tian du Cambodge en 1978.  Lorsque j’ai été avertie qu’il était disponible, je suis allée à la BM et ma patience a payé car il n’avait pas été mis de côté (pour les réservations) mais remis dans le bac normal. Ouf ! La bibliothécaire spécialiste de la BD m’a bien aidée. C’est la deuxième fois que ça m’arrive et c’est toujours une autre personne qui vient à mon secours.

Dans Un nouveau départ, nous retrouvons la famille, Chan et ses parents Khim et Lina, toujours prisonniers des révolutionnaires dans un camp de redressement. Sa femme n’a plus de nouvelles de sa famille et tous s’inquiètent de la santé fragile des anciens. La guerre civile fait rage et Khim doit travailler dans les champs. Bientôt les Cambodgiens libres fuient par milliers, puis par millions – c’est ce qui va pousser les Vietnamiens à entrer en guerre, voyant sa frontière envahir par ces réfugiés. En aparté, lors de mon voyage au Vietnam, nous sommes allés dans le sud et y avons croisé une important communauté Khmer (physiquement, ils sont très différents).

Les grands-parents sont malades, et les exactions sont nombreuses. C’est alors que les gardes du camp disparaissent mystérieusement – mais les prisonniers ignorent s’ils sont vraiment libres ou s’ils doivent attendre. Finalement, les gardes reviennent et frappent les prisonniers qui avaient osé récupérer leurs affaires stockées dans un hangar.

Finalement le régime des Khmers Rouges finit par tomber mais la situation reste très instables, les forces libératrices peuvent être très violentes et Khim ne veut plus rester au Cambodge. Leur décision est prise : quitter le pays. Première décision : rejoindre la Thaïlande. Or il leur faudra passer par deux autres camps et obtenir l’aide de l’un des dirigeants (ancienne connaissance de l’école de médecine) pour réussir à traverser la frontière.

Une fin heureuse ? Pas vraiment, car cette guerre a été atroce – des milliers de fosses communes seront découvertes, je crois que plus d’un million de Cambodgiens y ont perdu la vie et des millions vont fuir à l’étranger. Et la grande famille de Chan sera divisée, une partie part vivre au Canada, l’autre en Suisse et eux en France.

Mon avis : ♥♥♥♥

Editions Gallimard, 2016pour le tome 3 , 128 pages.

         3. Petite histoire des colonies françaises de Grégory Jarry et Otto T. (tomes 3&4)

Après l’Amérique française et l’Empire (tomes 1&2) dont je vous avais parlé en novembre,  il me tardait de retrouver la suite des histoires des colonies françaises.

Tome 3 : La décolonisation

« Ensemble et durant plus d’une heure et demie, nous allons voir par quelles convulsions de l’histoire la France, qui possédait un Empire Colonial de 12 millions de km² en 1914, est redevenu un pays tout à fait normal au début des années 60. Ce phénomène par lequel un peuple décide de se séparer d’êtres humains dont il a conquis les terres et le coeur depuis des dizaines d’années, les historiens auraient pu l’appeler « Drame d’amour ». Finalement, ils ont opté pour « Décolonisation ». En quelque sorte, la Décolonisation fut la privatisation de la Colonisation ». nous dit le Général de Gaulle.

J’adore toujours autant le style qu’ont choisi Grégory Jarry et Otto T. pour nous raconter la décolonisation, que ce soit l’Algérie ou les autres pays. J’ai dévoré ce tome 3 aussi rapidement que les autres.  Pourtant un vaste programme ! Je ne sais pas pour vous mais mes cours d’Histoire ont joyeusement oublié de nous enseigner cette partie de l’histoire française ! On passe de la seconde guerre mondiale à la construction de l’Europe.

Tome 4 : La Françafrique

« La Françafrique n’existe pas, elle n’a jamais existé. D’abord, qu’est-ce que ça voudrait dire la Françafrique ? Ça voudrait dire qu’après la décolonisation, dans le dos du peuple français, en dehors du champ démocratique, nos élites politiques auraient conservé des liens de sujétion avec nos anciennes colonies d’Afrique en plaçant à leur tête des présidents dévoués à leurs maîtres d’hier ?. Comment aurions-nous réussi un coup pareil ? Il aurait fallu plus que des bases militaires dans ces pays, plus que des Monsieur Afrique de l’Élysée, plus que des Elf, des COGEMA, des Bouygues et des Bob Denard pour faire la Françafrique. Il aurait fallu un silence total et l’assentiment de toute la classe politique. La France est un pays libre, les journalistes, les universitaires, les associations, les juges et les artistes font un travail extraordinaire de contre-pouvoir qui empêche tout népotisme. Allons, soyez tranquilles, la Françafrique n’existe pas et elle n’existera jamais ».

Je ne pouvais pas écrire mieux pour résumer cette nouvelle forme de colorisation, ou plutôt de sujétion – en s’assurant de la victoire de certains dirigeants africains (et en échange de cadeaux, des diamants..) – nous voici au 20ème S. avec Chirac, Pasqua ou Giscard d’Estaing. Ce numéro m’a vraiment marqué car j’ai découvert toutes ces magouilles et surtout mieux compris qui étaient certains dirigeants africains, comme Bokassa. Un voyage fascinant sur ce continent qui explique aussi très bien l’instabilité qui perdure dans ces anciennes colonies. Il faut quand même être alerte car on parcourt une dizaine de pays !

La bonne nouvelle ? Une intégrale est sortie (et disponible dans toute bonne BM) et en 2012, un numéro 5 « Immigrés » a été édité.

Mon avis : ♥♥♥♥

Flblb Editions, 2009 pour le tome 3 et 2011 pour le tome 4, 128 et 120 pages.

18 thoughts on “Une pause BD, ça vous tente ?

    1. Oui il faut que je trouve Rosalie ! Pour les colonies c’est vraiment super et ça remet les pendules à l’heure sur notre histoire. Un must

  1. Je n’ai pas lu Rosalie Blum, mais j’ai vu le film que j’avais beaucoup aimé.
    C’est marrant, j’ai failli acheter Juliette samedi dernier, mais le prix était élevé (38 euros?) et les dessins un peu naïfs ne m’attiraient pas tant que ça…

    1. J’ai eu un doute sur les dessins mais au final les sentiments des personnages prennent le dessus Le Prix est élevé ! Je ne l’ai pas acheté aussi je l’ignorais. Il faut que je lise Rosalie aussi

  2. Aaaah, je m’étais offert Juliette avant de changer de ville pour plusieurs mois, mais il était trop volumineux pour que je l’emporte. Vivement que je le retrouve ! Moi j’aime beaucoup les dessins de Camille Jourdy, son attention aux détails. Et j’avais eu de gros fous rires en lisant Rosalie Blum. Je suis également toujours aussi tentée par l’histoire des colonies, mais ça a l’air d’être du lourd, alors je réserverai cette lecture aux vacances

    1. il me faut Rosalie ! elle est tout le temps empruntée à la bibli (et puis des fous rires, je ne dis pas non!) – sinon pour les colonies, on rigole beaucoup tout en apprenant et je trouve qu’ils devraient les conseiller aux lycéens !

  3. Une bien belle récolte que voilà. Tout m’intéresse!
    Je vais sans doute commencer par « Juliette ». J’ai découvert Camille Jourdy avec « Rosalie Blum », que j’ai évidemment adoré.
    Trop peu de temps, punaise!

  4. Je ne suis pas originale, mais je te conseille aussi Rosalie Blum ! Bon, je note Juliette (pour la énième fois …), et l’année du lièvre, ça m’attire beaucoup comme BD, et ça semble vraiment chouette.

    1. l’année du lièvre est une belle BD pour mieux comprendre ce qui s’est passé au Cambodge, les fameux Boat people 😉
      Oui, je sais Rosalie Blum !! 😉

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