Je m’appelle Nathan Lucius ∴ Mark Winkler

Un petit ovni littéraire  que ce roman sud-africain. J’avais lu la quatrième (un peu trop vite?) et j’avais très envie de le lire, et une bonne fée a pensé à moi – merci ! Je trouvais intéressant le pitch :

Nathan Lucius est « un jeune homme ordinaire« . Il dort avec la lumière allumée. Il collectionne les vieilles photos anonymes de personnes [Nota : qu’il accroche au mur pour créer son propre arbre généalogique]. Il vend des encarts publicitaires dans un journal. Il s’entend plutôt bien avec sa chef. Parfois ils vont boire des bières. Il a une amie plus âgée, Madge, une antiquaire un peu fantasque. Il aime que chaque jour ressemble exactement à la veille. Il déteste les souvenirs. Un type banal. Parfois, il ne se souvient plus de rien. Il est un peu confus. Nathan Lucius est un jeune homme ordinaire.

Bon, ça peut laisser un peu le lecteur sur sa faim (même si je vous ai ajouté l’arbre généalogique) mais où ça a titillé ma curiosité : Un jour, Madge le supplie de l’aider à en finir. Elle a un cancer, elle n’en a plus pour longtemps, elle souffre trop.
Mais peut-on demander ce genre de choses à Nathan ?

Et là l’histoire bascule et l’auteur, Mark Winkler  réussit un tour de force – je ne peux pas dévoiler l’histoire mais ici pas de larmoiements, pas de réflexions philosophiques sur l’euthanasie, non : le seul personnage c’est Nathan. Narrateur de sa propre histoire, il vous fait partager ses pensées les plus drôles mais aussi les plus tordues.

Nathan n’aime ni son boulot, ni ses collègues. Même s’il va boire des verres avec sa chef, ils les détestent. Nathan n’aime pas se laver. Sa chef doit lui demander. Car Nathan court chaque matin, et l’été il fait chaud au Cap. Nathan sent mauvais, et moi lectrice je le sens et je saute de joie à chaque fois qu’il finit par se doucher ! Nathan a souvent la gaule – à des moments attendus (le matin, en voyant le corps d’une belle femme) mais à des moments totalement incongrus. Nathan refuse que quiconque entre chez lui. Nathan n’aime pas sa voisine mais finit par la sauter dans tous les sens. Nathan ne sait pas quoi penser de la demande de Madge.  Et puis la vie de Nathan bascule, la nôtre aussi.

Acte II – Nathan ne parle plus. Il joue aux échecs. Il réfléchit.

Une lecture un peu étrange au départ mais le narrateur est fascinant avec tous ses travers et ses pensées loin d’être ordinaires. Le talent de l’auteur réside à nous faire partager le monde de Nathan, le monde tel que le voit Nathan. On ne le quitte pas d’un pouce et dans ce nouvel univers, moi lectrice, je peux facilement visualiser tout ce qu’il voit et surtout tout ce qu’il pense. C’est jouissif.

Drôle un temps puis ça prend un autre tour : glaçant mais cela reste fascinant. Comme la journaliste du Sunday Times le précise : « on ne plonge pas impunément dans l’esprit de Nathan Lucius « .

Ce choix narratif de la part de Mark Winkler – Being John Malkovich me vient à l’esprit – a eu pour effet secondaire de m’éloigner de ma fâcheuse tendance à analyser le style.

Non pas que Mark Winkler écrive mal ! Bien au contraire : mais ici pas de figures de style (à la Eric Vuillard si je voulais faire ma méchante), non ici les mots servent au récit, les mots appartiennent à Nathan – pas au romancier, celui-ci est en retrait. Il n’est plus que l’éditeur des pensées de Nathan. Nathan contrôle tout.

Impossible de vous révéler le secret, et pour ceux qui doutent, le roman bascule une fois .. puis deux et je n’ai rien vu venir. Écrit au cordeau, le roman de Mark Winkler m’a emballé même si au début de ma lecture, j’avais un avis assez ambigu, donc à ceux qui seraient tentés, ne reposez pas le livre à la vingtième page 😉

Mark WINKLER a grandi dans la province du Mpumalanga, à l’est de Johannesburg. Il travaille actuellement comme directeur artistique dans une agence de publicité, au Cap, où il vit avec sa femme et ses deux filles. Je m’appelle Nathan Lucius (Wasted en anglais) est son deuxième roman.

♥♥♥♥♥

Éditions Métailié, Wasted, trad. Céline Schwaller, 240 pages

22 thoughts on “Je m’appelle Nathan Lucius ∴ Mark Winkler

  1. C’est bien d’attirer l’attention sur la littérature sud-africaine moins chroniquée… Je suis une inconditionnelle de Deon Meyer par exemple !

  2. Je l’avais sélectionné dans le cadre de la dernière Masse Critique de Babelio mais ce n’est pas lui qui a été retenu, 🙁
    Je le découvrirai par mes propres moyens c’est sur! Je veux découvrir ce qui se cache derrière ce personnage!

      1. Je viens de voir ta réponse!
        C’est gentil pour le prêt mais j’aurais trop peur qu’il se perde (et puis ma pile à lire est un peu énorme. ) je peux attendre 😉
        Mais merci!

  3. Sans ton billet, je n’aurais jamais entendu parler de ce roman. Je viens de le terminer. Un mélange d’humour noir et de tragédie, mais toujours très terre à terre. J’ai adoré!

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