Dernière récolte ∴ Attica Locke

Fidèle à mon programme, j’enchaîne à présent avec ce roman policier. C’est lors de ma première participation à une soirée organisée par ma BM (sujet : les auteurs du Sud des USA) que j’ai découvert l’existence de cette auteure noire américaine. Dernière récolte est en fait son second roman. Il est depuis sorti en Poche chez Folio à un prix plus modique.

J’ai déjà mentionné à plusieurs reprises mon amour pour cette région particulière du continent américain et de son histoire. De plus, j’ai eu la chance de visiter une ancienne plantation qui ressemble à s’y méprendre à celle décrite dans le livre. Aussi, je peux facilement visualiser l’endroit et l’ambiance qui l’entoure.

Autrefois grande plantation du Sud, Belle Vie est désormais un lieu touristique où l’aime à s’y promener, y découvrir l’histoire (avec une petite troupe de comédiens) mais également y organiser fiançailles, mariage ou soirées cocktail. Avant qu’elle ne soit transformée par les héritiers, on avait songé à détruire les quartiers d’esclave mais ce fut la volonté de Leland Clayton qui permit à la plantation de garder son authenticité et de ne pas effacer cette partie de l’histoire entachée de honte. D’ailleurs, certains comédiens jouent les esclaves même si leur représentation tient plus du cinéma hollywoodien (Autant en emporte le vent) qu’à la stricte vérité.  Caren Gray a grandi sur cette propriété avec sa mère et son frère. Partie s’installer à la Nouvelle-Orléans, elle y est revenue avec sa fille âgée de 10 ans pour la diriger, les héritiers (deux frères) n’étant que très peu présents.  C’est alors que le corps d’une jeune femme égorgée est retrouvé en bordure de la plantation, face aux champs de canne à sucre dont l’exploitation a été confiée à un grand groupe, les héritiers ne souhaitant plus s’en occuper.

Les ouvriers, anciennement locaux, sont désormais en majorité mexicains ou guatémaltèques, et la victime appartient à cette communauté. Retrouvée près du quartier des anciens esclaves, sa mort violente réveille les craintes de Caren – elle qui est persuadée depuis son enfance que les fantômes rôdent dans cette partie de la plantation ….

Que dire ? Je me suis laissée porter assez facilement par l’histoire, il faut dire que l’auteur sait parfaitement faire ressentir aux lecteurs cette atmosphère particulière entourant cette propriété sudiste. L’auteur rappelle que si une partie des habitants noirs souhaitent garder ces lieux intacts comme témoignage du passé esclavagiste de la région, d’autres voudraient au contraire tout rasé. L’exemple est très bien illustré avec le représentant noir de la firme multinationale, arrivant directement du Nord et qui refuse de visiter le quartier des esclaves.

Comme son traitement de la question des ouvriers agricoles aujourd’hui, pour la plupart exploités car clandestins.

L’autre point fort du roman c’est de garder un rythme fort, de multiples suspects et de ne pas laisser le lecteur se reposer sur ses lauriers. J’ai été happée par la fin.

Mon bémol ? Le personnage principal, Caren, est une femme intelligente mais dont les actions à plusieurs reprises dans le roman m’ont paru vraiment stupides et pas du tout en adéquation avec sa mentalité ou son intelligence. Elle aurait pu passer le concours du barreau or elle ne cesse d’agir en contradiction avec la loi.

L’autre bémol mais celui-ci est tout petit c’est la vision assez caricaturale de la famille propriétaire de Belle Vie : un vieillard et ses deux fils, l’un qui dirige tout, rêve d’une plus grande notoriété, et l’autre joueur, incapable de travailler et Caren, fille de la domestique, qui plaît beaucoup au plus jeune mais qui part à l’université et l’oublie. Quand Caren revient, elle est adulte .. ça ne vous fait pas un peu penser à Sabrina avec Audrey Hepburn ?

J’ai cru comprendre que le roman allait être adapté au cinéma, je suis curieuse de voir le résultat. Enfin, je termine sur une note positive : j’aime beaucoup le journaliste qui enquête et assiste Caren dans son enquête. Les deux forment un duo très agréable.

♥♥♥♥♥

Editions Gallimard, Série Noire, The cutting season, trad. Clément Baude, 416 pages

12 thoughts on “Dernière récolte ∴ Attica Locke

  1. Je l’avais repéré à sa sortie mais je n’ai jamais pris le temps de le lire… je ne sais si je le ferais, bien que, comme toi, cette région des États-Unis me plait beaucoup !

    1. C’est une des raisons qui m’ont poussée à le lire – et cette partie est intéressante mais l’enquête policière un peu moins. Si tu veux te détendre 😉

  2. j’adore les romans qui se passent dans le Sud des Etats-Unis et je rêve d’aller visiter la Louisiane, donc malgré tes bémols je note ce titre!

    1. Oui, car cette partie-là est très bien traitée : comment la Louisiane gère son passé esclavagiste. Tu devrais trouver ça intéressant et puis j’ai bien aimé dans l’ensemble.

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