Une pause BD, ça vous tente ?

Je l’attendais depuis longtemps et je l’ai dévoré en une soirée, j’ai enchainé avec une autre excellente lecture ..  Un bon cru, je garde deux autres lectures pour un autre numéro 😉

  1. S’enfuir, récit d’un otage de Guy Delisle

bd-senfuir-delisleLe roman graphique réservé depuis sa sortie, je suis allée le chercher à la bibliothèque, là je découvre qu’il fait .. 428 pages ! Puis la bibliothécaire le regarde de long en large, elle ne l’a pas encore lu et me demande si j’ai le temps afin qu’elle le réserve juste après moi 🙂

Guy Delisle raconte ici l’histoire véridique de Christophe André  qui fut enlevé à Nazran, le 2 juillet 1997 alors qu’il était en mission pour MSF. Malgré cette expérience, il est reparti en mission pour cette ONG et a travaillé avec eux pendant 18 ans. Mais dites-moi, où se trouve Nazran ? En Ingouchie – en quoi ? Une petite république de la fédération de Russie, juste à côté d’une ville plus célèbre pour ses combats (malheureusement) Grozny en Tchétchénie. Le Caucase – une région fortement agitée à cette époque. Christophe n’était pas médecin mais logisticien. Il était là depuis trois mois lorsqu’il a été kidnappé.

Que dire ? J’ai vu sur le web que certains étaient déçus de leur lecture – sans doute parce qu’ici ce n’est pas Guy qui parle de ses propres expériences. Il a recueilli, lors de nombreuses rencontres, le témoignage de Christophe. Il a choisi de raconter non seulement les conditions du kidnapping, puis de la détention mais surtout ses pensées. A quoi pense-t-on quand on est menotté à un radiateur seul dans une pièce nuit et jour ? Quelles peurs développe-t-on ? La peur à chaque déplacement d’être emmené pour être froidement exécuté ? L’impression d’avoir été oublié de tous.. Les lueurs d’espoir et puis surtout l’envie de s’évader. Mais lorsque l’occasion se présente, la saisit-on ou pas ?  Alors, oui le roman graphique est à part – comme pour l’otage, le temps semble être suspendu – les vignettes se succèdent avec le même personnage (excepté pour ses geôliers et à la fin), dans une même pièce pendant plusieurs semaines.

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L’atmosphère est forcément moins joyeuse – on n’entend plus penser en off  Guy Delisle.  Mais pour moi, ça marché – la preuve, une fois le roman ouvert, je n’ai pas pu le lâcher et je l’ai lu d’une traite ! Oui les 428 pages.  Parce que même si on connaît la fin (Christophe est vivant et a raconté son histoire au dessinateur), j’ignorais tout de son kidnapping et surtout des conditions de sa libération – rocambolesque.

Je suis donc une fan indécrottable de Guy Delisle et j’en suis fière. Et puis j’adore toujours autant son coup de crayon. Et ici, cette simplicité et cette sobriété siéent bien à l’histoire, au dénuement physique et psychologique du personnage. Et puis, cela permet de mieux savoir ce qui se passe par la tête des otages – les phases d’espoir et celles de dépression et puis surtout la résistance extraordinaire de l’esprit humain.

Mon avis : ♥♥♥♥♥

Editions Dargaud, 428 pages, 2016

      2. L’année du lièvre (tomes 1 & 2) de Tian 

C’est en me promenant dans les rayons de la BM que j’ai déniché ces deux volumes. C’est en lisant la fin du tome 2 que j’ai réalisé qu’il y avait un tome 3 – il sera disponible dans un mois environ à la BM. Tant pis et puis non, j’aime bien aussi reprendre une histoire après quelque temps.

portrait_tianTian raconte ici sa propre histoire – il est né à Phnom Penh en avril 1975 au moment où les khmers rouges prenaient le pouvoir au Cambodge. Leur révolution, supposée redonner au peuple ses droits tourne rapidement au cauchemar, surtout pour les familles d’intellectuels ou de propriétaires. Ils prétendent réformer la société « pour qu’il n’y ait plus d’injustice, plus de corruption ni d’inégalité de richesse ». Leur but : éliminer la bourgeoisie – diplômés, intellectuels, propriétaires. Les parents de Tian « Chan », dont le père Khim est médecin sont directement visés. Les khmers rouges chassent en une nuit les habitants de Phnom Penh, des arrestations arbitraires ont lieu, les familles fuient dans les campagnes. Il faut absolument dissimuler tout signe d’appartenance éventuelle à « l’élite », tout signe de richesse comme une montre par exemple. Lorsque les parents de Chan fuient, sa mère Lina, est alors enceinte de huit mois. Ils retrouvent bientôt sa famille à savoir ses frères et soeurs, ses parents et la famille d’une belle-soeur. Ils prennent la route en espérant atteindre une ville où les khmers n’auraient pas encore pris le pouvoir au nord du pays ou au pire passer la frontière avec la Thaïlande.

Le voyage est difficile, les embûches nombreuses – les risques sont grands. Les disparitions et les meurtres se multiplient. J’apprends ici une partie d’histoire que j’ignorais (je connais Pol Pot et les millions de victimes, mais j’ignorais tout de la prise de pouvoir). Le premier tome « Au revoir Phnom Penh » raconte la fuite de ces milliers de gens. J’avoue que si j’ai aimé le dessin, la police d’écriture m’a semblé au départ enfantine, presque trop douce par rapport à l’horreur qui est en train de se produire pour tout un peuple puis j’ai compris que l’auteur voulait aussi montrer la solidarité des cambodgiens en ces temps difficiles, ces moments où un destin bascule mais où une lueur d’espoir persiste.

anneedulievre-tome-2Dans le tome 2 « Ne vous inquiétez pas« ,  les parents et la belle-famille de Lina ont été arrêtés et envoyés dans un camp de redressement où on est censés leur inculquez les valeurs des khmers rouges « L’Angkar ». La rééducation doit passer par du travail dans les champs, car le peuple ancien (population des campagnes) domine le peuple nouveau (celui des villes) et il doit chasser toute idée capitaliste en eux. Khim se retrouve ainsi à travailler dans les champs. Les habitants survivent en faisant du troc et en volant des racines ou des mollusques mais lorsqu’ils sont pris, ils sont sévèrement punis et certains disparaissent mystérieusement après une séance collective de rééducation. Khim est ainsi envoyé, avec deux frères de Lina dans un autre endroit afin d’aider à un chantier de construction – car le peuple doit reconstruire le pays. Le temps passe…. La fatigue, la maladie et la détresse finissent par miner le moral de la famille. Leur chance de survie s’éloigne…

En premier lieu, un grand merci à Tian pour avoir insérer au début du livre un arbre généalogique de sa « belle-famille » agrandie car j’avoue que j’ai eu du mal à me repérer dans le roman – Vanny et Kongcha, les parents de Lina ont été arrêtés avec eux, Lina a deux soeurs et quatre frères dont Moni, marié à Chenda, père de Dara et dont la famille a également été arrêtée. Enfin, l’oncle de Khim, Vithya, son épouse et leur enfant sont également présents. J’avoue que parfois, j’ai du mal à les reconnaître, j’ai aussi réalisé tardivement qu’un personnage était une fille .. Bref, des aléas qui viennent de moi mais n’ont pas entamé le plaisir de ma lecture.

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Quand je dis plaisir, je dois préciser que découvrir la vie dans ces camps paraît assez hallucinant au départ – les camps soit, mais cette rééducation communiste du cerveau est effrayante.  Je me suis attachée aux personnages et habituée à la police. J’aime le dessin et le soin de Tian qu’il a de raconter les hauts et les bas de ces vies suspendues.  Comme je sais que sa famille a fini par rejoindre la France, je suis assez optimiste mais ces années leur ont été volées et surtout ils ne repartiront pas tous ..

J’ai hâte de pouvoir découvrir le dernier tome !  Je ne me lasse pas des ces romans graphiques mêlant l’histoire de gens simples à la grande Histoire. Mieux comprendre les autres, c’est mieux se comprendre soi-même, non ?

Mon avis : ♥♥♥♥

Editions Gallimard, 2011 pour le tome 1 et 2013 pour le tome 2, 128 pages chacun.

 

20 thoughts on “Une pause BD, ça vous tente ?

  1. J’ai beaucoup aimé lire Tian (l’histoire du Cambodge m’intéresse beaucoup), j’ai le dernier tome à la maison, mais je n’arrive pas à me remettre dedans (je l’ai commencé et mis de coté), il faut dire que le sujet est lourd et on s’y perd parfois comme tu dis.
    Sinon j’adore Delisle mais comme toi j’ai lu beaucoup d’avis déçus sur celui-ci ton avis m’encourage à tenter !

    1. oui, c’est pour ça que je parle de l’arbre généalogique -j’y suis retournée tout au long du tome 2 .. tu as de la chance de l’avoir chez toi 🙂
      Pour Delisle, ben c’est une histoire triste mais qui finit bien donc forcément ici pas d’humour, pas de découverte d’une culture de manière ludique …mais moi j’ai aimé !

  2. Bien évidemment, je veux lire le nouveau Guy Delisle. « L’année du lièvre » m’intrigue aussi… Le dessin me plait beaucoup et le thème m’intéresse. Je note!

  3. Ok, les deux me tentent. J’avais déjà entendu parler de celui de Guy Delisle mais l’autre m’était inconnu.
    Mais il faudrait que je me penche sur mon Guy Delisle que j’ai déjà chez moi! Il s’agit des Chroniques de Jérusalem. Acheté il y a plus d’un an et pas encore lue!

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