Les règles d’usage

Ce roman était sur ma liste d’envies de la rentrée littéraire depuis fort longtemps. J’adore Joyce Maynard dont j’ai lu plusieurs romans et il était naturel que je me plonge dans celui-ci. La surprise vint il y a peu lorsque j’ai découvert que la romancière américaine venait jusqu’à chez moi ! Une surprise de taille que j’ai choisi de partager avec vous. Ma rencontre avec Joyce fait l’objet d’un billet à part, qui suit celui-ci.  J’ai donc profité de sa venue à la librairie Coiffard pour acheter plusieurs romans dont celui-ci. Ma lecture a été un peu à part puisqu’elle a abordé à plusieurs reprises la naissance de cette histoire et son déroulement, mais penchons-nous sur le roman en question.

les règles d'usage JM sep16 reyLes règles d’usage (The usual rules) a été écrit peu de temps après les attentats. Il a été publié en 2004 outre-Atlantique et il aura fallu attendre quinze longues années pour qu’il arrive en France.

Wendy, treize ans vit à Brooklyn. La jeune fille est une adolescente typique, elle adore sa copine, son petit frère Louie et se prend la tête avec sa mère, Janet, une jeune femme fantasque qui a refait sa vie avec Josh, le père de Louie. Son père, installé en Californie, ne lui a pas donné de nouvelles depuis trois ans. Il se manifeste enfin lors de la rentrée 2011 en l’invitant chez lui. La rentrée des classes a eu lieu et sa mère s’y oppose. Wendy est en colère contre sa mère part travailler le matin du 11 septembre. Elle ne rentrera pas. Sa mère travaillait dans une des tours du Word Trade Center.

Le monde de Wendy s’écroule. Son beau-père Josh est anéanti, comme son petit frère. Tous leurs repères ont disparu. Wendy se confie à sa meilleure amie Amelia et prévient son père biologique. Quelque temps plus tard, celui-ci se manifeste à nouveau. Il souhaite accueillir sa fille chez lui en Californie.  Janet avait souhaité que Josh l’adopte mais Wendy s’était refusé. Wendy accepte l’offre et s’envole pour l’ouest américain et la petite ville de Davis.

Wendy retrouve son père, Garrett, un artiste peintre devenu menuisier. L’homme fréquente une femme paysagiste. Wendy n’a absolument pas envie de retourner en cours et particulièrement dans un nouveau collège. La jeune fille sèche les cours dès le premier jour et imite l’écriture de son père expliquant que finalement elle prendra des cours par correspondance. Chaque journée se transforme en une nouvelle aventure. Elle prend le car pour San Francisco ou San Diego, visite des expos et croise la route d’une petite librairie où elle vient passer plusieurs heures par jour. Le libraire, un homme clairvoyant lui propose des lectures comme Frankie Addams ou le Journal d’Anne Frank. Sa route croise aussi celle d’une jeune adolescente, mère d’un bébé qu’elle a hésité à confier à l’adoption et Todd, un adolescent qui parcourt le pays à la recherche de son frère. Wendy se cherche – elle aime la grande liberté que son père lui laisse mais son foyer new-yorkais lui manque, particulièrement son petit frère Louie dont les conversations téléphoniques s’espacent. Le garçon traverse une période difficile. Son beau-père a le coeur lourd mais il accepte la décision de Wendy de ne pas revenir à Noël.

Wendy veut réussir à se souvenir de sa mère autrement que par leurs dernières disputes, et en fréquentant son père, elle comprend un peu mieux le couple que formait ses parents et les raisons de leur séparation. Wendy mûrit. Elle n’a pas le choix.

Que dire ? Que Joyce Maynard possède ce talent particulier de pouvoir retranscrire parfaitement les émois adolescents ? Elle l’a démontré dans chaque roman. Si j’ai un amour particulier pour son autobiographie, mon roman préféré est L’homme de la montagne qui mettait en scène deux adolescentes du même âge.  Ici, l’histoire est particulière : la jeune fille a été brutalement séparée de sa mère et elle part à la rencontre d’un père qu’elle connaît à peine. Plus rien n’a de sens, les règles d’usage ne sont plus. Comment se reconstruire ?

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C’est avec son talent si particulier d’aborder les multiples formes de relations intra-familiales (père-mère/enfant, frère/soeur) que Joyce Maynard livre ici un roman puissant. Un roman magnifique. La complexité des rapports familiaux est décuplée avec la perte d’un être cher – comment reconstruire le puzzle de sa vie ? Comment trouver un sens à ce qui n’en a pas ? A nouveau le thème de l’adolescence chez la romancière. Cette période si particulière où l’enfant tente de s’affranchir de l’autorité de ses parents mais a encore besoin de leurs repères.

Ce que j’ai vraiment aimé dans ce roman c’est la complexité des personnages – leur douceur, leur compréhension – même si les adultes ont des tares, ils restent profondément aimants et humains et surtout respectueux de la souffrance endurée par les enfants. On pourrait d’ailleurs reprocher à ce roman d’avoir des personnage parfaitement aimables ! Même si le père biologique est resté, d’une certaine manière, immature, il vous surprendra à la fin. Et puis avouons-le, on a besoin d’être rassuré sur la condition humaine lorsqu’un tel drame vous touche.

Chacun vit la perte d’un être cher à sa manière. Et Wendy qui a encore tendance à s’emporter trop vite, une impétuosité naturelle à son âge, va découvrir que derrière les figures paternelles et maternelles se cachent des êtres de chair, des êtres humains avec leurs émotions, leurs peurs, leurs scrupules. Sa mère, son père, son beau-père, tous ont eu leurs propres trajectoires. Joyce Maynard est pour la moi la plue douée pour retranscrire ces émotions complexes.

Une histoire émouvante, écrit avec brio, sans pathos, ni guimauve – une histoire qui démontre une nouvelle fois l’importance du temps dans le processus de deuil. Et qui rassure sur la nature humaine, son pouvoir de résilience et notre instinct de survie. Un roman lumineux, ai-je lu. Je confirme !

En écrivant ces mots, je ne peux m’empêcher de revoir Joyce Maynard nous confier l’histoire de ce livre et finalement à quel point le destin peut nous jouer des tours. Car quand vous lirez ses mots dans mon prochain billet,  vous comprendrez que ces quinze ans d’attente pour voir ce livre publié ici n’ont pas été de trop.

♥♥♥♥♥

Editions Philippe Rey, The usual rules, trad. Isabelle D-Philippe, 471 pages 

20 thoughts on “Les règles d’usage

  1. C’est une torture de devoir lire ton billet en diagonale. Je me suis arrêtée aux photos (magnifiques) et aux 5 coeurs! Il me reste une petite centaine de pages à lire. Je reviendrai une fois mon billet rédigé…

    1. Pas encore fini ? Je croyais que tu avais fini ce week-end – tu sais que je vais publier la rencontre dans la foulée ? 🙂 Profite bien de ces dernières pages et hâte de lire ton avis 🙂

  2. C’est bien que tu rappelles Joyce Maynard que je connais peu sauf pour avoir lu « Long weekend » et avoir été très ému par le film « Last days of summer ». Kate Winslet était formidable, toute en émotion…
    Envie d’en lire plus…après Laura Kasischke dont je dévore actuellement « Les Revenants »… Sacrée lecture, as-tu lu ?

    1. Oui, elle sait parfaitement retranscrire les émotions et les angoisses. Non, je n’ai encore jamais lu Laura Kasischke, j’ai un de ses romans dans ma pàl mais pas celui-ci. Encore une découverte à faire 🙂

  3. Je suis ravie que tu l’aies beaucoup aimé comme moi 🙂
    Je l’ai aussi trouvé lumineux et profondément humaniste et porteur d’espoir
    Un roman magnifique , mon préféré de l’auteure à ce jour!

    1. Ah oui ! Je ne comptais pas le lire si vite, mais sa venue à Nantes aura bouleversé mon programme de lecture. Et ton billet m’a aussi donné très envie ! Il confirme tout le bien que je pense de l’auteur 🙂

  4. Tu me donnes envie de lire cet auteure que je ne connais pas .J’ai acheté long week end au festival América .Je suis en train de lire Wild de Cheryl Strayed je crois que tu avais aimé .

    1. J’avais adoré Wild ! Un livre que je vais relire c’est certain. Pour Maynard je publie mon retour sur la rencontre demain. J’aime son talent pour si bien décrypter les émotions humaines ☺️

  5. Elle réussit en effet très bien les émois adolescents, c’est un peu sa marque de fabrique, et ça fonctionne toujours (plutôt) très bien. En revanche, je n’ai pas encore lu son autobiographie, il faut que je le fasse !

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