Une vraie famille

Ma quatrième lecture dans le cadre du challenge du Prix du Meilleur Polar de Points, je découvre Valentin Musso – dont le nom m’est familier mais qui, je l’avoue de suite, ne m’a jamais tenté. Je crois que c’est le frère de l’autre, mais contrairement à ce dernier, Valentin préfère les thrillers.

Soyons honnête : ma première réaction en voyant le livre fut double : d’abord le patronyme puis la couverture .. Points fait de très belles couvertures pour les romans noirs ou les policiers, mais là .. Même si la tasse bleue aura un rôle dans l’histoire et si l’un des protagonistes peint, je reste quand même surprise par ce choix.  L’éditeur présente ainsi l’histoire :

Il dit s’appeler Ludovic. Un jeune homme sans histoires… En apparence. Les Vasseur, un couple de Parisiens retirés dans leur résidence secondaire en Bretagne à la suite d’un drame personnel, l’engagent pour quelques travaux de jardinage. Le mystérieux garçon sait rapidement se rendre indispensable et s’immisce dans leur vie. Quand les Vasseur commencent à avoir des doutes, il est trop tard. Pourtant la menace qui pèse sur eux n’est pas celle qu’ils imaginent.

une vraie familleLe roman commence par un prologue qui m’a troublé, sans doute parce que j’ignorais où le placer chronologiquement puis arrive la première partie (trois parties, chacune portant le prénom d’un des trois protagonistes) qui nous présente les Vasseur et en particulier François Vasseur. Professeur d’histoire médiévale, l’homme, un intellectuel, a caché avec sa femme la raison de leur déménagement en Bretagne. L’homme souffre physiquement et doit régulièrement voir sa kinésithérapeute pour soigner sa jambe blessée. Le lecteur ignore la raison pour laquelle le couple de Parisiens refusent de dire la vérité, il cite un AVC pour expliquer ses problèmes de santé.

Il croise alors la route de Ludovic, un jeune homme apparemment simple et sans histoires qui cherche des petits boulots. Celui-ci vient dépanner François un jour où son pneu crève. Incapable de s’occuper de son immense jardin, François lui demande s’il accepte de passer la tondeuse et tailler les haies. Le jeune homme a un comportement plutôt étrange, il s’exprime de manière monosyllabique, arrive très tôt sans prévenir, et pose des questions embarrassantes, comme sur la fille du couple, Mathilde dont les photos sont nombreuses. Mais le jeune homme est bosseur et fait de l’excellent travail, au point que le couple décide de lui confier les travaux qu’ils n’ont jamais fini dans l’annexe de leur bâtisse. Peu à peu, contre l’avis de François, qui le trouve bizarre, le jeune homme s’installe chez eux et se rapproche de Mathilde. La quinquagénaire, plutôt coincée et froide, semble être sous l’emprise du jeune homme, au point que cela inquiète leur voisin et François qui se confie à sa kiné.

Que dire du roman ? Je découvre ses très bonnes notes sur Babélio, si j’ai effectivement trouvé la première partie très intéressante, ce ne fut plus le cas par la suite. Pourtant le départ est très prometteur, Valentin Musso sait parfaitement distiller le doute dans cette maison bourgeoise, qui est ce jeune homme, que cache-t-il ? Et que cachent les Vasseur sur leur passé ? Les questions se multiplient. Puis tout bascule. Malheureusement pour moi, je n’ai pas accroché – un des protagonistes (sans vouloir révéler l’histoire, difficile) pète les plombs et bascule dans la folie – malheureusement, tout est trop gros et la seconde partie qui lui est consacrée m’a semblé longue et fastidieuse. J’avoue j’ai sauté volontairement quelques passages car le personnage se répand en anecdotes et souvenirs .. Est-ce supposé nous expliquer en partie ce changement de comportement ?

Est-ce ma faute, si en enchainant plusieurs lectures, je remarque le besoin constant de justifier la violence ou la folie chez un personnage ? Pourquoi ? Les tueurs en série n’ont pas de raison particulière, et je n’ai pas besoin de connaître leur histoire personnelle, un personnage n’a pas à être aimable. Dans Limonov, Emmanuel Carrère a justement évité cet écueil : il n’a pas cherché à justifier ou expliquer le comportement et la mentalité de cet homme et j’ai apprécié ce choix.

Bref,  j’ai continué ma lecture car il s’agit d’un thriller et des vies sont en jeu, donc j’avais envie de connaître leur sort.  Peu à peu, les langues se délient et on comprend enfin qui sont les personnages, et là on se demande comment l’un des personnages a pu laisser l’autre plonger dans un tel déni et tomber dans son jeu en partant s’isoler au fin fond de la Bretagne. Bref, j’ai trouvé cela plutôt invraisemblable.

A ce sujet, si je suis du genre terre à terre, j’adore lire par exemple les délires de Christopher Moore  – qui peut me faire avaler que Dieu ou qu’un malin est venu sur Terre poursuivre des pauvres humains ou tuer des gens avec la couleur « bleue », je n’aime pas quand on est dans thriller, supposé se baser sur la réalité (la première scène est malheureusement d’actualité) s’amuser à faire faire à ses personnages des choses totalement impensables. Là, je suis plutôt exigeante 😉

Ici, chaque personnage a un passé, un secret – même le jeune homme, qui est le narrateur d’une des parties. Il se remémore les mois précédents et les raisons qui l’ont poussées à partir sur les routes, fuyant sa famille et ses amis de Douai. Malheureusement, s’il m’attire de la sympathie, comme tous les personnages, je suis passée à côté.

Que dire de la toute fin ? Bizarrement, je dois bien être la seule : la fin m’a déçue. On ne comprend ni le comportement du protagoniste violent (un acte de gentillesse incompréhensible) et encore moins la dernière scène du roman, où un autre personnage garde envers lui la photo de son tortionnaire ? Bref, ce thriller n’a pas tenu toutes ses promesses, pourtant je le répète, le début était prometteur. Après, j’ai eu l’impression que le romancier voulait y intégrer Misery de Stephen King, sans le talent du romancier américain !

Au final, j’ai trouvé le roman assez décousu, j’ai eu un souci avec le choix narratif et je suis passée à côté de l’histoire et des personnages. Tant pis pour moi !  Et je n’ai jamais senti de tension, comme par exemple réussit parfaitement à la retranscrire Lori Roy dont je vous parlais récemment. Chez moi, l’exercice est difficile – pourtant ça peut fonctionner mais il faut apparemment le talent de Roy ou de King.

NB : si ça peut aider à mieux comprendre ma chronique, je m’endors devant les films d’horreur .. et en particulier sur les films qui, sans montrer, veulent vous faire peur (exemple : Prémonitions, Paranormal, The Blair Witch Project).

♥♥♥♥

Editions Points, collection Thriller, 429 pages

13 thoughts on “Une vraie famille

  1. Quand même 429 pages… Tu as été persévérante. Est-ce le frère de l’autre Musso?
    Bon, ça ne t’étonnera pas que je te dise que je suis aucunement tentée…

    1. Oui je crois qu’ils sont frères mais vu que je ne lis pas l’autre, je ne suis pas certaine. Oui je prends mon rôle de jurée au sérieux ! Et puis la première partie était alléchante !

  2. pareil…Il y a tant de belles choses à lire. Et c’est la raison qui fait que je ne participe pas à ce genre de challenge qui oblige à lire des trucs que spontanément je ne lirais pas…Jusqu’au bout ? Waouh ! 😉

    1. Oui je suis plus habituée aux polars étrangers. Je ne regrette pas l’expérience. Ainsi maintenant je cerne mieux les goûts en la matière.

  3. Je rigole sur le réflexe anti-Musso : même appréhension que toi ! ces polars ne m’ont jamais tentée non plus et là, tu me confirmes que j’ai mieux à lire qu’une histoire un peu bancale et décevante !

    1. Pourtant il reçoit des critiques élogieuses de la presse. Je suis trop habituée aux polars anglo-saxons ou nordiques sans doute. Et oui un réflexe incontrôlable que beaucoup partage et toi aussi apparement

  4. Pas trop envie au vu de ta critique. Trop addict aussi aux polars anglo-saxons et nordiques. Un défaut, peut-être ?

    1. Il y a de bons polars français à ne pas en douteur mais je ne dois pas trouver les bons ! Après oui, on finit par être un peu formatée par les anglo-saxons et les nordiques, non ? Bon il faut que je lise Vargas un jour !

    1. Oui ! merci ! Il a eu du succès, je suis passée à côté – moi j’aime bien les polars, souvent entre deux romans – c’est grâce à eux que je suis revenue à la lecture 🙂

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>