Une pause BD, ça vous tente ?

A croire que Jérôme a des pouvoirs occultes ! Ne m’encourageait-il pas à poursuivre ma lecture des Vieux Fourneaux qu’en allant rendre des livres à la BM, je tombais sur les numéros 2&3 ! Jamais disponibles, les voilà comme par miracle qui m’attendaient…

  1. Bonny and Pierrot (volume 2) Les Vieux Fourneaux de Lupano & Cauuet

les-vieux-fourneaux-tome-2-bonny-and-pierrotJ’ai lu ces deux volumes à la suite. Et là, magie ! La magie a opéré -il faut dire que les Vieux ont de sacrés idées ! Ainsi ce groupe d’anars parisiens hébergés par une vieille millionnaire farfelue dans son hôtel particulier haussmannien sont en train de mener la révolte. Leur sit-in dans des bars branchés trop bruyants est à mourir de rire ou leur intervention lors d’un meeting de Copé… Et surprise, Pierrot reçoit une enveloppe mystérieuse, pleine de liquide, pour aider à sa cause, signée Anne Bonny ! Qui n’est autre que son amour de jeunesse 😉 Et oui, à l’époque notre Pierrot menait déjà la guerre contre le capitalisme et Bonny était une gauchiste capitaliste dont il était très amoureux mais dont on lui avait annoncé la mort prématurée en Algérie. Panique à bord pour la petite-fille d’Antoine qui ignorait tout de cette histoire – et qui doit tout faire pour stopper Pierrot qui veut absolument retrouver sa belle révolutionnaire !

Cette fois-ci pas une minute de temps mort, les trois compères, Mimile, Antoine et Pierrot sont tous de vrais troublions dont le passé ne cesse de venir leur jouer de sales tours. Wilfrid Lupano et Paul Cauuet signent ici une bande-dessinée relevée, et très très drôle ! Les dialogues sont savoureux (j’adore comment ils s’envoient bouler les uns et les autres) et ces personnages deviennent très attachants.

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Mon avis : ♥♥♥♥

Éditions Dargaud Benelux,56 pages, 2014

2. Celui qui part (volume 3) Les Vieux Fourneaux de Lupano & Cauuet

les-vieux-fourneaux-tome-3-celui-qui-partJ’ai donc enchainé avec plaisir sur les aventures de nos trois compères. Entre le cas de Mimile, qui voit son passé de bourlingueur dans le Pacifique réapparaitre sous les traits d’un vieux schnock irlandais et Pierrot et son fameux collectif anar « Ni Yeux ni Maître » à Paris, le lecteur s’amuse comme un fou ! J’étais morte de rire en les voyant jouer les abeilles tueuses ! Gros fou rire.

Et ce n’est pas tout, nos troublions sont loin d’être parfaits, ainsi ils ne supportent pas que la petite-fille d’Antoine aille acheter ses œufs frais chez Berthe. Celle-ci décide donc de remonter dans le temps pour comprendre d’où vient cette vieille rancœur et les surprises sont de taille.

Bref, les vieux fourneaux sont toujours aussi drôles et émouvants à la fois. Je comprends mieux dorénavant l’enthousiasme du public pour cette série, qui, m’avait quelque peu déçue au premier volume. Mea Culpa. Maintenant, il me faut le quatrième !

Les vieux fourneaux tome 3 still

Mon avis : ♥♥♥♥

Éditions Dargaud Benelux,64 pages, 2015

3. Printemps noir de Thomas Humeau et Maxence Hemery

printemps-noirC’est par hasard que j’ai choisi cette bande-dessinée et je ne le regrette pas. En mars 2003, le régime cubain lance l’opération Printemps Noir et arrête tous les opposants au régime, 75 au total dont Alejandro González Raga. Celui-ci est surveillé depuis longtemps par le régime castriste pour ses écrits et ses publications dans des journaux ou radios et sa vie de militant dans un parti politique œuvrant pour le rétablissement de la démocratie. Si la seconde partie sur son arrestation, sa condamnation à 14 ans de prison pour être « libéré » en 2008 suite aux tractations de l’Union Européenne, et des ONG telles que Amnesty International contre l’exil en Espagne, est évidemment intéressante, j’ai surtout énormément appris sur ce régime cubain dans la première partie, consacrée à son éducation.

Je suis né quelques jours après la fin de la révolution, le 29 janvier. Fidel Castro et les barbudos venaient de renverser le dictateur Batista…

Alejandro González Raga est un Cubain comme les autres, un enfant de la révolution – d’ailleurs sa mère fait partie du mouvement et travaille dans un nombreux centres d’entraide créé au lendemain de la révolution. Ces centres supposés aider la population ont eu vite faite de devenir des centres de surveillance et de propagande et de « travail volontaire ». Notion troublante quand on parle de démocratie !  Car c’est là qu’on voit la bascule : Fidel Castro venait libérer Cuba du dictateur Batista pour imposer un régime « communiste », soi-disant égalitaire et démocratique.  Mais très vite, c’est l’opposé qui se passe : ainsi tout ce qui vient de l’extérieur est dangereux (la musique, les vêtements, comme les pantalons pattes d’eph!) et les arrestations se multiplient. La population est sous surveillance permanente, d’ailleurs le jeune Alejandro est heureux de quitter cette école militaire où on lui assène chaque jour le discours officiel. Peu à peu, l’enfant de la Révolution prend conscience de sa condition et de celles des Cubains : la pauvreté, le manque d’éducation, l’isolement international, l’absence de culture et une liberté de mouvement très relative et toujours contrôlée.

Lui qui écrivait des poèmes va aller commencer à rédiger des articles, qu’il signe, pour des radios basées en Floride et suivre les différents mouvements de répression ou celui de la fuite de milliers de Cubains vers Miami en 1980. Lorsqu’il rejoint un parti politique ouvertement opposé à Castro, Alejandro sait que son temps est compté.

printemps noir 2

Ce témoignage date de 2013 – la fin supposée de l’embargo américain, et la réouverture d’une Ambassade américaine ont depuis eu lieu mais quelle est la réalité aujourd’hui ? Fruit d’un long entretien, l’album montre des souvenirs d’enfance et des photos des différents évènements qui ont marqué la vie d’Alejandro.

Le choix narratif (voix-off ou voix descriptive) permet au lecteur d’appréhender son histoire de manière plus personnelle et donc de s’identifier. Enfin, le coup de crayon de Thomas Humeau illustre parfaitement le témoignage, sans verser dans le misérabilisme.

Bref, j’ai vraiment découvert la situation politique d’une destination prisée des touristes français (plusieurs de mes amis y sont allés à cette époque) et je n’aurais pas eu envie de donner l’accolade à Fidel si je l’avais croisé …. Un esprit libertaire devenu lui-même une caricature de dictateur. L’exemple malheureux des effets dévastateurs du pouvoir.

Mon avis : ♥♥♥

Éditions Boîte à Bulles, 96 pages, 2013