En attendant Bojangles

juillet 6, 2016
En attendant Bojangles

Je suis probablement l’une des dernières à lire la révélation littéraire de ces derniers mois, En attendant Bojangles  d’Olivier Bourdeaut. Le livre a eu une première vie sur les blogs puis le bouche à oreille a fonctionné, les prix sont arrivés et j’ai découvert l’écrivain lors de l’émission La Grande Libraire. J’ai alors appris qu’Olivier Bourdeaut est un Nantais pur beurre comme moi 😉 L’anniversaire de ma soeur approchant, j’ai trouvé qu’il serait parfait comme cadeau et j’ai profité pour le lire.

Je connaissais déjà assez bien l’histoire ayant lu vos chroniques ci et là. J’ai découvert le style épuré et léger de l’écrivain. Et son talent à faire parler un enfant de sa famille, à part. Et plus particulièrement, sa mère.

Le problème c’est qu’elle perdait complètement la tête. Bien sûr, la partie visible restait sur ses épaules, mais le reste, on ne savait pas où il allait.

en-attendant-bojanglesLe roman raconte les souvenirs de cet enfant, devenu adulte, mais qui ici retrouve sa voix d’enfant – pour raconter l’histoire d’amour unique et magique qui unissait ses parents.  Le récit offre une deuxième à travers les carnets rédigés par son père. Il y raconte en détail leurs dernières semaines passés ensemble, en France et puis ce déménagement dans leur « château » en Espagne. Le père y raconte la rencontre avec cette jeune femme atypique, puis leur histoire d’amour et enfin la maladie qui grandit, insidieusement, et va mettre un temps fin à cette parenthèse enchantée dans laquelle la petite famille vit. Car chez eux, on aime tellement la vie qu’il n’y a de place que pour le « plaisir, la fantaisie et les amis ». Les parents dansent sur « Mr Bojangles » de Nina Simone et répètent à chaque pas de danse leurs voeux de mariage : à la vie, à la mort.

Chez eux, la mère change de prénom tous les jours, elle jette les chaussons à la poubelle, saute à pieds joints sur le canapé, retire son fils de l’école car il n’y apprend « pas la vie« . Elle adore organiser des soirées, amuser ses convives, chanter, danser, boire : la vie est une fête. perpétuelle. De l’extérieur,elle apparait imprévisible, extravagante et drôle. Le père a peu à peu abandonné son métier car son épouse ne peut pas vie sans lui. Il est sa béquille, son port d’attache.  Alors, le père décide d’instruire lui-même son fils tandis qu’un tas de courrier grandit de jour en jour. Dans ce lieu magique, on y croise aussi Mademoiselle Superfétatoire, un échassier trouvé et rapporté d’Afrique. L’oiseau adore courir à travers tout leur appartement en faisant ses vocalises, au grand dam des voisins.

Mais un jour la réalité et le monde extérieur rattrapent les parents. L’enfant s’y était confronté en allant à l’école ou en prenant des cours d’orthophonie.

Pour que mon écriture aille dans le bon sens, la maîtresse m’a fait envoyé chez une dame qui redressait les lettres sans jamais les toucher et qui, sans outil, savait les bricoler pour les remettre à l’endroit.

Alors quand l’inéluctable se produit, le père et le fils ne se laissent pas faire : ils ont toujours écrit leur propre histoire et ils veulent continuer.

Olivier Bourdeaut aborde un thème difficile, la maladie mentale, mais ici c’est l’amour qui prédomine. Un vrai bijou que ce roman. Même si à travers le récit, porté par deux voix (l’enfant puis les carnets de son père), on comprend que peu à peu leur bonheur est dévoré par la folie de la mère qui ne contrôle plus ses phases de délire, l’amour est plus fort que tout.

Une histoire d’amour, rythmée par la chanteuse de soul Nina Simone et son Mr Bojangles. Une histoire qui laisse place ici à l’optimisme et à la fantaisie. Le père a fait de la folie de son épouse un terrain de jeu inépuisable pour son fils dont chaque jour est une aventure magique, couvant ainsi le désespoir. Il mélange habilement le bonheur à la folie, un vrai tourbillon qui a tout emporté.

Olivier Bourdeaut signe ici un premier roman plein de douceur, de sobriété mais aussi dotée d’un joli grain de folie , il mérite amplement toutes les critiques unanimes qu’il a reçues depuis la parution de son roman.

Cette belle histoire d’amour fait écho à un film que j’avais énormément aimé à sa sortie (j’adore l’actrice principale Mary Stuart Masterson), Benny & Joon, qui abordait également la maladie mentale, de manière intelligente et poétique.  Le film (1993) mettait aussi en avant le droit à la vie, le droit à l’extravagance contre l’oubli ou l’enfermement (cf.photo en Une). Je l’ai revu plusieurs fois et je vous encourage à le voir, si ce n’est déjà fait et à lire le roman d’Olivier Bourdeaut, bien entendu 🙂

♥♥♥♥♥

[highlight color= »color here »]Editions Finitude, 160 pages, 2015 [/highlight]

 

 

20 commentaires
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20 commentaires

Simone juillet 6, 2016 - 6:02

Pas encore lu ! Peur de la déception, mais compte tenu du fait qu’on a pas mal de goûts communs, je tenterai !

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Electra juillet 6, 2016 - 6:07

bien ! fonce ! j’attends de te lire 😉

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Fanny / Pages Versicolores juillet 6, 2016 - 8:24

Je pense aussi avoir été une des dernières 😀

Merciiiiii pour avoir mentionné ce film! Il est superbe! Il était dans un coin de ma mémoire et la bande-annonce m’a fait tilter « ah tien je l’ai déjà vu » 😉 (Oui j’ai une mémoire de poisson rouge!)

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Electra juillet 6, 2016 - 4:07

De rien ! J’ai envie de revoir le film depuis !

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Valentine Pumpkins juillet 6, 2016 - 9:05

J’ai aussi été agréablement surprise (j’avais peur d’être déçue, trop d’éloges, tout ça) par ce court roman très poétique, un véritable conte ! Je le relirai avec plaisir un jour ou l’autre…

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Electra juillet 6, 2016 - 4:07

Ah ! Moi aussi.

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quaidesproses juillet 6, 2016 - 10:53

Oh, je suis contente de lire cette chronique, et contente de ce qu’il en ressort !
Ps : je n’ai pas vu ce film par contre…

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Electra juillet 6, 2016 - 4:07

Il faut que tu voies ce film !!!

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Les causettes de Célestine juillet 6, 2016 - 11:06

Arf.. tout le monde en parlait, en parlait, je me suis dit que j’allais me faire ma propre opinion, je l’ai lu et là… catastrophe! J’ai trouvé l’histoire plate et sans intérêt, le style scolaire de celui qui veut en faire trop, bref, je l’ai refermé et oublié dans le quart de seconde. C’est léger, facile, bourré de bons sentiments un peu clichés, rien ne m’a séduit, déception totale. Mais ça arrive! ^^

Passe de belles vacances, à bientôt!!
🙂

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Electra juillet 6, 2016 - 4:06

Waow ! Quelle déception ! Désolée c’est pareil pour moi pour certains romans ça passe ou ça casse !

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keisha juillet 6, 2016 - 1:51

Il est nantais? (rencontré à un salon, celà dit!)

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Electra juillet 6, 2016 - 4:04

Oui

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noukette juillet 7, 2016 - 10:51

Un bijou oui…! J’ai adoré !

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Electra juillet 7, 2016 - 1:50

Oh oui !

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LaRousse Bouquine juillet 7, 2016 - 2:48

Je l’ai lu très peu de temps après sa sortie pour le Prix du Roman des Etudiants France Culture et Télérama (qu’il a gagné d’ailleurs), et j’avais adoré.
Contente que tu l’aies apprécié aussi !
Et je note le film 😉

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Electra juillet 7, 2016 - 4:12

oui ! pour le film, à voir absolument !

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Mrs Figg juillet 11, 2016 - 11:21

Tu n’es pas la dernière : je suis également en train de le lire. J’attendais juste d’oublier (un peu) l’histoire pour profiter pleinement de ma lecture. Pour le moment, je ne sais quoi en penser 🙂

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Electra juillet 12, 2016 - 6:52

Et maintenant ? Le thème est difficile et l’exercice difficile mais pour moi c’est un conte.

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hélène juillet 12, 2016 - 11:17

J’ai aussi beaucoup aimé, j’en parle demain !

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Electra juillet 12, 2016 - 6:52

Je suis en Gaspésie. Wifi rare. Je lirai en rentrant à Québec

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