La chute du British Museum

juin 1, 2016
La chute du British Museum

Quand j’ai décidé de rejoindre le challenge du Mois anglais, je n’avais pas encore réfléchi aux lectures possibles et un tour dans ma PàL a montré l’étendue des dégâts : pas un seul livre anglais à part Agatha Christie ! Hélène est arrivée à mon secours en m’indiquant ses lectures, j’avais repéré un polar de mon côté et nous nous sommes accordées sur plusieurs lectures communes dont celle de La chute du British Museum de David Lodge. Si le nom de Lodge m’est familier, je n’avais encore jamais lu une des ses œuvres.

Que fera Adam Appleby s’il perd encore à ce jeu qu’est la « Roulette du Vatican », seule forme de contraception autorisée par l’Église ? Ce jeune thésard catholique est hanté par la peur d’être père pour la quatrième fois, et Barbara, son épouse, observe fébrilement la courbe des températures.

Dans son troisième roman, publié Outre-Manche en 1969 (et en 1991 en France), David Lodge nous présente Adam Appleby, 24 ans, marié et père de trois enfants. Ce jeune thésard qui passe ses journées enfermé dans l’immense bibliothèque du British Museum, apprend avec effroi que sa jeune épouse a du retard dans ses règles. La perspective d’être père une quatrième fois va totalement bouleverser son quotidien.

la chute du BM LodgeDavid Lodge prend un énorme plaisir à nous raconter les pérégrinations de son personnage, Adam (le choix du prénom est très parlant). Catholique, le jeune homme vit un dilemme fort répandu au sein de sa communauté : le contrôle des naissances. A son âge, et compte tenu de leurs maigres revenus, il lui paraît impossible de pourvoir à l’éducation d’un quatrième enfant. De même, à son âge, l’abstinence lui est impossible.  Obsédé par le doute qui le ronge, Adam va penser tout haut et échanger avec ses collègues sur ce dilemme religieux et sexuel imposés aux seuls Catholiques.

Mais cette obsession va provoquer chez notre héros toute une série de mésaventures, de rêves éveillés, de chutes (à plusieurs reprises) auxquels le romancier anglais ajoute des parodies transformant cette journée en une série de tribulations comiques.

Adam va aller de catastrophe en catastrophe, ne contrôlant plus rien. Ajoutez-y un humour so British, ainsi Adam fait-il la connaissance de M.Anus qui ne supporte ni l’alcool, ni les jus de fruits, ces derniers « lui provoquant des diarrhées ». On passe de bons moments en compagnie de ce doux-rêveur qui se projette dans une série de scénarios les plus improbables que les autres.

Ajoutez-y toutes ses réflexions sur l’église, l’abstinence, le contrôle des naissances – nous sommes en 1969 et dans une famille catholique pratiquante, et vous obtenez un roman assez unique. David Lodge s’amuse des procédés narratifs puisqu’il commence son roman à la troisième personne pour passer à la première personne au milieu du roman. Autre procédé cher à l’auteur britannique : l’intertextualité – ici, Lodge s’amuse à citer tous les théoriciens sur le contrôle des naissances et d’autres personnages érudits, agrémentant les rêveries de notre cher Adam à travers l’œuvre de Woolf ou de Hemingway ou James Joyce. Mais si comme moi, vous n’êtes pas aussi érudit que Lodge, difficile de saisir lesdites références !

Pour ma part, j’ai trouvé cet exercice difficile (osciller entre comédie et réflexion philosophique) et si on sent que l’auteur se fait plaisir (David Lodge s’appuie sur sa propre expérience de catholique pratiquant en 1969), il reste néanmoins que je n’ai pas eu autant de plaisir à lire son roman que je m’y attendais au départ. Oh le personnage d’Adam Appleby est très drôle et on reste dans la bonne humeur, mais le mélange humour / réflexion sur le libre arbitre de l’individu m’a paru parfois déséquilibré. A noter une fin surprenante et jouissive.

Il me reste que je suis ravie d’avoir découvert cet auteur phare de la littérature anglaise.

Le billet nettement plus enjoué d’Hélène sur son blog Lecturissime.

♥♥♥♥♥

le mois anglais

[highlight color= »color here »]Editions Rivages Poche, trad. Laurent Dufour, 234 pages [/highlight]

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18 commentaires

Marie-Claude juin 1, 2016 - 1:17

Que de souvenirs! Pendant mes études littéraires, j’ai lu quasiment tout ce qu’à publié David Lodge. J’ai pressé le citron et aujourd’hui, je me sens bien loin de cet univers d’universitaires Anglais… Comme quoi on évolue et certains de nos goûts changent!

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Electra juin 1, 2016 - 7:21

Ah oui ! Je lui ai trouvé une certaine .. comment dire que ça m’a paru un peu trop « daté » pour moi ? tu ne l’as donc jamais relu ? Bon mon billet ne te poussera pas à le faire. Peut-être que celui d’Hélène sera plus enchanté !

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Hélène juin 1, 2016 - 9:01

J’ai beaucoup aimé pour ma part, mais c’est bien connu que l’humour est loin d’être universel, combien de fois j’ai prêté un roman à des amies en leur disant qu’elles allaient s’amuser (les Riel notamment que j’adore) et qu’elles me les ont rendus en disant « ouais bof »…

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Electra juin 1, 2016 - 11:42

Disons que j’ai trouvé les scènes cocasses mais pas hilarantes et puis contrairement à toi, je n’ai pas reconnu les références à tels ou tels personnages …

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Eva juin 1, 2016 - 9:40

J’ai un de ses romans (en VO) quelque part…mais je n’ai jamais lu cet auteur pourtant très connu…ah si, peut-être les textes qu’il écrivait pour le magazine qu’on trouvait dans le TGV, souvent très drôles d’ailleurs !

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Electra juin 1, 2016 - 11:44

ah c’était lui ? Oui, je pense qu’en format magazine, il doit être bon .. là il faut avoir lu les grands classiques anglais et irlandais (Joyce) pour comprendre le roman et puis c’est cocasse, mais pas drôle version 2016 … pour moi c’est un peu daté mais Hélène a adoré !

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keisha juin 1, 2016 - 11:45

Je suis une fan! j’n ai lu plein plein, j’en ai sur mes étagères, etc (et même en vO) Daté, faudrait voir à relire, alors. Ecoute essaie encore!

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Electra juin 1, 2016 - 12:11

ah oui je me doutais bien que tu étais fan ! plus tard, ma PàL déborde…
quoique, franchement, je n’ai pas accroché .. quand mon esprit sera de nouveau léger 😉

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La Rousse Bouquine juin 1, 2016 - 12:51

Ma prof de version cette année était dingue de David Lodge… Je ne sais plus combien de textes j’ai traduits de lui, mais beaucoup ! Du coup une revue comme la tienne me fait sourire… Ravie de découvrir ton blog !

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Electra juin 1, 2016 - 2:54

Merci ! ah les cours de version, j’ai connu .. mais moi je n’ai jamais eu David Lodge à traduire 😉
J’imagine que tu as du sourire !
Merci – je file découvrir le tien ! 🙂

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Enigma juin 1, 2016 - 6:19

Je n’ai lu qu’un seulement roman de cet auteur -La vie en sourdine- que j’avais beaucoup aimé. Je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas encore retenté l’expérience, sûrement par faute de temps ^^

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Electra juin 2, 2016 - 3:39

Oui, parfois on réalise qu’on a commencé à lire un auteur et puis que bizarrement on l’a oublié .. mais bon souvent c’est aussi signe que ce n’est pas un énorme coup de cœur 🙂

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jerome juin 1, 2016 - 8:13

Un auteur jamais lu mais ce que tu dis de ce roman ne me donne pas particulièrement envie.

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Electra juin 1, 2016 - 8:16

Keisha va te tomber dessus !! Beaucoup adore .. moi je l’ai trouvé « daté » et puis je n’ai pas lu James Joyce ou Woolf donc difficile de reconnaître les références ..

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Lou juin 2, 2016 - 11:38

Le billet d’Hélène m’a bien tentée même si j’ai plusieurs Lodge dans ma PAL que j’aimerais lire avant celui-ci. A te lire, je me demande si l’importance des dilemmes rencontrés par les catholiques quant au contrôle de la natalité ne pourrait pas me rebuter au bout d’un moment. Je me le suis noté néanmoins (je connaissais le titre mais guère plus), voyons si je franchis le pas… je devrais car c’est maintenant un « classique » des auteurs britanniques contemporains.
Merci d’avoir cherché des idées pour nous suivre au cours de ce mois anglais malgré une PAL peu conséquente dans ce domaine 🙂

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Electra juin 3, 2016 - 11:41

De rien ! j’étais la première étonnée de ne pas trouver de romans .. puis je me suis souvenue bêtement après que j’en avais .. dans mes toilettes ! où j’ai rangé mes livres en anglais (une bonne centaine) 😉
J’ai effectivement trouvé que toute cette réflexion (bien que pertinente) venait un peu gâcher les effets comiques de ce roman, je ne savais jamais comment me positionner mais oui apparemment c’est un auteur culte !
l’an prochain, je compte m’organiser en amont (là j’ai découvert le challenge à la dernière minute) et découvrir Pym, Coe ..

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Océane juin 5, 2016 - 9:14

Voilà un auteur dont je peux dire que j’ai tout lu, absolument tout, comme Irving ou D.Tartt, je me jette sur la moindre parution dès la sortie. J’aime vraiment chacun de ses livres, ils m’ont accompagnés de longs mois, à la médiathèque de quartier, quand j’étais en fac, au lieu d’étudier sérieusement ^^

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Electra juin 5, 2016 - 9:29

ah très amusant, l’histoire de la fac ! J’ai aussi quelques auteurs que je suis religieusement, je dois lire Irving et Tartt (il me reste Le petit copain à lire) , je n’ai malheureusement pas eu le coup de coeur pour celui-ci, trop didactique. Des propositions ?

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