True Crime, volume 1 : les Prototypes

J’ai reçu ce recueil (et un autre, un roman qui me faisait de l’oeil !) en service de presse. J’avoue que j’étais au départ dubitative mais présentons d’abord l’ouvrage : un collectif réunissant 9 journalistes ou spécialistes (dont un commissaire de police) présentant ici neuf enquêtes originales, des faits-divers qui ont fait la une de la presse en leur temps. L’éditeur précise que si leur passion est commune est le crime, l’autre point crucial est le souci du détail et l’attachement à la vérité.

True CrimeJ’ai reconnu certains journalistes, comme Dominique Rizet et Frédérique Lantieri, tous les deux de l’émission Faites-entrer l’accusé (dont j’ai regardé quelques épisodes), Stéphane Bourgoin, le spécialiste des tueurs en série (j’avais vu un reportage sur lui dans Envoyé Spécial) qui publie aussi des romans (jamais lus).

En premier lieu, sur les neuf faits-divers, j’en connaissais cinq – diversement. Je les cite : le kidnapping du Baron Empain, Thierry Paulin (l’assassin des vieilles dames), Unabomber, Pierrot le Fou et Mohammed Merah.

Comme vous pouvez le constater, le livre varie grandement et ne s’attache pas qu’à un seul type de crime – ainsi les quatre autres récits que je vais totalement découvrir racontent la trajectoire d’un tueur en série français au 18ème Siècle (Blaise Ferrage), le procès de la Veuve Gras qui, à la fin du 19ème S. aspergea son amant de vitriol (une première), les enfants des Vermiraux se penche sur la terrible gestion d’un centre d’accueil pour enfants isolés dans l’Yonne en 1911 (maltraitance, famine, vermine) et enfin le récit du passage à l’acte d’un homme qui mènera à la mort de deux enfants …

J’avoue : j’ai pris le livre sans savoir tout ça et j’ai lu dans l’ordre des histoires, qui ne sont pas classées chronologiquement. Ainsi ma surprise fut grande en changeant de siècle, de lieu et de crimes – mais j’ai apprécié la majorité des récits. Je pense aussi que certains sont non seulement des spécialistes du crime mais également d’assez bons écrivains, je note le travail de Dominique Rizet, de Laurent Obertone, de Frédérique Lianti – et de Frédéric Ploquin qui m’ont tout de suite embarqués que ce soit dans les fins fonds de l’Yonne, avant la Première Guerre Mondiale ou dans une cabane en bois au fond du Montana où se cachait l’Unabomber, ou dans les casinos que fréquentait le Baron Empain et dans les rues de Paris qu’empruntait Pierrot Le Fou. Ils ont tous, sans exception, fait preuve de simplicité et d’humilité. Pas de surenchère, de détail gore ou croustillants, ils vont à l’inverse des médias et c’est plaisant – on est pas mis en mode « voyeur ». Leur regard de journaliste/spécialiste rencontre celui du sociologue et de l’historien et explique en partie comment ces assassins ont pu, pour certains, échappé longtemps à la police.

Pierrot le fou unJ’ignorais tout de Pierrot Le Fou, sinon le film de J.L Godard avec Belmondo – apparemment celui-ci avait totalement romancé le personnage de cet homme, Pierre Loutrel, qui au lendemain de la guerre (en 1936) créa le premier gang des tractions avant qui allait défrayer la chronique et surtout semer des cadavres sur sa route.  Raconté par Charles Diaz, commissaire de police et historien, le récit est passionnant – on découvre un homme avide d’argent, prêt à tout – ainsi travailla-t-il pour la Gestapo pendant la guerre, dans le trafic des biens confisqués aux Français de confession juive, avant de sentir le vent tourner et rejoindre rapidement la Résistance dans le Sud de la France, pour ensuite organiser ces braquages sanglants. Un homme particulièrement violent, menteur, très très loin du regard de chien battu de Belmondo !

L’examen du crime est parfois à la limite du clinique comme c’est le cas pour le récit sur les premiers terroristes – j’avoue que j’ai moins accroché (même si les faits sont extrêmement graves), car si je partage l’analyse d’Alain Bauer sur leur émergence, j’ai trouvé que leurs crimes n’avaient pas leur place ici. D’une part, parce que les autres assassins n’avaient aucune envie suicidaire (aucun ne se fait sauter ou ne souhaite mourir, il tue les autres) et que leurs motifs sont totalement différents et leurs objectifs également : tuer en masse et semer la terreur dans la population. Les autres assassins ne recherchent qu’une forme « de plaisir sadique » ou à se venger de personnes bien précises. C’est sans doute la seule chose qui m’a dérangé dans ce livre.

J’ai aussi beaucoup appris sur certains faits-divers comme l’enlèvement du Baron Empain et les lettres de ses geôliers et toutes les tentatives ratées de remise d’argent, l’Unabomber qui m’a captivé (et toute cette époque de l’histoire américaine), l’histoire de la Veuve Gras est en soi une petite nouvelle et le récit de Michel Mary sur le tueur des vieilles dames (Thierry Paulin) montre les limites de la police française à cette époque (pas de fichier national des empreintes)  et comment au final ces divers crimes ont contribué à pousser la police à mieux s’organiser, à travailler conjointement et à apporter un regard différent sur ces tueurs.

Je sais que ce type de lecture rebutera pas mal d’entre vous, mais la forme écrite, est selon moi, nettement meilleure que beaucoup d’émissions télévisées ou médias qui cherchent le buzz. Comme je le disais auparavant, ici pas de surenchère, de sang ou de détails sordides. La vérité se suffit à elle-même et l’étude de la société, que ce soit celle du 18ème, 19ème ou 21ème Siècle est fascinante.  Et je l’avoue, j’ai lu les neuf histoires en moins de deux jours !

True Crime paraitra tous les six mois, sur une idée de Frédéric Ploquin, qui m’a beaucoup appris sur la gestion désastreuse du rapt du Baron Empain.

Editions Ring, 284 pages