The Axeman’s jazz

Il y a des romans que l’on croise au hasard de nos déambulations en librairie ou bibliothèque et qui vous attirent. Ce fut le cas avec celui-ci, un premier roman signé Ray Celestin qui tient toutes ses promesses ! Vous aimez la Nouvelle-Orléans ? Alors suivez-moi 🙂

the axeman's jazz CelestinThe Axeman (l’homme à la hache) a vraiment existé. Il a assassiné 6 personnes entre 1918 et 1919 à la Nouvelle-Orléans. L’homme ne fut jamais arrêté. Il envoya une lettre à la presse que Ray Celestin a eu la bonne idée de reproduire à l’identique dans son roman. Et de ce fait divers sordide, l’auteur en fait une fiction qui même rationalisme et magie avec une baguette de maître. Il reproduit fidèlement toute la magie, l’atmosphère toujours mystérieuse de la Big Easy, surnom donnée à la ville la plus excentrique que l’Amérique a jamais porté.  Celestin livre ici à la fois un thriller passionnant et un portrait fascinant de la Nouvelle-Orléans.

Mais avant, laissez-moi vous présenter quelques personnages phares de ce roman : en premier la ville, construite sur des marécages, en dessous du niveau de la mer, la ville a connu déjà son lots de malheurs en 1918 : tornades, inondations, épidémies (la grippe espagnole, la vérole…). Les morts sont enterrés au-dessus du sol et accompagnés jusqu’à leur dernière demeure par des brass bands, les fanfares locales (où les cuivres dominent).

Lorsque le premier couple est retrouvé affreusement mutilé à la hache, la rumeur s’étend rapidement et la panique gagne peu à peu à les habitants. L’assassin dépose en effet soigneusement des cartes de tarot, celles utilisées dans le vaudou, sur ses victimes, toutes siciliennes. La ségrégation existe en 1919 mais la Nouvelle-Orléans n’est pas une ville du Sud commune. Ici se côtoient des Siciliens (pas de guerre de gangs comme à Chicago, ici ils viennent tous du même village), quelques Irlandais, les Cajuns, ces Blancs d’origine française, les Créoles (qui pratiquent le vaudou) et enfin les Noirs qui vivotent dans des quartiers mal famés près des marais.

C’est Michael Talbot, policier d’origine irlandaise et taciturne qui hérite de l’affaire. Un journaliste, John Riley, ainsi qu’une jeune secrétaire d’une agence de détectives privés, Ida décident de se saisir de l’affaire, ajoutez-y Luca d’Andrea, ancien flic ripoux (mis derrière les barreaux par Talbot), tout juste sorti de prison et engagé par le mafieux local pour trouver l’assassin, et vous voilà embarqué dans une enquête passionnante.

Pour un premier roman, le rythme est parfaitement maîtrisé, on ne se perd jamais dans les personnages dont l’histoire personnelle (et les origines) vous offrent un portrait croisé et complet de la Nouvelle-Orléans. Car chacun d’entre eux porte un secret.

Ida est noire mais sa peau est si claire qu’elle peut se permettre d’entrer dans des lieux ou s’adresser à des personnes sans avoir de souci, Talbot est en couple avec une femme noire dont il a eu deux enfants, Luca, qui sort de prison, ne veut plus de cette vie mais doit allégeance à ce chef de la mafia qu’il l’a recueilli orphelin. L’assassin sème la panique en annonçant qu’il tuera encore ceux qui n’écouteront pas ou ne joueront pas du jazz un certain soir. Le jazz, me dîtes-vous ?

Petit aparté : Ida entraine son meilleur ami dans cette enquête qu’elle décide d’entreprendre à l’insu de son boss dont elle soupçonne des accointances avec la mafia. Son meilleur ami ? Le jeune Louis Armstrong, joueur de cornet à pistons dans les brass bands de Storyville. Honnêtement la présence d’une célébrité dans le roman n’était pas essentielle mais Louis est bien né à la Nouvelle-Orléans, en 1901, orphelin de père, il a connu la misère, enfant il jouait du cornet à pistons dans les quartiers mal famés dont le célèbre Storyville, sous la coupe de la mafia sicilienne, et dont la fermeture en 1917 est partie intégrante à ce roman. Aussi, Louis (prononcé à la française) a toute sa place. Et qui dit qu’enfant des rues, placé en foyer, il n’a pas côtoyé des mauvais bougres ?!

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Bref, mélangez les tensions raciales (l’assassin ne peut être que noir crie la presse), la corruption de flics, au jazz, à une dose de vaudou et un soupçon de mafia : vous obtiendrez un cocktail explosif 🙂  Mais tout s’enchaine parfaitement bien. Pas de grosses ficelles. J’adore cette ville, j’y suis allée trois fois et j’avoue : j’ai adoré remonter le temps et vivre ces années intenses où peu à peu le visage de cette ville cosmopolite prenait forme. Le suspense est omniprésent malgré le portrait très complet de la ville, son histoire, ses communautés, sa culture. Ici le musique vous accompagne dans cette plongée incroyable vers les bas-fonds d’une ville grouillante et étonnante.

Ray Celestin livre ici un premier roman impressionnant : il allie style, rythme et suspens avec une maîtrise incroyable. La ville n’est pas sublimée, les rues sont sales, les caniveaux pleins, le racisme présent, les soldats de retour de guerre sont mal accueillis .. Mais la musique est là, elle rythme la vie des habitants, leur vie et leur mort et notre cœur bat la chamade avec elle.

Et puis je n’ai pas réussi à reposer le livre, broché, je l’ai emporté avec moi partout et je l’ai lu très vite. Car soyez prévenu, une fois embarqué, vous serez totalement plongé au cœur de la Nouvelle-Orléans.

Hâte de découvrir les futures œuvres de Monsieur Celestin. J’ai lu le livre en anglais mais bonne nouvelle, le livre va sortir en livre de poche chez 10/18 le 19 mai prochain (8,80€), traduit sous le titre Carnaval.

♥♥♥♥

Éditions Pan Books, 448 pages

11 thoughts on “The Axeman’s jazz

  1. Un excellent premier roman, oui. L’enquête en elle-même m’a beaucoup moi passionné que la reconstitution historique. L’ambiance de la ville à cette époque est juste fascinante.

    1. Oui, même si j’y suis allée plusieurs fois, je crois que cette époque devait être fascinante 😉 Le plus intéressant dans l’enquête c’est cette fameuse lettre .. et au final, il ne fut jamais arrêté 😉

  2. oh comme ta chronique me donne envie de le lire! je suis fascinée par la Nouvelle-Orléans mais je n’ai jamais eu l’occasion d’y aller…la lecture de ce roman me fera voyager un peu !

    1. C’est bizarre mais quand je pense à tes goûts, je suis certaine que la Nouvelle-Orléans est une ville pour toi, elle est tellement chargée d’histoires, de légendes et de mystères, avec ce livre on en apprend encore plus !

  3. Ah oui, je me souviens d’un avis super positif sur la traduction française. Bon à savoir que le poche va bientôt sortir. En tous cas, ton billet donne bien envie… de lire le livre et d’enfin aller visiter NO 😉

    1. Je n’ai pas lu la traduction mais l’histoire est vraiment prenante et on apprend beaucoup sur la Nouvelle-Orléan et ses habitants !
      Lis-le et oui file là-bas 🙂

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