Le Royaume des oiseaux

février 19, 2016
Le Royaume des oiseaux

C’est dans le cadre de l’opération Masse Critique que j’ai reçu le livre de Marie Gaulis, écrivaine suisse dont je ne connaissais pas l’œuvre.  L’auteur nous entraine dans un récit choral à travers le temps, l’espace restant le même : le château familial où plusieurs générations de personnages ont vécu et où le temps semble comme suspendu.

L’auteur alterne entre plusieurs personnages, et s’attarde longtemps sur les témoignages de Mary, l’épouse américaine, mariée en 1895 à Max, l’héritier du domaine familial, dont seul le titre de Comte subsiste. L’âme de Mary, aussi légère qu’une plume d’oiseau se promène ainsi dans le domaine familial, vendu depuis à d’autres propriétaires, les héritiers, ses propres enfants, ayant été incapables de gérer et entretenir le château. Mary, née en Amérique, apporte avec sa dote de quoi venir réparer et moderniser le château, tant son époux, Max, semble si peu concerné par les vicissitudes de la vie. Max préfère la chasse ou la compagnie de ses amis au bar du village à celle de son épouse et aux responsabilités qui lui incombent. Mary, à l’esprit plus « américain » (qu’elle traduit par entrepreneur, peu soucieux du statut de Comtesse) devient vite la maîtresse de maison et organise elle-même les travaux et assure leur suivi. Elle aime discuter avec les compagnons et voir peu à peu la demeure s’éveiller.

Mais Mary, le personnage décrit, est un personnage hautement imbuvable – du moins, à la lectrice que je suis. Elle a une très haute opinion d’elle-même et ses propos sont parfois à la limite du risible.

Et moi, jeune femme innocente plus qu’ignorante, brune comme ma mère, avec les yeux bleus de mon père, d’une élégance discrète, j’étais flattée de devenir la comtesse et la souveraine de château posé dans sa cuvette verte comme une vieille princesse endormie qui attend d’être réveillée.

Mary se souvient ainsi d’avoir pris les reines et sauver le château et surtout, pas « par vanité » assure-t-elle, elle veille à la construction d’une chapelle, qui les survivra à leur disparition. Pour elle qui se vante tant d’avoir l’esprit américain, celui d’entrepreneur, de futuriste, de vaillant, elle semble soudainement aspiré elle-aussi à la terre, la propriété. Ainsi, lorsque Louis, le jardinier décède, il est le premier à être enterré et à bénéficier d’une messe organisée dans la chapelle de Mary, et parlant de son époux Max, elle confie :

Et voyant la beauté de la lumière et tous ces visages gras, il reconnaissait aussi ce que j’avais accompli.

Fort heureusement, la narratrice donne la parole aux enfants, petits-enfants et arrières-petits enfants et surtout offre à son époux Max un droit de réponse à sa tendre épouse. Son portrait était si peu flatteur que j’avais peur de m’ennuyer, mais que nenni, je l’ai trouvé en mode dilettante et fort amusant.  L’homme l’avoue sans vergogne : les factures, l’entretien du château, tout cela l’ennuie hautement. Il préfère jouer avec ses enfants et partir à la chasse, plutôt que de travailler. Il admet avoir épousé Mary pour son argent, restant éternellement fidèle à sa première épouse, décédée en couches à l’âge de 19 ans. Un autre fantôme qui hante ce château savoyard.

ob_8ec62f_royaume-gaulisLes interventions des descendants sont parfois bienvenues, mais m’ont paru difficilement compréhensibles, car j’ignore qui s’exprime. Seul le style en italique vous permet de savoir qu’on change de personnage, et d’époque. Ainsi, c’est en relisant la quatrième de couverture que je vois apparaitre les noms de Joson et de son épouse Dora, héritiers de Max et de Mary, qui témoignent à la fin de leur vie (elle est veuve et aime ses petits-enfants), or dans la première partie du récit, où Mary se confie, elle parle de son fils, Joson partit trop vite, tué à la guerre (la première?) donc je reste très dubitative….Ce petit-fils est parti dans le pays maternel, en Amérique. Il a très vite abandonné ses études de droit à Princeton pour aller voyager seul en Alaska, à la recherche de ses racines.

Là, je dois avouer que l’écrivain m’a perdu. Elle ose faire un parallèle, dans la bouche de Mary puis de Joson, entre des prétendues racines amérindiennes (elle n’en a aucune preuve mais trouve ça amusant de s’imaginer cela) et sa vie dans ce château de Savoie. Elle avoue elle-même que le sort advenu aux nations autochtones en Amérique et le sort de son château en ruine n’ont pas grand chose en commun mais ne peut cesser de revenir dessus. Et lorsque Joson voyage en Alaska, c’est pour aller vivre au proche de ses prétendus ancêtres, puisque, soyons honnêtes, les seuls qu’il connaît sur ce continent habitent sur la côte Est et sont des notables.

Là, j’ai vraiment trouvé ça tiré par les cheveux et j’ai perdu beaucoup d’intérêt pour ce roman peuplé de fantômes. Le style de l’auteur composé de longues tirades, de paragraphes d’une page et des digressions sans fin ont eu également pour effet de me lasser et de m’éloigner des personnages. Le lecteur est lui-même en apesanteur et ne peut jamais s’approcher et donc ressentir les émotions de ces âmes attristées à l’idée de voir tout un passé s’évanouir et un futur incertain pour leurs enfants.  Le thème, le sujet et le personnage de Max m’auront quand même permis de poursuivre ma lecture.

♥♥♥♥♥

[highlight color= »color here »]Editions Zoé, 126 pages [/highlight]

masse_critique

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13 commentaires

Marie-Claude février 19, 2016 - 1:48

Les château et les fantômes me laissent de glace, à part dans les albums jeunesse!
Je suis fière (ça arrive si peu souvent) d’écrire chez toi: Je passe mon tour!

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Electra février 19, 2016 - 11:00

Je souris en lisant tes mots ! Oui, disons que l’écriture est belle et l’idée de départ est bonne mais j’avoue que ce style trop « aéré », le terme est maladroit ne me parle pas. J’ai senti trop de distance entre les personnages et moi.

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quaidesproses février 19, 2016 - 8:02

Je crois, hélas, que rien dans ce livre ne pourrait m’attirer…. je passe également mon tour.

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Electra février 19, 2016 - 11:01

Je pense qu’il pourrait plaire à certains lecteurs mais ce n’est pas mon genre

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keisha février 19, 2016 - 10:12

Mouais. Mauvaise pioche? Chez Babelio je passe mon tour s’il n’y a plus rien qui m’attire à 100%

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Electra février 19, 2016 - 11:03

Oui et non. Non, car je l’ai choisi pour sa 4ème de couverture qui laissait penser à un roman plus « terre à terre » et la liste était longue et avec pas mal de bons romans (Gallmeister) mais on m’a envoyé celui-ci ! Sans doute parce que nous étions peu à l’avoir choisi ! La prochaine fois, je vais réduire mes choix (là j’en avais coché une vingtaine).

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Les causettes de Célestine février 19, 2016 - 11:40

J’ai eu le même ressenti que toi, j’ai finalement abandonné ma lecture. Pourtant, la 4e et la couverture m’attiraient beaucoup. Je venais juste de terminer un autre livre des éditions ZOE, « Le garçons sauvage, carnet de montagne », de Paolo Cognetti, qui pour le coup, est un vrai petit bijou et m’a totalement enchantée!

A bientôt,
Célestine

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Electra février 19, 2016 - 2:43

Ah merci ! Tu me rassures et toi tu as carrément abandonné ! Mais pourtant c’était une jolie invitation, pourtant le lecteur est toujours tenu à l’écart or chez moi ça créé de suite une sorte de gêne. Bon, tu me rassures, cette maison d’édition sait aussi trouver des pépites !

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jerome février 19, 2016 - 1:47

Bon, ce n’est pas avec celui-là que tu me tenteras 😉

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Electra février 19, 2016 - 2:41

Non, je sais ! Bon, il faut bien s’aventurer de temps en temps loin de sentiers battus 😉

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gambadou février 20, 2016 - 10:15

Je passe alors

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Electra février 20, 2016 - 10:30

Si tu le dis 😉

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zarline février 23, 2016 - 11:01

J’aime généralement beaucoup cet éditeur qui m’emmène souvent sur des chemins de travers (je pense à Max Lobe ou à leur collection « écrits d’ailleurs ». Celui-ci ne me tentait pas vraiment et tu confirmes avec ce billet. Par contre, je suis contente de lire le commentaire de Célestine car le Paolo Cognetti me tentait beaucoup.

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