Chroniques Birmanes

Chroniques BirmanesC’est avec grand plaisir que j’ai lu les aventures de Guy Delisle  lors de son séjour en Birmanie en 2005 (ou 2006). L’illustrateur accompagnait son épouse en mission pour MSF dans ce pays encore contrôlé par la junte militaire. A l’époque, les Delisle avaient un seul enfant, encore en bas âge qui allait fêter ses 1 an là-bas.

La Birmanie, nom utilisé par certains pays occidentaux (France et Angleterre) qui refusaient ainsi de reconnaître l’Union du Myanmar, terme employé par le régime dictatorial des généraux. Le mot Birman utilisé par les Français et les Anglais a son origine dans le mot Bama, l’ethnie majoritaire birmane. A l’époque où se déroule les chroniques de Delisle, la junte des militaires est au pouvoir depuis 1988. Et la plus célèbre opposante, Aung San Suu Kyi est à l’époque encore en résidence surveillée. Son parti avait remporté les élections législatives en 1990, annulées par la junte. Aung San Suu Kyi avait remporté le Prix Nobel de la Paix l’année suivante.

Guy Delisle apprend rapidement qu’il habite tout près de la résidence de l’opposante, mais il lui sera impossible de l’approcher (malgré une ou deux tentatives assez amusantes). C’est toujours avec un talent extraordinaire que l’illustrateur canadien raconte ses séjours dans ces pays à l’histoire politique très compliquée. Avec simplicité et humour, il raconte l’histoire d’un pays sous une dictature et démontre l’absurdité de ce système (cf. dessin ci-dessous).  L’oppression est de mise,  les manifestations sont interdites et le peuple vit sous leur joug. Le peuple est pauvre mais les membres du parti dirigeant vivent dans d’immenses villas.

ChroBirmanes 04

Il rend toujours un bel hommage aux habitants et aux minorités comme les Karen que MSF tentent d’aider mais sans succès, la junte compliquant toutes leurs démarches, en leur imposant de venir renouveler leurs visas dans la capitale tous les mois, et cette démarche pouvant prendre des mois. MSF finira par choisir d’arrêter sa mission et d’aider les Karen qui se sont installés à la frontière thaïlandaise.

Guy Delisle ira par deux fois dans le nord du pays (sans visa) pour aller sur un camp tenu par d’autres organisations non gouvernementales (si je me souviens bien une tenue par des Hollandais). J’aime l’humour de Guy qui ne cache rien de ses petits soucis de santé (malade comme un chien à deux ou trois reprises), ni de ses préjugés (parfois avérés et souvent démentis). Un témoignage fort sur un pays magnifique mais détruit par la junte militaire.

Ainsi, Guy Delisle sera présent lorsque la junte décidera, sous un coup de tête, de transférer la capitale (anciennement Rangoun) vers une ville plus sûre (et géographiquement plus centrale, raison invoquée par le pouvoir qui craignait une invasion via la mer d’Andaman) Naypyidaw.  Au grand malheur des fonctionnaires obligés de quitter leurs familles du jour au lendemain et d’une forêt majestueuse de teks (arbres de plus de 30m) totalement détruite pour installer les Ministères. Lisez Guy Delisle !

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Bref, encore un gros coup de ♥ pour ce roman graphique !

12 thoughts on “Chroniques Birmanes

  1. Celui-ci, c’était le premier Guy Delisle que j’ai lu, et j’ai eu la piqure! Un très bon cru!
    Tu es en train de découvrir tous les meilleurs romans graphiques québécois, toi! Si ça continue, je vais devoir faire une croix sur la librairie de bd où je compte t’amener cet été!!!

    1. J’ai lu le guide du mauvais père il y a quelques semaines (un billet que je n’ai pas fait, je ne vais plus en faire si souvent, ça demande trop de boulot) j’ai trouvé ça sympa mais je préfère ses chroniques !

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