Acquanera

C’est dans le cadre du challenge Prix Littéraire  que j’ai reçu ce livre – j’avoue qu’à la lecture de la quatrième de couverture je n’étais pas franchement emballée. Puis, j’ai découvert qu’il s’agissait d’une romancière italienne, Valentina d’Urbano, mon premier roman italien (oui, j’avoue sans honte!). J’étais en vacances et je venais de finir un roman noir, très noir, de plus de 800 pages et contrairement à ce que je pensais, Acquenera m’a totalement vampirisé !

L’histoire ? Après dix ans d’absence, Fortuna retourne à Roccachiara, le village de son enfance perché dans les montagnes du Nord de l’Italie, qu’elle croyait avoir définitivement abandonné. La découverte d’un squelette qui pourrait être celui de sa meilleure amie, Luce, lui a fait reprendre le chemin de la maison. C’est l’occasion pour la jeune femme de revenir sur son histoire, de régler ses comptes avec le passé et en particulier avec sa mère, la sauvage Onda dont elle n’a jamais été aimée. Ainsi débute ce récit sur quatre générations : quatre générations de femmes – Clara, Elsa, Onda et Fortuna – qui ont vécu en autarcie année après année, privées d’hommes, marquées comme au fer rouge par d’étranges dons qui les ont placées en marge de leur communauté.

AcquaneraEn lisant cette présentation, j’ai eu un peu peur, le prénom Fortuna sonnait étrangement à mes oreilles… Ces femmes sont effectivement dotées de dons qui font d’elles à la fois des êtres puissants, capables de guérir et de prédire mais aussi des êtres que l’on craint et que l’on évite, comme les sorcières. Si on va toujours voir Clara, puis Elsa, c’est parce qu’elles connaissent les plantes et arrivent à soigner tous les maux qui s’abattent sur ce petit village. Mais on y va la nuit, loin des regards. Le jour, on ne leur adresse ni la parole, ni un regard. Elles effraient les villageois, elles peuvent prédire un malheur ou voir les morts. Le village est isolé, un peu plus bas, se trouve un lac où des pêcheurs vivent pauvrement tout au long de l’année. Les lieux semblent porter un mystère, l’humidité règne, le froid aussi. On est très loin de l’Italie du Sud, chaude et accueillante. Ici, l’atmosphère est pesante et un épais brouillard s’invite presque tous les jours sur le village, où est-ce mon imagination, à la lecture de ce roman, qui couvre ce lieu d’un manteau blanc éternel ?

Ils dorment, ne les réveillez pas.
Ils poursuivent les traces d’un rêve lointain.
Ne les réveillez pas, ils dorment.

Fortuna, la narratrice, revient donc dans ce village qu’elle s’était juré de fuir. Entre ses retrouvailles avec sa mère, Onda, elle se confie et raconte l’histoire d’Elsa, sa grand-mère, puis celle de sa mère et sa naissance. Fortuna, malgré son jeune âge, n’a aucune amie à l’école. On se méfie d’elle et on se moque de sa mère qui vit comme une sauvageonne au bord du lac.

Sa vie change lorsqu’une famille du Sud vient s’installer au village, pour s’occuper du cimetière et préparer les morts. Fortuna découvre en Luce, une gamine effrontée et sauvage, sa meilleure amie. Les deux filles deviennent inséparables …jusqu’à la disparition de Luce….

La mort viendra à l’improviste
Elle aura tes lèvres et tes yeux
Elle te recouvrira d’un voile blanc
En s’endormant à tes côtés

La narratrice oscille entre présent et passé. Les thèmes abordés sont nombreux, entre la transmission filiale, les relations mère-fille, la mort, la différence et l’amitié mais l’auteur les aborde tous avec succès. Moi qui suis plutôt de nature sceptique, j’ai été comme hypnotisée par ce roman, incapable de le reposer. Je n’ai pas douté un instant de leurs dons, j’ai souffert avec Fortuna ou Elsa, de l’ostracisme dont elles sont victimes, j’ai suivi Onda dans sa vie de sauvageonne, hantée par tous ces morts. Onda m’a fascinée, malgré son implacable dureté. J’ai senti le brouillard m’envelopper, l’eau glaciale du lac faire frissonner mes membres. Happée, avalée par ce roman symbolique qui navigue entre ombre et lumière.

On se croirait dans une sorte de fable, mais une fable sombre, où les personnages ne semblent jamais pouvoir échapper à leurs sorts, où la fuite ne sert à rien.

Valentina d’Urbano m’a totalement conquis avec ce second roman. Il y a de la poésie, du symbolisme dans ce roman singulier. La réussite de ce roman tient à cette noirceur qui ne quitte pas ces personnages, la froideur, la dureté d’Onda face à la douceur et la gentille d’Elsa et Fortuna qui en a marre de fuir ce passé.

J’ai dorénavant très envie de découvrir le premier roman de cette romancière, intitulé  Le bruit de tes pas. Et puis, un mot sur cette sublime couverture ! Combien de fois trouve-ton une couverture si fidèle au roman ?

♥♥♥♥♥

Éditions Philippe Rey, trad.Nathalie Bauer,  360 pages