Le mal de mère

C’est dans le cadre du challenge Prix BD Cézam que j’ai donc reçu ce roman graphique. En premier lieu, j’ai bien aimé le dessin sobre, l’absence de couleurs ne me gênant absolument pas. Je n’ai pas lu la quatrième de couverture et j’ai donc découvert l’histoire au fur et à mesure de ma lecture. Mon approche aurait été forcément différente si j’avais lu la présentation de l’éditeur. En effet, Rodéric Valambois signe ici un roman autobiographique qui raconte comment sa famille va peu à peu plonger dans le malheur.

MalDeMere_C1C4.inddRodéric raconte ici une histoire triste, malheureusement banale : celle d’une mère aimée et aimante qui sombre dans l’alcoolisme et plonge toute sa famille dans la détresse. Rodéric a une dizaine d’années, il vit avec son frère ainé et sa petite sœur au sein d’une famille aimante. Son père, qui multiplie les casquettes (Maire, éditeur, Président d’associations…) et sa mère, professeur en maternelle sont ensemble depuis une vingtaine d’années. Leur relation commence à s’effriter et Rodéric assiste malgré lui à de nombreuses scènes de querelles familiales, entrecoupées de moments de bonheur volés, comme les jeux de société où leurs parents semblent mettre de côté leur rancœur. La mère de Rodéric semble de plus en plus triste et esseulée. Elle assume toutes les tâches ménagères, l’éducation des enfants, le père de Rodéric étant toujours parti. C’est sa petite sœur qui lui apprend un jour que leur mère est alcoolique. Elle cache des bouteilles de vin partout dans la maison.

Rodéric adulte écrit ce roman qui raconte la lente descente en enfer de sa mère – et surtout le calvaire qu’elle imposera, malgré elle, à l’ensemble de sa famille. Malgré de nombreuses cures de désintoxication, rien ne pourra l’arrêter même les supplications de ces enfants, auxquels elle tiendra au fil des ans des discours de plus en plus violents et acerbes. La maladie détruit tout.

J’ai malheureusement connu cette situation dans mon entourage proche et j’ai trouvé le roman graphique extrêmement réussi dans le sens qu’il ne cache rien et surtout dévoile à quel point l’alcoolisme peut transformer les personnes. D’une mère douce et aimante, celle-ci se transforme en femme aigrie, grossie, bouffie et méchante. Il montre comment les enfants ont du évoluer et grandir dans un contexte familial aussi difficile. Ils ont grandi seuls, fuyant la maison. Rodéric développe envers elle une très forte animosité. Une rancœur qu’il sera incapable de faire disparaitre à l’âge adulte.

L’autre point fort du roman est le silence observé par la famille et les proches autour de l’alcoolisme de cette femme, épouse, mère et fille. Les silences, les rumeurs et ce sentiment très fort d’être abandonné à son sort par le reste de la famille pèsent lourd sur les épaules du frêle Rodéric. On détourne le regard. Personne ne veut voir. Et que dire du rendez-vous chez le psychologue ? Un moment très fort du roman où le père, accompagné des ses enfants doit entendre les propos totalement inappropriés de la part du psychologue qui les accuse d’être seuls responsables de la maladie de leur mère ! J’ai trouvé ça très puissant et très juste. Rodéric ne sauve pas son père qui se cache derrière ses multiples activités pour ne pas faire face. Tout le monde en prend pour son grade, même les enfants.

Au final, c’est une histoire émotionnellement très forte et triste que nous livre Rodéric. Il ne juge personne, il apporte d’ailleurs son regard d’adulte qui a évolué mais en ne cherchant jamais à gommer ces années perdues, cette adolescence volée. Ignorant tout au départ, je ne m’attendais pas du tout à une histoire dramatique mais j’ai lu le roman sans pouvoir le lâcher.

Mon seul bémol vient parfois du dessin : je trouve son personnage et celui de sa mère étrangement représentés au niveau du visage (on voit le vrai visage de l’auteur à la fin du livre, pas mal du tout). La mère ressemble parfois à un homme. Évidemment l’évolution de sa maladie va avoir un impact important sur son physique mais même au début elle est étrangement représentée.

Affection maternelle.inddÉvidemment, je comprends que le thème puisse rebuter mais je suis étonnée de rencontrer une personne qui peut à travers des dessins, raconter si justement l’alcoolisme. Je trouve ce roman très utile pour faire mieux comprendre comment cette maladie peut détruire une famille. Une histoire forte.

Rodéric Valambois, Editions Soleil, 220 pages

8 thoughts on “Le mal de mère

  1. Une belle découverte que voilà. Tout me tente: tant le dessin que l’histoire. J’ai fouillé sur le net et lu d’autres planches… Je le veux!
    Dis donc, tu as de la chance avec tes lectures bd ces temps-ci! Une belle lancée.
    De mon côté, je savoure le dernier Paul. J’en suis à la moitié.
    Ton bras va mieux? Ça fait un bout que je n’ai pas posé la question!

    1. Bonne idée ! Un thème très sérieux mais si bien raconté (et si proche de la réalité)
      Oui, pas mal de chances et j’ai encore 6-7 billets BD à terminer ! ça prend du temps !!!
      Le dernier Paul ? J’ai lu 3 Paul depuis. Dont un qui va demander de nouvelles traductions 😉
      Toujours deux séances de kiné par semaine, mais plus de douleur diffuse – je ne peux par contre pas encore l’utiliser pour soulever des choses lourdes, ou tirer .. bref, on m’a parlé de deux mois. ça fait un mois et une semaine….. Je prends mon mal en patience ! Mais c’est usant à la longue !

  2. C’est beau d’avoir su faire une BD sur ce thème, l’alcoolisme dans une famille c’est horrible, et quand sa touche la mère plus encore. Je lirai cette BD , je vais voir si elle est en médiathèque.

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