La violence en embuscade

novembre 10, 2015
La violence en embuscade

J’étais heureuse de retrouver Avraham Avraham pour une nouvelle enquête à Tel-Aviv. Je ne me rappelais cependant pas que l’inspecteur israélien pouvait être aussi déprimé. En fait, il est encore traumatisé par son affaire précédente, racontée dans Une disparition inquiétante où il avait découvert sous le tard qu’il était manipulé par certains protagonistes (j’ai modifié ma chronique pour ceux qui n’ont pas lu son précédent roman). Après être allé en vacances à Bruxelles, où vit sa petite amie Marianka, l’inspecteur accepte de reprendre ses fonctions plus rapidement lorsqu’une valise contenant une fausse bombe est découverte dans une crèche à Holon, banlieue de Tel-Aviv.

La police a arrêté un suspect qui s’était glissé parmi les curieux mais son alibi est en béton et il est vite libéré. Avraham repère alors Haïm, un modeste traiteur d’une cinquantaine d’années dont le fils cadet fréquente la crèche. L’homme accompagne ses deux enfants chaque matin à la crèche et à l’école et découvre avec les autres le périmètre de la crèche bouclé. L’homme est  très inquiet.

la violence en embuscadeDror Mishani a fait de son roman une oeuvre à deux voix : le principal narrateur est Avraham mais un second, Haïm apparait. Ce dernier est très nerveux lors de son interrogatoire à la police. L’homme a eu une altercation à la crèche avec la directrice qu’il soupçonnait de maltraitance envers son fils mais l’homme n’a rien pu prouver. Son épouse philippine est absente. Il dit à Avraham que celle-ci est retournée dans son pays s’occuper de son père malade.

Avraham, qui ne sait plus s’il doit se fier à son intuition depuis sa dernière enquête est très intrigué par le comportement de cet homme. Ses vêtements élimés, son âge avancé, sa tendance à répondre très lentement à chaque question, ses balbutiements, lui disent qu’il cache quelque chose. Le lecteur repart chez Haïm et découvre peu à peu la vérité.

Lorsque l’enquête avance et désigne un autre coupable, Avraham, cramponné à son instinct et contre l’avis de sa hiérarchie, décide de continuer à enquêter sur cet homme, malgré l’absence de preuves et la pression du compte à rebours, car le suspect a l’intention de quitter le territoire avec ses deux enfants.

Dror Mishani a un style très particulier qu’on retrouve ici : la même atmosphère tendue, sombre, oppressante et tous ces fils à démêler. Avraham s’interroge sur son métier, sur sa capacité à démêler le vrai du faux, à suivre ou non son instinct. Parallèlement, la relation avec Marianka se complique. Un roman foisonnant mais aussi pesant par son atmosphère.

L’image m’est venue en rédigeant ce billet : le héros de Dror Mishani me fait penser au fameux lieutenant Columbo. J’ignore si mes jeunes lecteurs le connaissent. Avraham semble un peu brouillon, désordonné, mais aussi têtu comme une mule et il ne lâche pas un suspect, s’invitant chez lui, lui posant cinq fois la même question. Ici le romancier israélien a le même tic : lorsque nous sommes dans les pensées de l’inspecteur, celui-ci répète les mêmes remarques ainsi plusieurs fois dans l’histoire, il se dit-il que l’homme a ses vêtements usés, que sa femme a disparu, il ne cesse de remettre en doute ses idées. Son instinct le trompe-t-il ? Un style très singulier qui le distingue de ses confrères américains et même scandinaves.

Cela confère un rythme assez lent au roman et à l’intrigue mais le coup de génie de Dror Mishani est de savoir manipuler le lecteur comme Avraham Avraham l’était dans le premier roman. Il sait toujours nous faire douter. J’ai ressenti ce sentiment oppressant et ça m’a vraiment travaillé ! L’autre plaisir que Dror Mishani offre à ses lecteurs est un personnage complet, complexe et une intrigue passionnante. Une histoire comme celles qu’affectionne le romancier islandais Arnaldur Indridasson : celle des gens simples, loin des attentats, du trafic de drogue ou d’autres sources de violence.

Encore une très bon moment de lecture.

♥♥♥♥

[highlight color= »color here »]Éditions Seuil, Policier, trad. Laurence Sendrowicz, 306 pages [/highlight]

6 commentaires
0

Vous pourriez aussi aimer

6 commentaires

Marie-Claude novembre 10, 2015 - 12:30

Mmm. Je n’en attendais pas moins!
Heureuse de savoir que Avraham Avraham reste intègre et égal à lui-même.
Il m’attend, logé bien au chaud sur la 3e tablette de ma BAL (bibliothèque à lire!)

Reply
Electra novembre 10, 2015 - 7:11

Ah super ! Oui sa patte est tellement unique. C’était amusant en le lisant de retrouver ce style si particulier !

Reply
keisha novembre 10, 2015 - 8:45

Ah mais ma bibli doit absolument l’avoir!!! Surtout ta référence à Columbo, ça me tue!

Reply
Electra novembre 10, 2015 - 10:44

Je rigole en lisant ton message ! Ah oui, si tu aimes les flics qui se « triturent » beaucoup la cervelle, celui-ci devrait te plaire 😉 Ma bibli avait les deux donc tu devrais trouver ton compte !

Reply
Jerome novembre 10, 2015 - 1:13

Je ne connais rien aux polars israéliens, merci pour la découverte !

Reply
Electra novembre 10, 2015 - 7:19

De rien ! J’en ai lu un autre (d’un autre auteur) mais j’avais moins accroché (trop « occidental »). Ici on est dans une autre atmosphère et un autre environnement.

Reply

Saisissez votre commentaire