Délivrance

octobre 28, 2015
Délivrance

Une bouteille jetée à la mer, repêchée et oubliée dans un commissariat des Highlands, en Écosse. A l’intérieur, un appel au secours écrit en lettres de sang et dans une langue scandinave. Le temps passe et lorsque le message échoue au Département V de la police de Copenhague, chargé des dossiers non élucidés, les années ont passé. L’imprévisible Carl Mørck, Assad, son assistant syrien au flair infaillible, et Rose, la secrétaire punk, vont-ils prendre au sérieux ce SOS ?

Dans ma soudaine crise de « romans policiers », j’ai ressorti le troisième opus des aventures du Département V que j’avais acheté dès sa sortie en poche en janvier dernier. J’avais adoré le premier volet, Miséricorde – un peu moins accroché à Profanation. Aussi ai-je hésité longtemps avant de me lancer, mais l’envie d’enchainer un polar après l’autre a pris le dessus et j’ai ressorti ce joli pavé (744 pages) et pas de regret ! J’ai avalé la moitié en un après-midi. Merci Jussi 😉

Au plaisir de retrouver les mêmes personnages, Carl Mørck, son étrange assistant Hafez-El-Assad et la secrétaire punk Rose, j’ai surtout aimé le sujet du livre. Jussi Adler-Olsen a réussi son pari : me faire aimer cet troisième volet comme le premier. Entre un thriller dont il arrive à maitriser parfaitement le rythme et le suspense, l’auteur danois pose également un regard sans concession sur la société actuelle danoise et en particulier sur tous ces mouvements sectaires qui fleurissent. Ces gens qui choisissent de se replier, de vivre en communauté mais où l’on est très loin de la petite maison dans la prairie. La vérité ici y est très différente : les enfants y sont souvent maltraités physiquement et verbalement, chaque faux pas de leur part est considéré comme une trahison envers Dieu. L’excommunication n’est jamais loin.

Le message enfoui dans la bouteille est pratiquement illisible – fort heureusement, l’équipe de Mørck est persévérante. Ainsi, Rose et Assad refusent de croire à un jeu d’enfants. Avec l’aide d’un ancien collègue de l’expertise judiciaire, ils arrivent à déchiffrer peu à peu le message : il a été écrit par un enfant, enlevé avec son frère en 1995 à un arrêt d’autobus à Ballerup. Ses parents connaissent leur ravisseur. Mais aucun enlèvement d’enfant n’a été déclaré à la police cette année-là. Et cela rremonte à 15 ans. Le temps a passé. Les indices sont minces.

Pourtant cet homme existe bien, il est l’un des narrateurs de ce roman. Autre tour de passe-passe de l’écrivain :  nous voici dans sa tête. Il sévit depuis des années sans jamais être inquiété. L’homme enlève des fratries, toujours deux enfants d’une même famille, membres d’une secte (Les enfants de Dieu, les témoins de Jéhovah…) – il exige une rançon et ne rend qu’un seul enfant. Pourquoi ? Je vous laisse découvrir cette effroyable machine à tuer. Il connaît parfaitement ces mouvements sectaires et leur façon de penser. Ces gens vivent toujours dans la peur d’être accusés par leurs pairs et préfèrent toujours cacher la vérité…

Jussi Adler-Olsen ne nous protège en rien puisqu’il choisit de nous faire revivre le martyr de ces enfants en commençant son récit lorsque l’homme décide à nouveau d’enlever un frère et une sœur.

Voici donc le lecteur qui oscille entre plusieurs enquêtes : celle d’une série d’incendies d’usines désaffectées, car Assad a eu le bonheur de deviner le dénominateur commun, celle d’une bouteille à la mer, dont le message remonte à 15 ans, celle de la femme du tueur qui découvre peu à peu qui est son époux, celle de ces deux enfants enlevés qui ignorent ce qui va leur arriver. Le lecteur est dans la tête de Møck puis celle du tueur … Frissons garantis !

Je n’ai rêvé que d’une chose pendant les heures où je ne lisais pas : retourner vite au Danemark et retrouver Møck et ses coéquipiers. Je ne suis pas fan de Rose, ni de sœur jumelle, ni des histoires familiales de l’inspecteur (sauf celle avec Hardy, son coéquipier tétraplégique). Je trouve que l’auteur danois pêche de ce côté-là  mais il réussit parfaitement le duo Mørck-Assad et j’adore l’humour de l’assitante syrien. Celui-ci joue dans ce roman un drôle de jeu en mentant sur l’adresse de son domicile ou sur ses fréquentations. Le lecteur restera sur sa faim (Jussi se réserve pour une prochaine aventure probablement).

L’autre bémol (en est-ce un?) c’est la volonté de couvrir tant de sujets divers, ainsi l’enquête sur les incendies et le blanchiment d’argent, la mafia serbe, etc. tout en suivant l’histoire du kidnapping.

Mais le romancier démontre ici son talent à livrer une étude sociologique sans fards de son pays, en condamnant la vague de protectionnisme ou le nationalisme grimpant ou les abus sur les enfants. Un bon Jussi Adler-Olsen.

♥♥♥♥♥

[highlight color= »color here »] Editions Le Livre de Poche, trad. Caroline Berg, 744 pages[/highlight]

 

11 commentaires
0

Vous pourriez aussi aimer

11 commentaires

Marie-Claude octobre 28, 2015 - 1:29

Eh ben! Comme tu ne tiens pas à jour tes « JE lIS » et « J’AI LU », j’ignorais que tu lisais Jussi! Cachotière, va! 744 pages? J’avais oublié qu’il était aussi volumineux… Pour moi, c’est le meilleur de la série. Un bon souvenir de lecture que tu me rappelles.

Reply
Electra octobre 28, 2015 - 10:00

ah oui ! J’oublie souvent de les mettre à jour ceux-là ! Oui, volumineux mais prenant donc bonne taille !

Reply
keisha octobre 28, 2015 - 1:30

Bon polar, lu, mais mes nerfs auraient du mal à résister à un autre de l’auteur, je reste prudente! ^_^

Reply
Electra octobre 28, 2015 - 10:01

🙂 allez tu ne pourras pas résister et puis tu as envie de savoir ce que fait le cachotier d’Assad ?

Reply
Genevieve octobre 28, 2015 - 3:39

Je n’ai jamais lu cet auteur encore mais je le conseille souvent à la bibliothèque quand des lecteurs me demandent d’autres auteurs scandinaves autres que les populaires Mankell, Lackberg et cie. Les commentaires que j’ai eu étaient toujours très bons. Il faudrait bien que je me lance à mon tour!

Reply
Electra octobre 28, 2015 - 10:03

Merci – j’ai essayé de lire Lackberg mais je n’ai pas accroché. Ici les histoires sont prenantes, il faut commencer par le premier qui reste un monument rien qu’avec le premier chapitre !

J’ai vu aujourd’hui en librairie un autre auteur de polar scandinave mais le nom m’échappe (publié chez Rivages je crois) et il avait plusieurs titres…

Reply
Hélène octobre 29, 2015 - 9:51

J’aime bien en lire de temps en temps !

Reply
Electra octobre 29, 2015 - 10:17

Moi aussi, celui-ci est sorti il y a presqu’un an .. Je prends mon temps !

Reply
luocine octobre 29, 2015 - 6:04

pas sûre que je me lance dans un polar de 700 pages mais j’ai lu avec intérêt ce que tu en dis

Reply
Eva octobre 31, 2015 - 12:03

Je croise souvent les livres de cet auteur en bibliothèque et librairie, mais je n’ai jamais franchi le pas…il faut dire que j’ai vu les films adaptés des deux premiers volumes (j’avais adoré le film Profanation au ciné, moins Delivrance en vod) , donc pas trop envie de lire des histoires que je connais déjà, mais je vais essayer de me raccrocher à la série avec le troisième volume, du coup

Reply
Electra octobre 31, 2015 - 9:11

Ah oui, je n’ai vu aucune adaptation donc j’ignore si elles sont fidèles aux romans ?
Mais je suis curieuse – est-ce que le film sur Délivrance traite bien de tous les sujets ? du comportement étrange d’Hafez ? Mais bon, les livres sont en tout cas de vrais page turner et ça fait du bien ! Tu parles des deux premiers volumes, donc tu voulais dire Profanation et Miséricorde ? Car Délivrance est le dernier (enfin que j’ai lu)

Reply

Saisissez votre commentaire