The private lives of trees

août 25, 2015
The private lives of trees

Ce livre est une vraie découverte pour moi, mon premier roman chilien, mon premier roman signé Alejandro Zambra et mon premier ensorcellement ! Le lecteur est prévenu puisqu’il est indiqué en quatrième de couverture : « Il se doit d’être lu en une seule fois, et vous il jette un sort qui vous poussera à le lire encore et encore ».  La magie a opéré bien avant, dans la librairie Blackwell’s à Oxford où je me promenais et où ce petit livre jaune (98 pages) m’a étrangement attiré !

Il ne vous faudra pas plus d’une heure (d’une demi-heure pour les lecteurs rapides) et d’une tasse de café pour partir à la rencontre de Julian, jeune romancier habitant Santiago au Chili, qui veille ce soir là sur sa belle fille, la petite Daniela, en attendant que sa compagne, Veronica, rentre de son cours d’arts plastiques. Les heures passent et sa femme ne rentre pas.

Le titre du livre, la vie privée des arbres est en fait la comptine que Julia raconte à Daniela tous les soirs, comptine née de son imagination (avec des peupliers et des baobabs) et qu’il raconte encore une fois ce soir-là, attendant fiévreusement le retour de son épouse. Aussi, Julian décide que son histoire ne terminera pas tant que Veronica ne sera pas rentrée, comme s’il pouvait ainsi infléchir sur le destin.

But as long as she’s not back, the book will continue. The book continues until she returns, or until Julia is sure she won’t return.

Alejandro Zambra joue aussi avec nous puisqu’il glisse entre les mains de Julian, l’unique roman écrit par le jeune homme, tous les dimanches et intitulé Bonsaï (47 pages). La vérité est que Zambra a bien publié un livre en 2006 au même titre. Ici, on découvre les difficultés rencontrées par Julian, éternellement insatisfait par ses écrits et qui est prêt à tout réécrire. Les heures défilent et son esprit dérive – Julian se souvient de sa première compagne, sa disparition brutale, son retour, leurs disputes et leur rupture violente puis sa rencontre avec Veronica, son mariage et son nouveau rôle de beau-père. L’esprit de Julian divague, tout en s’arrêtant sur de simples détails mais qui, au bout du compte, forment un tout absolument magique.

Julian curses his fixation: Ultimately, he should have his time writing down the conversations that floated up from the bar beneath the apartment he shared with Karla. That would have been much better. Instead of spotlighting a dead image, he should write about lives like that boy’s in 1984. Instead of making literature, he should have lost himself among familiar mirrors. He imagines a novel with only two chapters : the first, very short, records what the boy knew at the time; the second, very long, practically infinite, relates what the boy didn’t know. It’s not that he wants to write that story. It isn’t a future project. It’s more like he wishes he had written it years ago and could read it now.

the private lives of treesJulian réfléchit à sa vie, ses réussites (il est professeur, marié, amoureux) et à ses échecs (son ancienne compagne, son rôle de beau-père difficile à appréhender), sa peur de l’abandon mais aussi à sa non-carrière de romancier. ll se projette alors dans le futur et imagine Daniela adolescente, puis à 30 ans, lisant son livre. Dans son imagination, Véronica n’est jamais rentrée et Daniela pense trouver des réponses à sa propre vie dans ce roman. La vie privée des arbres ne serait-elle pas la nôtre ? Celle que l’on n’écrit pas mais celle que l’on se raconte, sans cesse, dans notre tête ?

Zambra arrive également à faire ressentir au lecteur les cicatrices laissées par la dictature. Ainsi Julian se souvient d’une conversation avec ses amis étudiants des livres qu’ils lisaient enfant – où tous avaient perdu un proche (famille ou ami) sauf lui. « But in Julian’s family, there no were no dead and there were no books« . Pour lui, les livres sont donc essentiels afin de créer un lien, un moyen de transmission, une forme de legs et il est donc essentiel d’en écrire un pour Daniela. L’autre allusion à la dictature est lorsqu’il raconte l’origine de son prénom, mais à vous de le découvrir 😉

Je ne vous parlerai pas de la fin, même si j’avoue que je n’ai pas pu résister à jeter un coup d’oeil à la dernière page (il ne m’en restait que 3) mais sachez que l’auteur chilien réussit à travers ses histoires intriquées les unes dans les autres à passionner la lectrice que je suis, à transmettre ses émotions et à faire en une seule nuit grandir son personnage à nos côtés. L’objectif de l’auteur est peut-être de nous rappeler qu’il est parfois bon d’oublier la forêt et de s’émerveiller des arbres.

Julian lulls the little girl to sleep with « The private lives of trees », an ongoing story he’s made up to tell her at bedtime. The protagonists are a poplar tree and a baobab tree, who, at night, when no one can see them, talk aout photosynthesis, squirrels, or the many advantages of being trees and not people or animals or, as they put it themselves, stupid hunks of cement.

Le style de l’écrivain Zambra est unique et puissant, il m’a vraiment transporté dans la tête de Julian et j’ai vécu comme lui cette longue nuit d’attente, étant aussi dans le même état d’inquiétude et espérant sans cesse le retour de Veronica. La magie a opéré !

Alejandro Zambra est considéré comme la découverte de la littérature chilienne depuis la publication de Bonsaï puis celui-ci (qui date de 2007) et Personnages secondaires (2011).

Zambra vient de publier un recueil de nouvelles, Mis documentos, tout juste traduit en anglais. Le hasard a fait que c’est l’amie avec qui j’étais à Oxford qui a acheté ce recueil deux jours après, sans que l’on en est parlé ! Donc j’ai vu le recueil, très tentant !

Sachez que Mis documentos et Bonsaï vont paraitre en français le 7 octobre prochain.  J’ai déjà repéré à la bibli Personnages secondaires et je pense acheter Bonsaï à sa sortie.

♥♥♥♥

[highlight color= »color here »]The Private lives of Trees, Editions Open letter, traduction Megan McDowell, 98 pages [/highlight]

 

12 commentaires
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12 commentaires

Quaidesproses août 25, 2015 - 11:36

C’est encore une fois une super chronique !
Celui-ci me tente bien, oui, je crois qu’il pourrait me plaire.
Merci pour la découverte (encore et encore) .

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Electra août 25, 2015 - 2:51

De rien ! Et en plus, il se lit vite ! Son recueil de nouvelles est par contre assez imposant mais mon amie qui l’a acheté adore aussi ! J’ai vu sur Feedly un nouveau billet chez toi, je file voir ça !

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keisha août 25, 2015 - 2:18

Connais pas, très tentée… mais rien à la bibli!!!

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Electra août 25, 2015 - 2:52

Vraiment ? Oh les nuls ! Et chez ton libraire ? Car ses livres datent un peu – Marie-Claude a Personnages Secondaires et doit le lire. Tu sais que tu peux demander à ta bibli de le commander, ils recherchent aussi de nouveaux auteurs !

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keisha août 26, 2015 - 9:21

Vérifié: possibilité d’avoir personnages secondaires. Pour l’autre : une solution, me pointer à la bibli qui le possède, et le lire, puis repartir…

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Electra août 26, 2015 - 12:16

Quoi ? ils ne le prêtent pas ? Bon vu qu’il ne fait que 98 pages, en une demi-heure c’est plié ! Bonne nouvelle étrange !

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Alison Mossharty août 26, 2015 - 7:51

Très tentant ce bouquin surtout vu comment tu en parles ! Je vais voir si je les trouve en bibli (en espérant avoir plus de chance que Keisha ^^)

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Electra août 26, 2015 - 8:03

J’espère ! Il est l’auteur chilien à la mode ! Bon ils ressortent ses anciens et son nouveau recueil le 7 octobre prochain donc sinon .. patience !

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Marie-Claude août 27, 2015 - 4:43

J’attends avant d’écrire… Approuve-moi!

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Electra août 27, 2015 - 8:11

Tu peux te lancer ! Deux billets à lire 😉

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Marie-Claude août 27, 2015 - 5:07

Je lisais ton magnifique billet et me disais: «Il me semble avoir déjà lu ça…».
Eh ben oui! « La vie privée des arbres » est paru en 2009 chez Rivages. Je l’ai lu à sa sortie, mais n’en garde pas un souvenir impérissable… « Bonsaï » est aussi paru chez Rivages en 2011. Celui-là, je ne l’ai pas lu. Je tenterai le coup avec « Personnages secondaires » avant.
Une bonne fée m’a envoyé un roman de ta liste d’envies de la rentrée (je ne te dis pas lequel!). Elle l’a lu et m’en a dit un grand bien. Je l’ai commencé hier soir et suis scotchée! Le livre est lourd (il pèse une tonne), le sujet aussi, mais son traitement est on ne peut plus rafraîchissant… À suivre!

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Electra août 27, 2015 - 5:21

Moi il m’a marqué mais sans doute étais-je faite pour cette rencontre ?

Une bonne fée ? Le poids me donne un indice .. en tout cas heureuse de savoir que tu es scotchée car tu n’as pas eu de chance avec tes dernières lectures.. j’hésite entre deux livres, j’ai craqué et j’en ai acheté un, est-ce celui-ci ?! Mystère !

Moi je lis un roman qui me tentait depuis fort longtemps, je l’avais réservé mais j’ai vu qu’il était disponible auj. dans une autre bibli (mon réseau en compte 8) donc j’ai filé et hop j’ai presque fini ! Mon instinct était le bon.

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