Frank Sinatra dans un mixeur

Il faut une certaine dose de courage pour braquer une banque au volant d’une camionnette de boulangerie. Ou [plutôt] une certaine dose de bêtise. En tout cas, ça ne passe pas inaperçu. Et quand il s’agit de remettre la main sur le butin, flics et voyous se lancent dans la course. Pour Nick Valentine, ex-policier devenu détective privé, c’est l’occasion rêvée de se refaire. À chaque loi qu’il transgresse, à chaque bourbon qu’il descend, à chaque cachet d’Oxycontin qu’il avale, il s’approche un peu plus du jackpot. Ou de la noyade dans le Missouri.

 

Difficile de raconter l’histoire mais sachez que j’ai passé un excellent moment en compagnie de Nick Valentine, que j’ai dévoré le livre, sourire aux lèvres, que je me suis bien amusée à voir toutes cette bande de losers tenter de mettre la main sur un butin, qui, il est clair, leur porte une poisse monumentale.
Les personnages sont énormes, certains diront too much – à la Tarantino si vous cherchez une comparaison. Mais rassurez-vous, le lecteur est toujours en bonne compagnie. Ce jeune auteur américain, originaire du Missouri nous livre ici une aventure rocambolesque (dont les droits ont déjà été achetés par Hollywood), où une bande de losers décident de braquer une banque puis de fausser la route à leur commanditaire. Que dire de ce Telly qui croit un instant en sa bonne étoile ? Une fois son patron au courant du détournement, le voilà recherché par Sid l’Angliche et Johnny Sans Couilles, deux hommes de main pas très malins mais extrêmement vicieux. Parallèlement, Nick Valentine va faire marcher ses contacts, en la personne de Big Tony, patron désabusé et accro à la coke d’une boite de strip-tease. Les deux hommes accompagnés de Doyle, un voleur de talent, vont partir à la chasse de ce fameux butin, pas forcément avec les mêmes projets.
Forcément rien ne se passe comme prévu. Nick Valentine, que dire ? Un ex-policier devenu enquêteur à Saint-Louis accro à la bouteille comme un nouveau né à sa tétine. Un surhomme vu la consommation quotidienne de médicaments, drogues et alcool qui enquête à la demande des flics (dont un ex-Amish ça ne s’invente pas) et s’occupe bon gré, mal gré de son chien, un croisé Yorkshire, prénommé Frank Sinatra. 
« Frank sautillait sur mon pied, rebondissait et aboyait. A ma gauche je vis un vieux numéro du magazine People avec David Hasselhoff en couverture. A un moment, Frank décida de déposer une crotte sur la poitrine dénudée du héros d’Alerte à Malibu ». (p. 159)

Oui, Nick Valentine peut rebuter au départ, entre sa consommation monumentale de cachets et d’alcool, un appartement à la limite de l’insalubrité, une carrière en mi-teinte et pourtant il arrive à s’occuper d’un autre être vivant, son chien. Bon, forcément il y a des ratés, il oublie régulièrement de sortir la bête mais celui-ci ne lui en tient guère rigueur. En tant que propriétaire d’une mini saucisse, j’ai souri en lisant tous ces passages où il décrit la joie immense du terrier en voyant son maître le soir, en descendant les marches de l’escalier, en prenant plaisir à « s’exprimer » ci et là.

Oui, j’avoue – j’ai été prise d’affection pour ce chien et puis j’adore les hommes qui n’ont pas besoin d’un gros chien méchant pour exprimer une virilité absente à leur personne. Nick Valentine est viril et adore son Yorkshire.  Un ex-flic au coeur sanguin qui a une furieuse tendance à réagir un peu trop vite mais on ne peut pas lui résister !

J’ai appris que Matthew McBride a longtemps vécu dans une ferme dans le Missouri avec comme animal de compagnie un taureau, prénommé Hemingway. Bon signe, non ?
Alors n’hésitez pas à vous embarquer pour 256 pages de folie, de drôlerie mais aussi dans une aventure diablement rythmée, aux dialogues décapants parfois féroces mais extrêmement jubilatoires ! Et au final une bande de losers pas si méchante que ça, avec des doses de gentillesse parsemées ci et là, au milieu de tirs de fusils, de strip-teaseuses, de coups de poing et de sales bleus, d’amphétamines et des sorties pipi de notre Frank national 😉
Quant aux petits curieux, j’avoue qu’une fois découvert qui était ce cher Frank Sinatra, j’ai regardé à deux fois le titre du roman 😉
 
 
Editions Gallmeister, collection Neonoir,  traduction Laurent Bury,  256 pages

11 thoughts on “Frank Sinatra dans un mixeur

  1. Je ne suis pas fan de Tarantino (voilà c'est dit). J'aurais probablement pas été plus loin mais le titre du livre, l'anecdote du taureau, l'espère de résumé bizarre et surtout Frank Sinatra dans le mixeur (?!) ça intrigue. Je note quand même! (Tentatrice!)

  2. Je n'aime pas tout chez Tarantino, ainsi je n'ai pas accroché du tout à son dernier film. Je préfère ses premiers films (Pulp Fiction).
    Oui Frank Sinatra termine bien dans le mixeur .. mais chut je ne dirais pas tout ! Honnêtement, on s'amuse bien – pas de temps mort et parfois ça fait du bien !

  3. Un peu oui, si tu crois que le crime ne paie pas et que le personnage porte un peu la poisse .. Mais ici, Valentine n'hésite pas à employer la violence même si au fond il n'a pas le fond méchant. Mais tu as raison sur un point :rien ne se passe comme prévu pour l'ensemble des personnages, la poisse totale mais très amusante pour le lecteur !

  4. Bon, un autre Gallmeister à ajouter à ma liste… Et puis, un homme et son chien, je ne peux pas résister.

    Excellent billet, ma chère. Tu me donnes furieusement envie de le lire, malgré tes trois petites (ou grosses) étoiles.

  5. Moi aussi je parle de cette collection aujourd'hui 😉
    Il a tout pour me plaire ce roman (et l'auteur va en sortir un nouveau fin août – "L'oiseau du Bon Dieu").

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>