LIP des héros ordinaires

Besançon  – avril 1973. Annonce de la fermeture des usines LIP, entreprise horlogère bisontine qui compte 1 300 salariés. La raison ?  Pas assez rentable. L’entreprise fabrique des montres mais aussi du matériel militaire et un autre département des pièces destinées à des satellites. Solange, jeune femme, élève son fils Yvan avec Patrick, épousé quelques années après la naissance du petit. La jeune femme tient un journal intime où elle va raconter la mobilisation qui va bientôt naître à l’usine LIP et enflammer toute la France. Elle va faire la connaissance d’Adriel, leader naturel du combat contre ces licenciements abusifs. 

Simone va par hasard croiser la route d’un reporter photographe qui, blessé lors d’affrontements avec la police, lui demandera de prendre les photos du conflit à sa place. Solange se redécouvre alors peu à peu. Son époux, Patrick refuse de la voir s’engager auprès de ses collègues et souhaiterait qu’elle reste à la maison. Les femmes, n’étant pas, selon lui aptes à réfléchir à la politique. 
La lutte s’organise, les ouvriers arrivent à cacher leur « trésor de guerre » (plus de 30 000 montres) puis à occuper l’entreprise et à la faire fonctionner, malgré les injonctions de la justice. Leur conflit s’envenime, s’enlise mais il fait du bruit. A l’époque, la crise pétrolière vient de heurter durement l’économie et le pays a du mal à se relever. Les familles ouvrières ne peuvent résister longtemps sans salaire. Pourtant, leur combat, sans relâche (après 329 jours de lutte) finit par payer et en mars 1974 l’usine rouvre pour les 130 premiers salariés, avec la promesse d’embaucher les autres au fur et à mesure que la demande augmente. Ce qui sera fait.

Solange s’émancipe aussi. La lutte pour la sauvegarde de LIP lui aura appris que sans combat, rien n’est gagné dans la vie et qu’il faut se battre pour réaliser ses rêves. Simone prend donc sa vie en mains. L’année 73 sera un tournant. 
L’histoire est évidemment bien documentée et rythmée par cette double trame, celle de l’usine et l’émancipation féminine de Solange – Laurent Galandon a fait un véritable travail d’historien en relatant ce combat (dont j’ignorais l’existence) – on y sent un travail consciencieux avec une pointe de fibre militante (surprise d’apprendre que Mélanchon avait écrit la préface).

Mais si le fond est intéressant, parfois un peu trop didactique, la forme reste plutôt sage, sans surprise comme si le dessin de Damien Vidal (très agréable au demeurant) devait passer au second plan – le choix du noir et blanc n’était, selon moi, pas nécessaire pour apporter de la profondeur et surtout la couleur aurait pu accompagner ce mouvement de résistance.

Néanmoins une lecture intéressante et plaisante.

Mon dernier livre du challenge le Prix BD Cézam 2015. J’ai d’ailleurs voté aujourd’hui et j’ai élu aux trois premières places Le Muret, Rouge comme la neige et enfin Tsunami.

2 thoughts on “LIP des héros ordinaires

  1. J'aime bien Galandon, il a une sensibilité particulière pour les petites gens du peuple qui en bavent (je viens de finir le diptyque "La fille de paname" qui raconte le destin d'une prostituée dans le Paris des années folles).

  2. Ah je vais regarder car j'adore la période des années folles. Ici aussi il raconte le combat des ouvriers et l'émancipation des femmes, mais je trouve ce récit un peu trop didactique.

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