Swan Peak

J’ai toujours en tête le visage buriné de Tommy Lee Jones lorsque j’aborde un roman de James Lee Burke mettant en scène Dave Robicheaux.  Cette fois-ci, Dave, son épouse Molly et son ami Clete Purcel ont mis le cap sur le Montana, loin de la Louisiane et surtout loin de l’ouragan Katrina. Swan Peak est l’endroit parfait pour oublier tous leurs soucis et profiter de merveilleux coins de pêches à la mouche. Mais un jour Clete est pris à partis par deux gros bras qui l’accusent d’avoir pénétré dans leur propriété. Le plus troublant étant que l’un d’eux connaît Clete et fait remonter à la surface une sordide histoire où un proxénète était mort dans un accident d’avion dans la réserve de Flathead, tout près d’ici.
Si Dave Robicheaux veut retourner à ses poissons, Clete ne cesse de croiser la route de ces hommes de main de deux frères Texans, les Wellstone. Le premier ne se déplace jamais sans ses béquilles et des homme de main, et le second a le visage brûlé, défiguré par ses années de guerre. A ses bras, une ancienne chanteuse de country qui ne va pas laisser insensible Clete.
L’histoire se complique lorsque les corps de deux jeunes étudiants sont trouvés sur la propriété de l’écrivain qui héberge Dave et Clete. La police est alertée et le FBI détache un agent sur place. Dave accepte d’aider le shérif local mais il doit sans cesse surveiller son meilleur ami qui ne cesse de s’attirer les ennuis les uns après les autres….
James Lee Burke a fait de Swan Peak le lieu où tous les ennemis se retrouvent, qu’ils soient originaires de la Louisiane ou du Texas, c’est au Montana que la bataille fait rage. Comme si cette nature somptueuse mais sauvage et impitoyable possédait un pouvoir hypnotique entrainant à la fois le passé, le présent et l’avenir de tous ces personnages en un seul lieu.
Tous ces hommes convergent en ce lieu comme s’ils étaient victimes d’un sort et si le roman est foisonnant et exige du lecteur de la concentration (une multitude de personnages se croisent au départ), les nuages finissent par s’écarter et tout doucement tout devient clair pour le lecteur. Un moment de lecture extrêmement plaisant et à la fois stressant lorsqu’on réalise que l’apocalypse approche et que rien ne peut l’empêcher.
James Lee Burke montre ici une autre facette de ses personnages fétiches : un Dave Robicheaux moins posé, plus hargneux et moins tolérant – prêt à en découdre pour aider son ami mais aussi en colère contre ces hommes qui viennent souiller ce havre de paix. Quant à Purcel, que dire ? Sinon qu’il est à fleur de peau et qu’il ne cesse de prendre des risques et de chercher les noises. Il va d’ailleurs les trouver.
Tout autour d’eux gravitent ces hommes de main, ces paumés, ces hommes sadiques dont Burke ne cesse de répéter que la nature humaine ne se contrôle pas et qu’ils trouveront ici ce qu’ils sont venus chercher, la mort, sous-entendu.
Milwaukee Road 
« Woody Guthrie, à l’époque, était persuadé que ce pays était une immense chanson et Jimmy Dale était persuadé que c’était toujours le cas. Si l’on sautait sur un flatwheeler en route pour l’ouest du Kansas, on pouvait, dans la même journée, voir de silos se découper contre un ciel de tempête, des océans de blé vert s’agiter dans le vent, puis, à l’est du Colorado, des collines couvertes d’armoises, et les Rockies s’élever sur la terre dure dans le scintillement d’un soleil brûlant – bleues et couronnées de neige, bardées de nuages. La même nuit, votre wagon glisserait de l’autre côté du Grand Divide, ses roues bloquées et grinçantes sur des rails rendus sonores par le froid au clair de lune. C’était juste une question de choix. « (p.392)
Mais si Burke signe ici un roman sombre et particulièrement violent, il laisse cependant au lecteur une petite lueur d’espoir en la personne de Jimmy Dale. J’ai été totalement enchantée et envoutée par cet homme métis à l’histoire complexe. Musicien talentueux (Burke n’a jamais autant parlé de musique country), Jimmy est un homme amoureux et c’est son amour qui va le conduire en prison. Envoyé dans une prison privée pour quelques années, il se tient à carreaux en attendant une possible liberté sur parole mais il va croiser la route de Troyce Nix, un gardien, ancien Marine viré de l’armée après le fameux Abou Ghraib. Celui-ci est un homme violent et sadique qui va voir en ce très bel homme un futur héros de ses jeux sexuels pervers. Jimmy va profiter d’une prochaine tentative pour blesser violemment son agresseur et s’enfuir vers le Montana. Lancé à sa poursuite, Troyce Nix va croiser la route d’une femme Candace, qui va peu à peu lui redonner son humanité.
Jimmy Dale retrouve ici les terres de ses ancêtres et va mener un combat solitaire – contre ces hommes qui lui ont pris sa femme mais aussi contre lui-même, est-il un assassin ? Ou un homme bien pris à parti? Burke va s’interroger sur cette violence qui gangrène les hommes, y-a-t-il un moyen d’en échapper ? Une forme de rédemption est-elle possible ? Et Burke surprendra sans doute quelques lecteurs à la fin.
« Mais sil y a une plus grande leçon à tirer ce qui s’est passé dans la clairière, c’est sans doute le simple fait que les véritables gladiateurs du monde sont d’origine si humble et d’apparence si banale que si on fait la queue derrière eux dans une épicerie, on peut pas devenir à quel point le feu de leur âme peut éclairer les ténèbres « (p. 548)
James Lee Burke a écrit ici un roman puissant, violent mais passionnant comme les terres humides de Swan Peak.  Ces routes sinueuses qui traversent les Rocheuses, vous entrainent vers Coeur d’Alène, ou Missoula .. j’ai eu la chance de les emprunter à plusieurs reprises. La nature y est majestueuse, elle vous entoure de ses arbres immenses, vous enveloppe d’une brume et vous plonge dans une atmosphère étrange. Burke sait parfaitement la retranscrire.
Ce roman (presque 600 pages) est encore une ode formidable à la nature. Décidément, le Montana ne laisse personne indécis. Même si j’avoue que j’ai de nouveau envie de retrouver ce bon vieux Robicheaux en Louisiane.

J’ai partagé cette lecture avec Hélène du blog Lecturissime. Filez-voir son billet ! J’ai hâte de le découvrir également.

 
 
Editions Rivages, Noir, traduction Christophe Mercier, 557 pages

14 thoughts on “Swan Peak

  1. Punaise… C'est décidé, je prends congé de ton blog. Il y a beaucoup trop de tentations ici…

    Mais avant: James Lee Burke a écrit quoi, une vingtaine de titres mettant de l'avant Dave Robicheaux? Tu en as lu plusieurs? Ton ressenti?

  2. J'ai adoré ! Un des meilleurs policiers que j'ai lu . Je suis ravie d'avoir partagé cette lecture avec toi ! A refaire… surtout si nos choix sont aussi bons 😉

  3. J'attendais de voir ton avis, depuis que je voyais la couverture dans ta colonne de droite…
    Je veux le lire maintenant! Je plussois Marie-Claude: ton blog offre beaucoup trop de tentations! 😉

  4. Je n'en avais lu que deux (il y a très très longtemps) une saison pour la peur et dans la brume électrique … puis j'avais lâché mais je vais emprunter les autres en biblio pour faire mon retard. Les critiques saluent celui-ci comme l'un des meilleurs. Robicheaux est à la base un héros de la Nouvelle-Orléans donc tu peux commencer par là, car il décrit la Louisiane avec talent (j'y suis allée trois fois donc je connais un peu ..)

  5. Ah oui pas de souci, à refaire car si nos choix se confirment, on va passer de beaux moments (j'adore les extraits que tu as choisis)

  6. Ha ha 🙂

    Oui, je pense que tu vas aimer te perdre au Montana poursuivi par des Texans endiablés (et vive la country music LOL)

  7. Merci – tu me connais bien car c'est cette couverture qui m'a attiré et m'a fait acheter le livre et replonger dans le monde de Burke et le titre Swan Peak (le Montana et la Louisiane et le Texas, tous réunis, quels chocs). Il est donc en poche donc abordable … désolée pour les tentations mais tu n'es pas mal non plus 😉

  8. Quelle chance! J'allais mangé une glace avec ma sauterelle, avec arrêt dans une librairie usagée. Je viens de mettre la main sur "Swan Peak" et "La nuit la plus longue". La glace est revenue chère!

  9. Oh la chance ! Je t'imagine bien trouvant le livre et ne pouvant pas résister…..

    Demain,un billet qui va te faire sourire !

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