Tel Aviv suspects

C’est en me promenant dans les rayons de ma médiathèque que j’ai aperçu ce livre dont le titre m’a interpellé : Tel Aviv suspects. Je n’ai jamais lu de roman israélien même si je connais un peu ce pays à travers plusieurs films qui abordent souvent le conflit israélo-palestinien.J’ai donc découvert l’œuvre de Liad Shoham.
Lorsqu’une jeune femme est violée un soir dans un quartier tranquille de Tel Aviv, l’inspecteur Elie Nahoum commence l’enquête mais l’agresseur a laissé peu de traces si ce n’est une maigre empreinte de pied. La jeune femme terrorisée ne peut décrire son agresseur et celle-ci vit désormais recluse dans son appartement. Son père, effondré par la situation, a décidé de protéger sa fille et passe ses nuits dans sa voiture à surveiller son appartement. C’est lors d’une de ses nuits alors qu’il s’apprête à abandonner qu’il aperçoit un jeune homme au comportement étrange. Celui-ci marche vite et disparait entre deux véhicules en stationnement. Le père, certain de tenir le coupable, tente de l’attraper. La police est avertie et le suspect est finalement arrêté. Il s’agit de Ziv Névo un homme sans histoire, au chômage et séparé de son épouse. Lors de l’interrogatoire Ziv Névo reste impassible. Mais après plusieurs heures d’interrogatoire musclée, et l’annonce d’un témoin, Ziv est prêt à avouer – il se rétracte subitement lorsque Nahoum lui donne la nature de son crime et le nom de la victime. Ziv nie tout viol. Mutique, il part croupir en prison en attendant sa présentation devant le juge.
Entre temps, le rédacteur chef d’un journal people confie à son nouveau journaliste la mission d’obtenir le témoignage des parents de la victime. La nouvelle recrue rechigne à faire le sale boulot mais son boss lui met une pression énorme. Peu à peu, toutes les charges contre Névo tombent et son avocat part confiant rencontrer la juge, celle-ci sait que les preuves sont faibles et doit absolument trouver un accord. Névo revient alors subitement sur sa défense et avoue le crime, à la grande surprise de Nahoum. Lorsqu’un deuxième viol est commis…Pendant ces quelques jours, Névo va, comme l’inspecteur Nahoum, connaître les heures les plus stressantes de sa vie.
Et là, croyez-moi, je ne vous ai même pas raconté un quart du livre – car il s’en passe des choses dans ce roman. Je l’avoue, au début, ce ne fut pas toujours facile de retenir les noms (et leurs fonctions) car les personnages défilent à toute vitesse, comptez-en une dizaine avec des prénoms qui me sont peu familiers. Je fais le lien avec les romans islandais où il est parfois impossible de connaître le sexe du personnage. Ainsi, je connais le prénom Galit mais uniquement pour un garçon, et ici c’est l’inverse. Mérav est un prénom féminin, Amit masculin. Mais très vite on s’y retrouve.
Que dire de ce roman? C’est un bon page-turner. L’histoire est plutôt bien réfléchie même si pour moi ce roman se classe presque dans le genre « scénario en vue d’une adaptation télévisuelle ». J’entends par là que l’auteur adore les scènes d’action leur donnant un aspect très visuel et ne relâche jamais la tension.
J’ai beaucoup aimé l’insertion dans la vie quotidienne israélienne, le shabbat, les références au service militaire (obligatoire pour les hommes (3 ans) et les femmes (22 mois) sauf exemptions) et les virées dans les territoires occupés. Ici, on a une autre vision d’Israël : celle de la mafia, du crime, des pressions politiques et de la police pas toujours très clean.
Des reproches ? Oui. En premier, le choix narratif qui finit par être répétitif donc lassant pour le lecteur. L’auteur a choisi de suivre un personnage par chapitre (4 ou 5 personnages principaux). Or ce choix sans doute souhaité au départ pour apporter du rythme et de la tension finit par créer l’inverse. Car il resitue chaque personnage au début de chaque chapitre (or les chapitres ne font que 4 ou 5 pages), comme dans les séries télévisées avec le fameux « Précédemment… » où défilent les images du dernier épisode. Je finissais par lire en diagonale le premier paragraphe pour me concentrer sur la suite.
Le deuxième est la volonté de l’auteur de devoir présenter chaque personnage de sa naissance à ses pépins adolescents – j’exagère à peine. Si pour les personnages principaux, on le comprend fort aisément, j’ai trouvé cela superflu dans un polar. Bon, la fin expliquera peut-être le choix pour l’un d’entre eux, mais en fait non. Pour moi, un personnage peut être grognon, violent ou con sans explication ou justification.
J’ai d’ailleurs préféré les moments de pause comme lorsque l’un des personnages retrouve son ex et leur enfant et qu’ils partent se cacher quelques jours. J’ai trouvé l’auteur meilleur dans les moments où il s’attarde un peu sur le présent et lorsqu’il aborde les relations humaines (le père envers sa fille, Ziv envers sa femme et son fils, etc.).
Enfin, je ne lâcherai rien sur la fin (c’est un polar) mais j’ai été un peu déçue, non par le dénouement en lui-même mais par l’identité du coupable. Au final, j’ai donc bien aimé ce livre pour l’histoire et la découverte d’un pays.
Mais, à la réflexion, ne suis-je pas non plus un peu trop difficile ? J’avoue que j’aime les polars au rythme lent :  les enquêtes d’Erlendur, de Simenon … Bref, je ne suis peut-être plus habituée aux courses poursuites et aux menaces de mort !
J’ai réservé à la médiathèque un autre polar israélien signé cette fois-ci Dror Mishani (acclamé par Marie-Claude) qui devrait arriver d’ici peu dans ma bibliothèque.

Editions Les Escales, Noires, traduction Jean-Luc Allouche, 373 pages

7 thoughts on “Tel Aviv suspects

  1. Un polar israélien, c'est original en effet. Je me serais bien laisser tenter mais ce que tu dis des répétitions et de la construction des personnages me retient. Surtout que ma liste polars à lire est loin d'être vide. Ce n'est peut-être que partie remise, j'attends donc ton avis sur la Mishani.

  2. Oui, j'ai été assez étonnée par ce parti pris de l'auteur (ou alors ai-je vu trop de séries ?) sinon ça reste un bon page turner. Oui, hâte de découvrir le Mishani !

  3. Le bonheur de se laisser prendre au hasard de la bibliothèque de quartier 🙂
    écoute, ton avis est assez motivant, malgré tes propos mitigés. Il y a un foisonnement intéressant, par contre le côté sériés des chapitres peut finir par lasser !

  4. Si tu veux un bon page turner, qui se passe dans un pays qu'on n'a pas l'habitude de croiser dans le monde des polars, fonce !

    Je plussoie pour le plaisir de se promener dans nos bibliothèques de quartier ! J'ai hâte d'y retourner d'ailleurs 😉

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