South Central Stories

Toujours dans le cadre du challenge BD auquel je me suis inscrite afin d’étoffer mes connaissances en matière de bande-dessinée, j’ai reçu South Central Stories, écrite et dessinée par Neyef, en collaboration avec les auteurs du Label 619 d’Ankama qui ont choisi de faire évoluer leur collection Doggybags en proposant à Neyef un one-shot découpé en 3 actes. 
A l’instar d’un film, où le réalisateur propose de raconter la même histoire à travers le point de vue de plusieurs protagonistes, ici le dessinateur nous emmène à Compton, un des quartiers les plus chauds de Los Angeles en 1993 – les années les plus violentes qui ont opposé des gangs, passés à la postérité : les Crips et les Bloods. 
L’histoire se déroule dans le quartier de South Central où deux gangs s’affrontent, celui des Slain (bandana blanc) face aux 66 (bandana rouge). Deux adolescents de 15 ans tentent d’intégrer les 66, après un passage à tabac réglementaire, le chef leur confie une dernière mission pour pouvoir intégrer le gang : tuer un Slain, surnommé Uncle Phil à cause de sa ressemblance avec le héros de la série The Prince of Bel Air (nous sommes en 1993). 
Les deux jeunes acceptent la mission, même si l’un d’eux a peur. L’autre s’emballe et finit par faire beaucoup plus de victimes que prévues initialement. En assassinant la soeur d’un ex-militaire, ils vont sans le savoir déclencher un tsunami…
Je m’arrête là pour l’histoire, à vous de découvrir le reste. Le rythme est nerveux, et pas de doute nous sommes bien en 1993. L’auteur s’adjoint un troisième personnage, le Diable en personne. Car à Los Angeles, tout le monde est prêt à vendre son âme. 
Mon impression ? Je l’ai lu très vite, en moins de quinze minutes et l’histoire m’a paru banale, quoique assez bien écrite grâce à ce choix narratif : un « montage » en trois actes, qui permet de jouer avec la chronologie et les personnages. Ce petit tour de magie permet de faire monter la tension tout en filmant sous plusieurs angles la même scène. 
J’ai aussi aimé le soin qu’apporte l’auteur a expliquer sous forme de fiche didactique ce qu’était les gangs, leurs origines, leurs symboles (bandana), leur langage et certains évènements historiques qui ont marqué ces quartiers de Los Angeles, comme les émeutes de 1992 (affaire  Rodney King) qui ont dégénéré en 1992 et ont fait une soixante de victimes et l’affaire O.J Simpson. 
Mais je n’ai rien appris car fait du hasard j’habitais aux USA lorsque O.J Simpson fut jugé, à la fin des années 90.  Mais j’imagine que cela peut être très utile aux jeunes d’aujourd’hui. Lorsque j’ai lu cette histoire, j’ai immédiatement repensé à un très vieux film réalisé par Dennis Hopper, avec Sean Penn sur ces affrontements de gangs : le fameux Colors (1998). Rien qu’en écrivant ces mots, j’ai en tête la musique (du rap) qui accompagne les dernières images du film. Viendront ensuite Menace II Society et Boyz in the Hood
Mon principal bémol vient du dessin. J’avoue, que contrairement aux critiques qui aiment le coup de crayon de Neyef – j’ai eu beaucoup de mal avec les personnages. Je les trouve grossiers, presque caricaturés – est-ce une volonté de la part de l’auteur ? Je l’imagine car je ne vois pas d’autre explication plausible. 
Je vais, peut-être, prononcer des mots qui vont choquer, mais les personnages sont ici tous Afro-Américains, et lorsque Neyef les dessine dans des scènes nocturnes, leurs yeux et leurs lèvres sont pratiquement blancs – je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux acteurs blancs qui se grimaient ainsi dans les années 20 pour imiter les Afro-américains. Mais j’imagine que c’est une erreur de ma part. 
Et lorsqu’il dessine le flic qui vient enquêter, on croit reconnaître l’inspecteur Sonny Crockett de Miami Vice 😉
Enfin, je n’ai pas pu m’empêcher d’y voir aussi une part de caricature de la société américaine à cette époque dans ces quartiers – même s’il est indéniable que les gangs étaient extrêmement violents, les victimes nombreuses – il fait de tous les jeunes des tueurs sadiques potentiels, et taille un costard à la police (le flic refuse d’enquêter …). La police de Los Angeles était, loin s’en faut, la meilleure mais j’ai trouvé que tout était un peu trop que cette vision est « à la louche », « simplifiée« . 
Il n’en reste que le rythme est soutenu et nerveux et le montage très intéressant. 
Je suis contente de m’être inscrite à ce challenge, car je n’aurais sans doute jamais pris la peine de m’attarder sur ce livre, si je l’avais croisé dans une bibliothèque ou chez un ami. 
Je lui attribue une note de 5/10. 

4 thoughts on “South Central Stories

  1. Je vois tout à fait ce que tu veux dire par rapport aux caricatures de noirs, je crois qu'on appelait ça les Blackfaces, et c'est en effet un pan assez raciste de la culture américaine !
    Pour ma part, je passe mon tour sur cette BD surtout parce que je n'arrive guère à accrocher au média en lui-même.

  2. Je ne pense pas que c'était souhaité de la part de l'auteur, mais moi ça m'a un sauté aux yeux – j'ai très envie de retrouver à nouveau des BD avec plus de précision dans le dessin, surtout au niveau des visages – là pas de chance !

  3. Ha ah : Oh oui je connais bien le Dr Phil et l'Uncle Phil …erreur de frappe !

    Oui j'ai préféré en parler car j'ai trouvé les visages vraiment mal dessinés, les traits trop grossiers, caricaturaux.

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