Les nuits de Reykjavik

Retrouver le personnage d’Erlendur chez Arnaldur Indriðason, c’est pour moi comme si c’était à nouveau Noël. Ainsi tous les ans, début janvier, je guette la sortie du prochain opus des aventures du policier islandais. J’ai beau connaître le personnage, je suis toujours aussi excitée à l’idée de m’envoler pour l’Islande pour quelques heures.
C’est exactement ce qui s’est passé le week-end dernier. J’ai lu le livre en deux fois, avalé, digéré. Je me suis délectée.

Le romancier islandais a choisi, comme dans son roman précédent, Le Duel, de remonter le temps et de nous présenter l’une des premières enquêtes du policier, encore toute jeune policier émoulu dans son uniforme.

Je ne le cache donc pas : cet opus est un des meilleurs de la série qui nous prouve une fois de plus le talent de conteur d’Indridason.

L’histoire ? Erlendur, tout jeune policier, vient d’entrer dans la police et se voit confier les patrouilles de nuit. Les nuits de la capitale islandaise sont loin d’être calmes : accidents de la circulation, bagarre de bars, beuveries, vols, contrebande, violence domestique, etc. Un soir, des enfants qui jouent dans les tourbières découvrent le cadavre d’un clochard flottant à la surface. Erlendur l’avait croisé à plusieurs reprises, et le policier décide, un an après les faits, d’enquêter sur ce décès, classé accidentel. 

A cette histoire, se croisent d’autres histoires – celles de personnes disparues, comme cette jeune femme à la sortie d’un bar, disparue il y a un an également ou cette écolière, jamais rentrée chez elle. Le lecteur découvre ici qu’Erlendur n’a pas beaucoup changé depuis cette époque tourmentée : il est taciturne, solitaire et passionné par son métier. Il collectionne déjà les récits de disparitions dans les fjords. Il aime Reykjavik même s’il pense souvent à son enfance dans les fjords. Erlendur est déjà une âme ancienne.

J’admire toujours autant l’immense talent d’Indridason, celui de nous entrainer avec Erlendur dans les bas-fonds de la ville ou dans les banlieues aseptisées et froides de la capitale. Comme à son habitude, l’auteur sème des graines ci et là, des indices. Je me suis laissée totalement happée par l’histoire et j’ai suivi les pas d’Erlendur, même lorsque le policier se trompe, je le suis. Ce que j’aime ici, c’est que la science n’est pas omniprésente, Erlendur n’est pas un super flic. Il suit des fausses pistes. Mais il est tenace, persévérant, n’abandonne jamais et peu à peu, comme pour un puzzle, les morceaux recollés finissent par faire apparaitre une image.

 

 

« Le ciel était lourd. La pluie s’était remise à tomber. Il la regarda monter et s’installer près de la vitre pour continuer son errance perpétuelle à travers la ville, sans se soucier de sa destination. Sa vie était un voyage sans but et, en voyant l’autobus s’éloigner de Hlemmur, Erlendur avait presque l’impression de se voir à sa place, voyageur solitaire et sans but, condamné à une éternelle errance dans l’existence » (page 188) 

Ce thriller est l’un des meilleurs lus dernièrement pour moi. Car ici il se déroule loin des poncifs du genre : pas de course poursuite (sinon pour de menus larcins), pas d’arme, pas de tests ADN. C’est en interrogeant et en écoutant les témoins qu’Erlendur reconstruit peu à peu les faits. Cet excellent roman ne se contente pas d’être un bon thriller, il s’adresse à nous, lecteurs, en nous entrainant dans le monde des disparus et celui des invisibles, les clochards mais aussi ces épouses de banlieues régulièrement violentées par leurs époux. Ces derniers ne frappent jamais au visage. Tout se tait. Tout se cache. Erlendur se confie peu, même à sa petite amie. Erlendur et sa vie amoureuse, tout un chapitre, que je vous laisse découvrir.

J’ai toujours aimé, au fil de ses romans, le style aiguisé, précis, sans fioriture du romancier islandais. Ici, il fait encore un pas de plus. Arnaldur Indridason écrit sur les hommes, leurs faiblesses, leurs craintes. Il dresse un portrait sans fard de la société.

Comme dans son roman précédent, l’auteur fait un clin d’œil à ses lecteurs en nous proposant ici la rencontre entre le jeune Erlendur et son mentor, Marion Briem. Pour les curieux, je suis les aventure d’Erlendur depuis le début et vous pouvez trouver mes chroniques sur quelques uns de ses récits : Étranges rivages, La muraille de lave et plus récemment Le duel.

En conclusion, un délicieux moment pour moi, hors du temps, au pays des glaces. Un gros coup de cœur.

Editions Métailié Noir, traduction Eric Boury, 261 pages

6 thoughts on “Les nuits de Reykjavik

  1. Alors là je te lis pour le plaisir de te lire, pare que sinon les polars nordiques j'ai un peu (beaucoup ) laissé tomber !! je me dis qu'à force de lire tes critiques, j'y reviendrais un jour !

  2. J'en ai repéré pas mal mais au final, à part Mankell et une fois un Nesbo, je ne suis que celui-ci. Donc je ne connais pas cette "overdose" comme toi – dommage car pour moi il est le meilleur 😉

  3. Il n'est pas encore sorti chez toi?
    Je l'offre en cadeau d'anniversaire à ma mère. C'est génial, il sort en librairie environ vingt jours avant, le temps pour moi de le lire. Elle a vu le paquet et enlevant l'emballage papier, elle m'a dit qu'elle y pensait ces derniers jours…

    Tu vas adorer celui-là. Découvrir la jeunesse d'Erlendur. Sa première enquête. <3

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>