Trois mille chevaux vapeur

Dès sa sortie, ce livre m’a tout de suite attiré or si vous suivez mes lectures, vous aurez remarqué que ce n’est pas le genre de livres qui me plaisent habituellement. Antonin Varenne nous embarque sur trois continents, de Londres à la Birmanie, de Portsmouth à New York jusqu’à Santa Fé, le héros du roman, Arthur Bowman va trouver dans cette chasse à l’homme la plus grande aventure humaine qu’il soit : sa propre identité. 
 
Arthur Bowman est un officier de la marine britannique (sergent), à qui la Compagnie des Indes confie à la moitié du 19ème siècle, une mission secrète dans la jungle birmane. Bowman participe à un massacre de villageois avant d’être fait prisonnier pendant un an aux mains des birmans. La torture est telle que lorsqu’il arrive à s’échapper avec dix de ses hommes, c’est un autre homme qui rentre à la capitale anglaise. Devenu policier, il ne dort plus hanté par d’atroces cauchemars. Mutilé, physiquement (son corps est recouvert de cicatrices, il a été amputé d’une partie de ses doigts) et mentalement, il trouve un échappatoire dans l’alcool et les volutes de l’opium. Mais un crime sauvage va réveiller en lui toutes ses peurs. Un homme est retrouvé assassiné dans un tunnel, son corps mutilé et une inscription au mur « survivre« . Persuadé qu’il s’agit là de l’un des dix matelots fait prisonnier avec lui, il part à leur recherche, à Londres puis dans toute l’Angleterre avant d’embarquer pour le Nouveau Monde. 
 
J’avoue que j’ai trouvé la lecture un peu sèche et ardue les premières pages. Le démarrage fut un peu trop lent à mon goût et j’ai cru un temps que j’abandonnerai sa lecture. Mais fort heureusement, la magie a fini par opérer. Et quelle magie!

Les déchets des usines, déversés dans les mêmes égouts ou directement des berges, s’accumulaient en nappes noires et grasses. Les rejets des abattoirs flottaient à la surface du fleuve solidifié. Des carcasses de vaches et de moutons, engluées dans la boue, passaient lentement devant le nouveau Parlement de Westminster. Les pattes des squelettes pointaient en l’air comme sur un champ de bataille abandonné et des corbeaux venaient s’y percher.
 
Je ne sais comment l’expliquer mais ce livre me faisait de l’œil depuis sa sortie, je ne cessais de le zieuter en librairie et lorsque par hasard, je l’ai trouvé à la médiathèque, je n’ai pu résister à son emprunt. Quelle bonne décision ai-je prise! Car une fois embarquée dans le monde de Bowman, j’ai découvert un Londres prêt à exploser, lorsqu’un été sec plonge la capitale britannique dans une puanteur totale et une Amérique, qui d’un côté bascule dans la guerre suite à l’élection de Lincoln et de l’autre continue de promettre un avenir aux plus téméraires qui partent vers l’Ouest. 
 
A terre, les espions de Pagan Minn se foutaient de cette armada immobile : ils ne regardaient plus que le ciel en attendant que la mousson éclate. L’ennui des hommes en cale tournait à la mélancolie et les malades étaient de plus en plus nombreux. Les fièvres, le mouvement lent des navires, le silence et la chaleur le savaient assommés, ils restaient allongés jour et nuit, dans une rumeur constante de grognements et de toux. Sous la ligne de flottaison, là où l’air ne circule plus, les cipayes tombaient comme des mouches.
L’écriture est fluide, et pour une fois, les descriptions ne sont ni superflues, ni redondantes mais au contraire, elles m’ont permis de visualiser chaque scène. De plus, on apprend tellement sur la Compagnie des Indes, le Londres de cette époque, l’Amérique des immigrants, l’Ouest sauvage, tout y est, et on admire le voyage intérieur des personnages et puis comme un fil, cette chasse à l’homme où le lecteur ne sait jamais qui est qui.
 
Ce livre est un véritable coup de cœur, et grâce à Antonin Varenne, j’ai dorénavant envie de lire plus de romans d’aventures (et historiques), et continuer à découvrir l’œuvre de cet auteur dont j’aime la fluidité et le style d’écriture. 
♥♥♥♥♥
Editions Albin Michel, 2014, 560 pages

8 thoughts on “Trois mille chevaux vapeur

  1. Ton billet donne très très envie… Mais je n'avais pas accroché à Fakirs du même auteur. Du coup, je ne suis pas sûre de vouloir tenter l'expérience malgré ton coup de coeur. A voir…

  2. Comme je le dis, j'ai mis un peu de temps à rentrer dans l'histoire mais ensuite hop c'était parti et j'aime beaucoup son style. Tu avais écrit un billet au sujet de Fakirs? Car je n'ai pas lu ses autres romans, aussi ça m'intrigue.

  3. Je n'avais jamais vu ton commentaire 😉 Merci pour le lien. Effectivement, l'écriture m'a semblé fluide. Pour le côté glauque, à part la description de la puanteur envahissant la capitale anglaise, honnêtement je n'ai pas trouvé ça glauque. Peut-être que l'auteur a définitivement tourné la page.

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