On achève bien les chevaux

janvier 4, 2015
On achève bien les chevaux

C’est par hasard que je suis tombée sur ce livre en allant rendre d’autres livres à la médiathèque. Désireuse de trouver un polar ou un thriller, j’ai aperçu le nom d’Horace McCoy et j’ai pensé au billet écrit quelque temps plus tôt par Cachou sur ce livre. Une fois en main, je n’ai pas pu le reposer. 

They shoot horses, don’t they? est l’œuvre d’Horace McCoy, un romancier américain mort dans l’indifférence générale à l’age de 58 ans en 1955. L’homme aura connu mille vies et aura choisi de raconter celles de ses congénères sur papier. En lisant le livre, puis sa biographie, j’y retrouve de nombreux points communs.
Né dans le Tennessee, de parents pauvres, le jeune Horace multiplie dès l’âge de 16 ans les petits jobs (mécanicien, chauffeur de taxi, vendeurs de journaux). Il s’engage dans l’armée en 1917 et combat en France où il sera décoré pour acte de bravoure. De retour au pays, il devient journaliste sportif à Dallas jusqu’en 1930. Il publie alors ses premières nouvelles dans des magazines. Mais le héros de guerre est rattrapé par la Grande Dépression et se retrouve sans emploi. Après avoir enchainé à nouveau des petits boulots (serveur, saisonnier), il atterrit en 1931 à Hollywood. 
Après quelques apparitions au cinéma, il commence à travailler en tant que scénariste pour le cinéma puis publie en 1935 son premier roman noir, They shoot horses, don’t they?

L’histoire se passe à Hollywood dans les années 30. Robert Syberten rencontre une autre figurante de cinéma Gloria Bettie. Tous deux sont venus à Los Angeles plein d’espoir, mais ne font que cumuler les échecs. Sans argent, ils s’inscrivent à un marathon de danse dans l’espoir de décrocher les 1 000$ de récompense et pour Robert être repéré par un des producteurs d’Hollywood (il souhaite devenir metteur en scène). Gloria au contraire ne croit plus en rien. Mais l’histoire ne commence pas là, elle commence au tribunal, pour Robert, tribunal qui va le condamner à mort. Robert raconte. Alors que les derbys s’enchainent, les heures défilent – ce sont leurs dernières heures de vie – emportés dans un monde implacable. 

 

Ce texte court est un puissant réquisitoire contre le rêve américain, en particulier contre la machine à rêve qu’est Hollywood. Car ici, les danseurs sont comme Robert et Gloria, des gens honnêtes mais pauvres, frappés durement par la dépression. La piste tournante agit ici comme une centrifugeuse qui finit par détruire tous ceux qui y mettent les pieds.  Les danseurs sont prêts à subir les pires humiliations pour gagner de quoi survivre quelque temps. La plupart sont originaires d’autres états et ne rêvent plus de gloire mais d’un toit et à manger.
 

En lisant ce roman sombre, je me demandais comment l’auteur avait eu cette idée de génie de choisir un marathon de danse comme allégorie mais en lisant ces quelques lignes sur sa vie, j’ai compris que McCoy s’est inspiré de ses propres expériences, d’enfant pauvre du Tennessee, fauché par la Grande Dépression. McCoy raconte simplement les aspirations de ses milliers de concitoyens, frappés de plein fouet par la crise qui viennent chercher miracle et gloire à Hollywood.
Ils embarquent sur ces frêles voiliers mais peu nombreux sont ceux qui atteindront l’île et l’océan, implacable, viendra rejeter sur la plage, tous ceux qui ont osé le défier. 

J’ai lu le livre en deux fois, happée par l’histoire et les personnages, malgré sa violence et son désespoir. Un livre qui possède cette infime étoile qui en fait une pépite rare et qu’il convient de lire au moins une fois dans sa vie. 

S.Pollack en a fait un film avec Jane Fonda que j’avais vu mais à l’époque j’étais trop jeune pour en comprendre le sens. Il faut que je le revoie à présent.
Editions Folio, Policier,  209 pages
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4 commentaires

Marie-Claude Rioux janvier 5, 2015 - 6:32

Tentatrice que tu es! Tu me donnes trop envie de le lire.

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Electra janvier 5, 2015 - 8:48

Il se lit très vite, un petit format, une grosse police .. 😉

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OhOcéane janvier 6, 2015 - 1:40

J'ai beaucoup aimé ce roman, et la noirceur, le côté implacable de l'époque, le fait de se battre, pour la survie, pour avoir une chance d'être autre chose qu'un raté dans la grande dépression ! Bref un grand moment de littérature et de cinéma !

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Electra janvier 6, 2015 - 1:41

Ah tu as vu le film aussi. Oui, comme quoi parfois, en quelques pages, on peut faire un magnifique roman !
Bon, moi je ne cesse de trouver de nouveaux blogs et donc de nouveaux livres à lire … trop dur 2015 !

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