Papillon blanc

J’étais curieuse de découvrir l’œuvre du romancier Walter Mosley, j’aime les polars et il était logique que je m’intéresse à l’un des rares auteurs noirs mettant en scène un détective privé du nom d‘Easy Rawlins dans le quartier chaud de Los Angeles, Watts, dans les années 50. Papillon Blanc est en fait le troisième volet consacré à ce héros peu recommandable, Ezechiel (Easy) Rawlins. Vétéran de la Seconde Guerre Mondiale, il a réussi à amasser un bon paquet d’argent mais il s’en cache et vit modestement à Watts avec son épouse et ses deux enfants, lorsque la police (blanche) de Los Angeles vient le chercher à la suite de plusieurs meurtres de jeunes femmes, atrocement mutilées.


Ici le lecteur est transposé dans l’Amérique blanche et ségrégationniste des années 50, après guerre – si nous ne sommes pas dans le Sud, le racisme est néanmoins prégnant et les deux mondes cohabitent difficilement. L’assassinat rapproché de trois femmes noires de petites mœurs n’intéresse pas la police, jusqu’à ce que la 4ème victime soit une jeune femme blanche de bonne famille. Easy Rawlins accepte à contrecœur d’apporter son aide. En effet, il est le seul à pouvoir enquêter dans la banlieue noire, auprès de ses amis (tous ex taulards ou escrocs) et de ses ennemis afin de mettre la main sur ce tueur en série. Mais son enquête ne va se dérouler comme prévue, car la corruption règne et à l’époque, pots de vin et flics ripoux sont monnaie courante.

Parallèlement, Easy Rawlins doit règler des problèmes personnels, son mariage battant de l’aile (sa femme se doutant qu’il lui cache plein de choses),  tout en subissant des pressions de la part d’hommes d’affaire (louches) miroitant ses propriétés le long d’une autoroute. De plus, il doit gérer son fils adoptif, un petit mexicain, Jésus, qui ne parle pas. Bref, Easy flirte toujours avec les embrouilles. 

Que dire ? Sinon que j’ai lu le livre en moins d’une journée. Il est court, c’est vrai (296 pages) mais surtout il se lit avec facilité. Le héros a pris les traits dans ma tête de Denzel Washington, car je me suis souvenue qu’il avait interprété ce personnage dans l’adaptation cinématographique de Devil in a blue dress (le premier roman mettant en scène le détective privé) en 1995.  

J’ai bien aimé ce roman car le Los Angeles des années 50 était un Los Angeles totalement différent, et puis le lecteur est transposé dans la vie d’un homme noir qui doit sans cesse composer avec le racisme ambiant, ce qui apporte une vision bien plus intéressante de cette période. Sachez néanmoins que le héros est loin d’être parfait, il ment, boit plus que de raison et a des mauvaises fréquentations mais il aime son fils adoptif et la fin m’a beaucoup touchée.

J’avais vu dans la boutique de livres d’occasion un autre de ses romans, je pense que je vais aller me le procurer. 

En 2014, Walter Mosley a publié une nouvelle histoire mettant en scène son personnage fétiche, la treizième à vrai dire mais seules 8 ont été traduites et publiées en France par Albin Michel puis le Seuil.

L’écrivain américain est prolixe, il a déjà publié une vingtaine d’ouvrages dont des essais et de la science fiction. Ses ouvrages sont traduits en plus de 21 langues. Bill Clinton lui a fait accéder à la notoriété en le désignant comme un de ses auteurs de polars préférés en 1992.

A découvrir ! 


Le Maître des Illusions

J’ai découvert la romancière américaine à travers son dernier roman, The Goldfinch (Le chardonneret) – j’avais appris à cette époque qu’elle écrivait peu, mais que Le Maître des Illusions (The secret history) l’avait révélé au grand public. Je l’avais par hasard car il était sorti en poche chez Pocket. J’ai donc entamé la lecture (près de 700 pages) en espérant retrouver le style si personnel de Donna Tartt.

Malheureusement pour lui, j’ai commencé à le lire lors de mon retour au travail après mon espade américaine, il y a presque un mois et demi et très vite j’ai peiné à suivre les aventures du héros. J’avoue qu’en lisant la quatrième de couverture, j’ai eu un mauvais pressentiment. J’ai finalement réussi à le finir, en l’espace d’un week-end et en écrivant ces mots, je ne peux faire que le même constat que pour The Goldfinch : si Donna Tartt possède un style décidément unique, une culture gigantesque, n’en reste pas moins, que je trouve à ce roman les mêmes défauts que j’ai trouvé au dernier.
Richard, jeune étudiant californien décroche une bourse pour une université huppée du Vermont, la très secrète Hampden. Richard intègre ce lieu très privilégié, fréquenté par la bourgeoisie grâce à ses connaissances en grec ancien. Il est alors introduit dans l’étrange classe de Monsieur Julian – professeur dévoué à l’étude des Anciens (grecs et romains), il n’enseigne qu’à une bouchée d’étudiants, Henry, son condisciple, Francis, les jumeaux Charles et Camilla et enfin Bunny, un irlandais de Boston assez dissipé. Avec le temps, Richard intègre ce cercle secret et va plonger avec eux dans l’indicible horreur. 

Contrairement au Chardonneret, où j’avais trouvé passionnant l’enfance du héros pour ensuite trouver celui-ci passablement ennuyeux voir énervant, ici je n’ai pas trouvé le début de l’histoire intéressante. Pourtant, l’histoire me parle, ayant eu aussi l’opportunité d’intégrer une minuscule université, nichée dans les Appalaches, fréquentée essentiellement par la haute bourgeoisie du Sud, j’ai comme, le jeune Richard, plongé dans cet antre de culture, pour très vite, en découvrir l’autre facette. Celle des soirées de beuverie, où ces jeunes, voués à de grandes carrières mais déjà choisies par leurs parents, viennent noyer leur ennui et leur déprime.
 
Je ne m’attendais pas à cela, mais pour moi ce roman souffre de certains défauts qui ont contribué à ce que je repose ce livre, presque décidée à ne jamais reprendre la lecture. Fort heureusement, je ne me suis pas écoutée.

– si on aime le côté foisonnant du roman, l’attention portée à chaque détail, on finit aussi par parfois étouffer dans tant de descriptions, des pages entières, des références aux Anciens, du détail apportée à chaque geste, mot de chaque personnage – qui au final, m’ont poussé à lire à la va vite certains paragraphes (très peu cependant).
– le personnage principal, Richard, narrateur de l’histoire, est ennuyeux – comme le héros du Chardonneret à l’âge adulte, il est terriblement passif – témoin d’une histoire, la sienne, qui lui échappe, il ne cesse de se plaindre ou noyer ses émois dans l’alcool. Je ne me suis pas du tout attaché à lui, j’étais plus attendrie par le personnage de Camilla (mais ça n’a pas duré). La romancière semble toujours plus attachée à rendre les autres personnages beaucoup plus passionnant que ses héros. Quel dommage. Ce choix créé toujours une distance entre la lectrice que je suis et le personnage principal, résultat : je m’ennuie.
– l’alcool et les drogues sont si prégnantes dans ce roman qu’elles finissent par lasser, Charles, Francis, Henry, tous boivent plus que de raison, tout en avalant quantité de médicaments, volés ci et là. Si on peut comprendre leur désir de fuir la réalité, l’obsession de la romancière pour décrire ces phases de beuverie ont fini par m’ennuyer au plus haut point, plus de trois cent pages ne servent qu’à décrire ces réveils difficiles, ces gueules de bois, ces overdoses … Les personnages tombent les uns après les autres, et finalement, moi, en tant que lectrice, je me sens totalement abandonnée par la romancière. 
Après avoir réussi à lire environ 250 pages, j’ai fait une pause de près de trois semaines, j’ai repris ma lecture et finalement, le livre II aura relancé ma curiosité (le roman est composé de deux parties), parce que l’irréparable a été commis et que j’avais envie de connaître la fin, mais j’avoue que j’ai fini ma lecture avec la télévision en fond sonore, car suivre la lente désintégration des personnages n’a rien de très joyeux, de plus, si l’auteur tente de relancer un certain suspense –  on est très loin du thriller. J’ai eu l’impression qu’elle-même ignorait quelle fin elle réservait à chaque personnage.
J’ai lu les dernières soixante pages ce matin – et la fin m’a libérée d’un poids : j’ai enfin fini ce livre ! 
Dyonisos (est) le Maître des Illusions, capable de faire pousser une vigne sur la planche d’un navire, et en général de faire voir à ses fidèles le monde tel qu’il n’est pas.
E.R Dodds – The Greeks and the Irrrational
Donna Tartt est vraiment à part, si j’aime beaucoup son style narratif, et si on peut être épatée par autant de culture, on finit aussi, comme lecteur, par se sentir peu à peu exclu – si je l’ai trouvée beaucoup plus pédagogue dans son dernier roman, ici on comprend très vite que les allégories ou allusions aux philosophes grecs ou empereurs romains nous échappent car nous n’appartiendrons jamais à ce cercle. 
Nous sommes, comme le personnage de Richard, d’une famille très simple de Californie aspirant à intégrer cette élite, et souffrant des remarques acerbes de ses camarades sur sa classe sociale. 
La romancière intellectualise trop ces personnages créant ici une distanciation entre le lecteur et les héros. En est-elle consciente ? Ou est-ce ma simple imagination ?
Et si j’avais aimé les premières années du jeune Théo, ici aucun personnage n’aura provoqué chez moi d’émotion, de plus, je suis déçue du traitement apporté à la fin du roman – et l’absence totale de remords des personnages. Leur seule inquiétude étant leur propre sécurité. 
Je n’y ai pas trouvé de perversité comme le dit Françoise Giroud, mais plus une jeunesse dorée, totalement désenchantée et terriblement déprimée, qui, sous couvert, de sa supposée supériorité de classe, s’ennuie désespérément, se noie dans l’alcool et recherche des sensations fortes, et finit par commettre l’irréparable. 
J’ignore si la romancière souhaite, à travers ce roman, critiquer l’éducation de cette jeunesse bourgeoise américaine, elle l’évoque légèrement dans le cas de la famille excentrique du personnage de Bunny, mais pour moi, on en reste loin.
Vous l’aurez compris, je n’ai pas accroché à ce roman, j’ai largement préféré le Chardonneret. 
Mais sachez que je lirai sûrement son prochain roman, car si mon billet est assez négatif, il en ressort néanmoins que j’aime beaucoup Donna Tartt, son style et qu’elle exerce sur moi une sorte d’attirance que je ne peux expliquer !  Aussi, je ne peux que vous encourager à découvrir cette grande romancière.

La physique des catastrophes

J’ai acheté ce livre un peu par hasard dans une boutique de livres d’occasion. Bien m’en a pris, car début août j’ai traversé une grosse crise de boulimie livresque et les 829 pages m’ont attirées. Pourtant, le premier roman de Marisha Pessl, jeune écrivain américaine demande un effort particulier au lecteur. 
A la fois roman d’apprentissage, critique de la société de consommation et polar, ce livre est un ovni dans mes dernières lectures. 
L’histoire ? 
La jeune Bleue Van Meer, lycéenne précoce suit son père, un intellectuel exubérant enseigner de campus en campus à travers le pays. Leur relation est fusionnelle et comme la quatrième de couverture le dit : « ils vivent une relation fusionnelle, multiplient les joutes oratoires et refont ensemble l’histoire de la littérature et de la physique cantique« .  Pour sa dernière année au lycée, la jeune obtient de faire toute sa scolarité au même endroit. La jeune fille rencontre alors une prof de cinéma fascinante et le cercle d’élèves qui se réunit chez elle une fois par semaine. Jusqu’au jour où lors d’une sortie, leur professeur est retrouvée pendue…

Difficile pour moi d’écrire un billet clair, mais soyez prévenus : le livre est truffé (au minimum 3 voire 10 par page) de vraies-fausses références littéraires, cinématographiques, historiques et scientifiques.  A savoir aussi, que la mort de l’enseignant n’intervient qu’à la toute fin du livre, ce n’est donc pas un polar typique. Il faut aimer la dissertation en général et le monde un peu étriqué des intellectuels. 

Enfin, si le livre situe l’action à la fin des années 90, voir au début des années 2000 – il m’a été difficile de le rapporter à une période précise – j’ai eu souvent l’impression d’être dans les années 60 – ce sont les références à des liens internet, des blogs, qui me venaient me rappeler la période à laquelle se déroule l’histoire.

Les points positifs : 

– La lecture est agréable, le style compréhensible malgré les nombreuses références littéraires et philosophiques,

– le rythme est soutenu et une fois lancé dans le polar, le suspense est bien présent,

– certaines scènes sont drôles,
– les vraies-fausses références apportent une originalité au roman comme la toute fin (avec exercices de dissertation et liste des livres à lire),

– l’attachement au personnage principal, qui malgré son sentiment de supériorité finit par ressembler à une simple lycéenne (amourette et besoin d’appartenance à un groupe). J’avoue qu’au départ elle m’exaspérait au plus haut point.

– une vraie réflexion sur la société américaine contemporaine


Les points négatifs :

les 100 premières pages : un  vrai cap à passer – il faut avoir l’habitude des pavés qui démarrent comme un moteur diesel, et j’ai plus d’une fois, penser à reposer le livre sur mon transat,

– l’arrogance des personnages principaux (du père en particulier) qui peut irriter (ce qui fut mon cas),

– la redondance des vraies-fausses références qui finissent, je dois l’avouer, par lasser le lecteur (coup de mou aux environs de la 400ème page),

– une fin un peu trop vite emballée et prévisible (j’ai deviné la vérité au sujet de l’un des personnages-clés),
– difficile de savoir à quelle époque nous sommes, ce qui m’a un peu perturbé je l’avoue.

En conclusion, il est grand temps que je publie ce billet car avec le recul, j’ai aimé la lecture même si, comme je le dis, certaines choses commençaient à me démanger à la fin du roman, il en reste néanmoins que j’ai vraiment passé un bon moment et surtout c’était agréable de lire un roman qui innove !  

Et, la preuve est là : j’ai avalé les 829 pages.  A découvrir donc.