La vérité sur l’affaire Harry Quebert

J’ai tout lu et entendu au sujet de ce roman – j’avais donc envie de me faire ma propre idée. C’est chose faite. J’ai depuis relu quelques critiques d’autres blogueurs et je me dis que ce livre et son succès ne me laissent pas indifférente. Mais quel est mon verdict ?

L’histoire ? New York city, 2008 – Marcus Goldman, un jeune écrivain à succès connaît la crise de la page blanche. Son éditeur à qui il doit des avances confortables lui met la pression. Le jeune homme reprend alors contact avec son mentor, un des écrivains les plus respectés du pays : Harry Quebert. Ce dernier est alors soudainement accusé d’avoir assassiné, en 1975 à Aurora, dans le New Hampshire, la jeune Nola Kellerman, âgée de 15 ans avec qui il aurait eu une liaison. 

Afin d’avoir un œil critique et un peu moins subjectif, je me dois de préciser quelques faits D’une part sur l’auteur, Joël Dicker. Il est suisse romand, a 29 ans et remporte avec ce roman de nombreux prix dont le Grand Prix du roman de l’Académie française. Ce livre a connu un énorme succès en librairie mais a aussi déclenché une vague de critiques, liées principalement à sa simplicité stylistique. Il situe l’histoire dans une petite ville, Aurora située dans la Nouvelle-Angleterre, au bord de l’océan Atlantique.

D’autre part, j’ai vécu aux USA  et pendant la période où son personnage principal étudie à la fac et rencontre son mentor. J’étudiais et enseignais dans un collège privé très bien côté pour ma part.

Les points forts

  • J’ai dévoré le roman en moins de deux jours (dont plusieurs heures d’affilée où j’ai englouti 600 pages) – ce qui m’a fait un bien fou ! J’adore les pavés et encore plus quand c’est un page turner.
  • C’est un thriller, un de mes genres préférés, écrit à l’américaine – et situé dans une région que j’adore, la Nouvelle-Angleterre.
  • Le roman n’est pas uniquement un thriller. Marcus Goldman (double de Joël Dicker?) apprend auprès de son professeur ce qu’être un écrivain implique – ce qui fait un bon roman. Le sacerdoce de ce métier, le process de l’écriture – tout ce qui me passionne (comme je vous en ai déjà parlé à plusieurs reprises).  Point très positif du roman.

Donc, oui – je comprends parfaitement que ce livre ait plu à autant de personnes à sortie, et aux lycéens qui lui ont remis le Prix Goncourt des Lycéens. Difficile de jeter à la poubelle un roman qu’il vous était impossible de reposer. Mais quand on lit beaucoup comme moi – de façon presque permanente, force est de constater que je n’ai cessé lors de ma lecture de pousser des « oh » et des « ah » de de déception face à de si nombreuses faiblesses


Les points faibles :
  • La simplicité, voire la pauvreté stylistique qui est parfois contrebalancée par des passages plus courts, mais plus maitrisés et nettement mieux écrits. Certaines tournures de phrases m’ont laissé pantois (« mon unique frère humain« ). Seuls les conseils de Harry Quebert sur le métier d’écrivain, repris en tête de chaque chapitre – sont d’un niveau stylistique nettement plus élevés que les dialogues et surtout les extraits du supposé roman de Harry Quebert, Les Origines du mal – qui frisent, avouons-le le ridicule.  
  • Revenons à ce roman, Les Origines du mal publié en 1975 qui aura valu gloire et reconnaissance à Harry Quebert – quelle horreur ! Les extraits sont d’un kitsch – je me suis crue dans un énième épisode d’un mauvais soap opéra américain et j’ai même ri à voix haute en lisant : « Ma tendre chérie, vous ne devez jamais mourir. Vous êtes un ange. Les anges ne meurent jamais. Voyez comme je ne suis jamais loin de vous. Séchez vos larmes, je vous en supplie ». Bref, quand on adore les grands romanciers américains, comme F.S Fitzgerald, J.D Salinger, Faulkner –  on se demande bien comment un tel navet aurait pu être érigé en chef d’œuvre.  Idem pour tous les autres extraits du manuscrit ou les lettres d’amour.  J’en suis arrivée à me demander si Joël Dicker était bien l’auteur de ces écrits. 
  • Une vision de l’Amérique totalement biaisée avec des personnages tous caricaturaux Joël Dicker a à peine trente ans, et il a grandi avec la télévision. Ses influences ressortent à chaque page du roman, l’amour interdit entre un écrivain de 34 ans et une gamine de 15 ans aurait pu donner de la profondeur à ce roman mais ici, nous sommes très loin de la Lolita de Nabokov – d’ailleurs, les deux personnages s’aiment d’amour pur – point de sexe. Un hommage vibrant à l’Amérique puritaine (Glee ….) ou lorsqu’il décrit ce banquier américain qui part en Alaska retrouver un sens à sa vie et qui finit par mourir de faim, on aura reconnu en parallèle l’histoire de Christopher McCandless mélangée à la crise de 2008. 
  •  Les clichés, sur l’Amérique :  ils pullulent au début du roman lorsque l’auteur raconte la jeunesse du héros. Ce jeune homme à l’ambition démesurée est prêt à enfoncer les autres et à mentir pour être le meilleur de sa classe, de son école, de son équipe sportive. Un « Formidable » qui se révèle être, comme le dirait un chanteur belge, fort minable.  J’ai ri en lisant sa description de ses années lycéennes, avec quelle facilité il devient la gloire de son lycée, et qui voit même le principal de son école payer pour un nouvel anneau sportif. Ridicule. Ayant été au lycée aux USA, les américains sont extrêmement doués pour le sport et ils ne sont pas tous stupides. La supercherie de ce Goldman n’aurait pas durer longtemps. Ses parents sont eux-mêmes sont un exemple : aveuglés par la réussite de leurs fils, la mère « juive » est une caricature qui m’a presque fait hurler. Son anglais est approximatif (nous sommes en 1998 ou 2008 mais on a l’impression qu’elle vient d’immigrer d’Europe en 1946 après la guerre). Et que dire de son seul ami de fac ? Un jeune homme noir originaire du Minnesota (donc plouc sauf qu’il oublie que ses habitants sont majoritairement scandinaves et bien plus éduqués et ouverts que le reste de l’Amérique – Minneapolis est la deuxième ville gay après San Francisc – j’y ai passé cinq mois). Mais revenons à cet ami de couleur, qui en 1998, croit que les bibliothèques sont toujours interdites aux noirs et remercie son seul ami, le formidable Marcus Goldman de lui ouvrir les portes de la connaissance (sic). Je n’ose imaginer la réaction de tous les lecteurs d’origine américaine lisant ce passage. Pour habiter aux USA sous la présidence Clinton, et cette année-là, vivre dans le Sud de surcroit (le Minnesota est un état situé à la frontière canadienne), je peux vous assurer que la ségrégation était bien abolie. Et j’arrête là …. 

Bref, il est clair pour moi que Joël Dicker a mis dans ce roman tout et n’importe quoi.

  • Le thriller en lui-même : un vrai page turner – même si je l’avoue, et c’est presque une première pour moi : j’ai deviné qui étaient les assassins à la moitié du roman. Je l’ia deviné lorsque les assassins racontent leurs versions de l’histoire, j’ai compris et puis et lorsque j’apprends plus tard la situation extrêmement compliquée du premier et la frustration du second, plus de doute.  Puis j’ai lu toutes les tentatives de l’auteur pour embrouiller le lecteur : tous les personnages deviennent suspects.  Nous revoilà donc dans un épisode de The Desperate Housewives, dans cette Amérique des petites villes où tous les habitants ont forcément des secrets inavouables.  Dicker retombe dans le cliché même s’il évite un fin trop facile (à l’américaine) et la sempiternelle course-poursuite , on finit quand même par trouver ça un peu indigeste. D’ailleurs, si on le lit vite, c’est parce que quelque part on a envie d’en finir, non ?

Parce que, je me dois d’être honnête, la vie privée de Marcus Goldman et sa recherche de la femme idéale – on s’en fout, non ?

Et contrairement à ce que dit Quebert lorsqu’il définit un bon roman « un bon livre est un livre que l’on regrette d’avoir terminé (…), où le lecteur s’est attaché aux personnages » : ici point de souci. Je ne me suis attachée à aucun d’entre eux et une fois la confirmation que les meurtriers sont bien ceux-là, j’en ai conclu que ce livre est une lecture parfaite pour l’été. Un livre qui se lit vite et qui s’oublie vite. 

Mais à toutes ces critiques, je dois reconnaître au romancier suisse un talent certain, comme je le dis, ce sont plus les passages autour du roman et du métier d’écrivain qui m’ont interpelés – il est clair que le formidable Marcus Goldman ne veut pas être un écrivain, il veut être adulé.  Les nombreux passages dédiés à son agent et à sa maison d’édition qui se fichent du roman et veulent uniquement susciter l’envie des lecteurs pour booster les ventes rejoignent son ambition démesurée.
La définition du « bon roman » trouve ici écho dans le nombre de livres vendus, qu’importe si c’est de la m…  Et c’est là que je me dis, n’est-ce pas le tour de force de l’auteur suisse lorsqu’il partage les extraits de ce supposé chef d’œuvre, les Origines du Mal – qui sont d’un niveau frôlant l’indigestion ? Ne veut-il pas nous dire que les lecteurs sont donc de pauvres gens qui aiment la m.. comme aujourd’hui on aime la télé réalité ? Et que finalement, un roman n’a pas besoin d’être bon mais juste d’être bien vendu ?  Si c’était là son message, alors son livre me plaît beaucoup plus. Et je vois que le tour de magie a opéré pour son propre roman. Malin, le Joël ! 

Et sinon, comme toute lectrice assidue qui se rêve écrivain, je me dois de féliciter le romancier pour son succès – et le remercier pour ces quelques heures passées en sa compagnie.

Il n’en reste pas moins qu’à mes yeux, ni Marcus Goldman, ni Joël Dicker, ne sont, pour l’instant, de grands écrivains.  A vous de vous faire votre propre avis !
 

8 thoughts on “La vérité sur l’affaire Harry Quebert

  1. Je partage presque point par point ton avis, à part peut-être sur le personnage de la mère, que j'ai trouvé complètement caricatural mais assez drôle. Et j'adore tes précisions sur les clichés américains. J'ai bien envie d'aller lire les avis de lecteurs venant de l'autre côté de l'Atlantique (j'ai lu des avis anglais et ce n'est généralement pas triste).

  2. Outch, je te trouve franchement cruelle dans cette chronique (bon, cruelle est un mot fort). Je l'ai lu à sa sortie, et crois-moi, je l'ai dévoré et adoré. Marcus fait probablement partie de mes personnages favoris encore et toujours à ce jour. Il faut savoir que je ne lis pas de Thriller habituellement, ce qui peut expliquer, le fait d'avoir trouvé le livre très bien construit. Je n'ai aucun point de comparaison ou n'avait disons -mea culpa. J'ai eu l'occasion d'en parler autour de moi, avec des lecteurs de ce genre là, et il parait que Marcus est un très bon personnage de thriller – peut-être un peu trop facile, du coup? Ou rien de surprenant? Possible, je ne sais pas. Toujours est-il que j'ai été tenue en haleine du début à la fin, et que je n'ai pas trouvé le livre si facile, même dans son style; dans nos contemporains, on a lu et vu bien pire, ce qui n'excuse pas – j'en conviens, mais je l'ai trouvé de bonne qualité.
    Quand tu dis : "Parce que, je me dois d'être honnête, la vie privée de Marcus Goldman et sa recherche de la femme idéale – on s'en fout, non ?" Non, justement, on ne s'en fout pas. C'est ce que j'ai aimé aussi dans ce livre, en avoir plusieurs en seul: l'écriture en général – les métaphores.., l'enquête en elle même, puis Marcus et sa vie ; sa gloire qui s’essouffle, son manque d'inspiration, ses amours, ses amitiés, sa mère, quebert . Ça donne du relief, un souffle, quelque chose de complet, il est humain, quoi…
    Du coup, je me perds un peu dans ce commentaire, j'aurais tant de choses à dire… mais je vais conclure en disant que ce livre a été un coup de cœur, et cette chronique vient de me faire du mal (J'ai une grosse tendance a abuser, hein, ahaha)

    Mine de, c'est toujours intéressant quand les avis s'opposent. ♥

  3. Oh waow ! Bon en premier, j'aime beaucoup les gens qui défendent becs et ongles leurs coups de ♥
    J'avais vu son ton blog que tu adorais ce personnage aussi je ne suis pas surprise de ton commentaire !

    En premier, comme je le dis dans mon billet, c'est un très bon page turner et j'adore ça.
    Par contre, je n'ai pas été tenue en haleine jusqu'à la fin puisque j'ai deviné la fin.

    Contrairement à toi, je n'ai lu pendant trois ou quatre ans que des polars ou thrillers, aujourd'hui je lis de tout et beaucoup de romans (et toujours des polars, américains, scandinaves, français) donc oui je pense, sans vouloir te vexer, qu'il y a nettement meilleur que lui .

    Non seulement dans le style (je te crois quand tu parles d'autres contemporains qui écrivent plus mal, mais il y a aussi meilleur), et dans la construction, je n'ai pas trouvé cela extraordinaire. Mais je le redis : ça été un bon moment de lecture et un très bon livre "de vacances" 😉

    Après, je dirais aussi qu'il y a thriller et thriller : je lis plutôt des polars, ou des thrillers plus sombres – ici on reste toujours dans les hautes sphères et je n'ai jamais "eu peur".
    Je ne sais pas si je suis assez claire dans mes propos, par exemple je pense au roman de Gillian Flynn avec Dark Places (Les lieux sombres) ou Sharp Objects (je les ai lus en anglais).

    Bref, je m'éloigne .. je sais que ce livre a eu un énorme succès d'ailleurs il a eu le prix Goncourt des Lycéens donc je suis en fait ravie que tu aies eu un coup de coeur pour le livre, le personnage car c'est toujours génial. Et c'est vraiment le plus important !

    Je viens encore d'abandonner un livre (à la 155ème page…) et je déteste ça ! Donc oui pour les coups de ♥ et comme toi, je défends les miens 😉

  4. Ça ne me vexe pas du tout, j'essaie d'être lucide et juste… quant à ce que je connais ou non. Et là, ce n'est pas le cas. Je suis d'accord, je ne le mets absolument pas dans les "Thrillers sombres", etc, et rien ne fait peur dans ce livre – et c'est aussi pour cette raison que je lui ai laissé une chance, puisque je ne suis pas adepte de ce genre là, du tout – du tout.

    Comme tu le dis si bien, je défends becs et ongles les livres que j'ai aimé, et je suis contente que tu en fasses autant ou que tu le comprennes, puis j'ai bien noté que la chronique n'était pas entièrement négative… D'où le fait de laisser un commentaire, sachant bien sûr, que c'est sous fond "humoristique", je peux admettre qu'on ne l'aime pas… et c'est même presque rassurant (si nous étions tous d'accord envers les livres…on s'ennuierait !)

    Je n'aime pas non plus abandonner une lecture, elles sont rares… mais 155 eme page, tu as quand même très bien résisté 😉

  5. Merci !! fait du hasard, Marie-Claude (du blog Hop sous la couette) avait repris mon tag Code de la Route et disait avoir aimé et détesté l'Affaire HQ – dans son commentaire, je lui disais pareil et elle m'a aussi dit "un excellent page turner" mais n'a pas aimé le style et la fin "amère" (j'espère ne pas trahir ses mots). Bref, comme tu le dis, on a tous des goûts différents même si force est de reconnaître qu'il plait D'ailleurs, je l'ai prêté à une amie il y a peu de temps et elle a aussi adoré ! J'avais oublié ma Marie 😉

    Oui, je n'ai jamais abandonné à un tel stade de lecture.. mais là ça devenait une torture.. j'ai mis la main sur une nouvelle et je me suis jetée dessus !

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