Les patriarches d’Anne Berest

Comme tout le monde, j’ai découvert Anne Berest en lisant son premier roman, La fille de son père. J’avais aimé le ton incisif, le dialogues et le style narratif de cette jeune romancière, aussi avais-je commandé au Papa Noël son nouveau roman, les Patriarches.
Que dire ? Sinon, une grosse déception. Je me suis littéralement forcée à lire les cent dernières pages. Cela m’arrive rarement, mais là je n’en pouvais plus. 
Je ne reproche pas à l’auteur le choix de son découpage, très particulier mais réussi, ainsi le lecteur se trouve confronté à plusieurs narrateurs, si cela fonctionne bien dans la première partie, j’avoue que la dernière m’a énormément déçue. La romancière a en effet décidé de surprendre ses lecteurs en tuant l’héroïne à la fin de la première partie. J’aime être suprise, donc pourquoi pas ? Là, où le bat blesse, c’est que la romancière est incapable ensuite de tenir le lecteur en haleine, et de maintenir un rythme. La seconde partie est nettement inégale à la première.

Le lecteur entre dans la vie de Denise Maisse (ne vous fiez pas au prénom, elle a 23 ans), jeune femme névrosée, dépressive qui veut à tout prix dévoiler un mystère autour de la disparition pendant plusieurs mois de son père en 1985 alors qu’elle était enfant. Elle rencontre alors un certain Gérard Lambert (quel drôle de choix de nom de la part de l’auteur) qui va alors lui raconter absolument toute sa vie, qu’elle enregistre comme elle enregistre son patron, photographe de renom, partie en tournée dans toute la France photographier des … ronds-points. 


Soit. La seconde partie s’ouvre avec la vérité sur ces quelques mois de la vie de Patrice Maisse, acteur raté, héroïnomane, envoyé dans un centre de désintoxication appelé Le Patriarche, très en vue dans les années 90 avant d’être démantelé et dénoncé par les autorités comme étant une secte. On y retrouve Gérard Lambert, un cadre de la secte, sorte de « parrain » de Patrice et le fameux gouru, Lucien Engelmajer. 

Je crois que l’auteur a voulu en faire trop tout simplement. Elle a voulu écrire un roman sur une saga familiale qui enchaine les catastrophes, un témoignage sur le milieu artistique et les ravages de la drogue et du sida dans les années 80 et enfin sur cette secte qui attirait tous les artistes, prêts à dépenser des fortunes pour se sortir de l’enfer de la drogue. 

La deuxième partie m’a littéralement fatiguée. Je n’ai pas lu énormément de romans traitant des années 80, de ce Paris artistique détruit par la drogue (cocaïne, héroïne, sida) mais j’avoue que le sujet m’inspire peu, et voir toute cette famille désarticulée, tous les personnages malades, dépressifs, c’est fatiguant à la longue. Aucun ne semble être capable de vivre une vie normale ou de se battre. Ils se complaisent dans leur malheur. Ce n’est pas ce que j’aime dans un roman. 

Là, où j’ai failli « vomir » c’est lorsque l’auteur enchaine les descriptions de tous les malades au centre du Patriarche, comme si elle devait justifier la présence de chaque personnage dans le roman, ainsi elle présente (les noms m’échappent..) Julia, quarantaine, violée par son papa et donc forcément droguée… Une accumulation de personnages tous échoués dans ce centre, faute à leurs parents pas gentils, à un viol… Moi, j’ai connu des gens tombés dans l’enfer de la drogue qui avaient eu des parents gentils et aucun traumatisme particulier. Mais ici, ils collectionnent les malheurs. Résultat : une vingtaine de personnages dont, finalement, moi lectrice, je me fous totalement, voient leurs petites vies racontées.

Il faudra attendra les dernières pages pour comprendre un peu mieux pourquoi personne ne voudra plus jamais parler de cette période sombre de la la vie de Patrice, père de Denise, dépressive et suicidaire comme son père. Un autre point : on apprend au début du roman que Patrice est décédé, or lorsque Denise interroge sa mère sur cette année 1985, celle-ci lui demander d’aller poser la question directement à son père ..  ?? 

Bref, je ne remets pas en cause la structure originale de ce roman, les flashbacks, les formes inédites (épistolaires) ne me dérangent pas quand elles ont un contenu. Il y a bien un sens, je ne le renie pas. J’ai aimé ce choix original, mais la seconde partie m’a vraiment ennuyée à mourir. 
De plus, je ne me suis attachée à un aucun personnage, Denise est dépressive, naïve et stupide (surtout à la fin), Gérard Lambert est, comme le personnage, profondément égocentrique, et la vie de ces supposés artistes me laisse totalement de marbre, quand à Lucien, le gourou – malheureusement ces centres de désintox holistiques existent toujours et je n’ai rien appris sur leurs méthodes. 
Enfin, sur cette période sombre des années 80, je préfère les Nuits Fauves et la surperbe autobiographie d’Anthony Kiedis, chanteur des Red Hot Chili Peppers, Scar tissue qui raconte sa descente aux enferts avant de remonter vers la lumière. 

J’ai largement préféré et adoré le premier roman de l’auteur. J’espère qu’elle retrouvera son ton incisif et une histoire plus probable dans son prochain roman.

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