Ils me font de l’œil ….

La rentrée littéraire pointe déjà la bout de son nez avec un nombre de livres effrayant. Je vais, pour ma part, essayer d’être un peu plus raisonnable et vous présenter les livres que je suis pratiquement certaine de lire.

◊  Les livres que j’achèterais les yeux fermés pour leurs auteurs 

Je triche, il s’agit ici de The Underground Railroad que j’ai déjà lu en anglais à sa sortie et qui sort enfin en version française, chez Albin Michel le 24 Août prochain. Je l’ai tellement aimé que j’ai bien failli faire une vidéo pour en parler ! Je vous invite à aller lire mon billet si vous doutez encore de votre achat !

Joyce Maynard, évidemment, car ce récit tient une place particulière dans mon cœur puisque la romancière m’avait annoncé sa prochaine publication lors de sa venue à Nantes et m’avait raconté son histoire personnelle.

Enfin, retour dans le Sud avec Ron Rash  et l’intrigue m’a totalement envoutée :

Dans une petite ville paisible au cœur des Appalaches, la rivière vient de déposer sur la grève une poignée d’ossements, ayant appartenu à une jeune femme. Elle s’appelait Ligeia, et personne n’avait plus entendu parler d’elle depuis un demi-siècle. 1967 : le summer of love. Ligeia débarque de Floride avec l’insouciance et la sensualité de sa jeunesse, avide de plaisirs et de liberté. Deux frères, Bill et Eugene, qui vivent bien loin de ces révolutions, sous la coupe d’un grand-père tyrannique et conservateur, vont se laisser séduire par Ligeia la sirène et emporter dans le tourbillon des tentations. Le temps d’une saison, la jeune fille bouleversera de fond en comble leur relation, leur vision du monde, et scellera à jamais leur destin – avant de disparaître aussi subitement qu’elle était apparue.À son macabre retour, les deux frères vont devoir rendre des comptes au fantôme de leur passé, et à leur propre conscience, rejouant sur fond de paysages grandioses l’éternelle confrontation d’Abel et de Caïn.

Ces romans seront publiés les :   le 17 août pour Ron Rash,le 24 août pour Colson Whitehead et le 7 septembre pour Joyce Maynard.

◊  Les découvertes qui me tentent fortement  ◊

  • Claire Vaye Watkins est l’auteur d’un recueil de nouvelles (Nevada, Calmann-Lévy, 2012) qui lui a valu de nombreuses récompenses littéraires. Saluée par la National Book Foundation comme l’un des cinq jeunes auteurs de moins de trente-cinq ans les plus talentueux et par le magazine Granta comme l’un des meilleurs jeunes écrivains de la décennie, son premier roman Les sables de l’Amargosa a fait sensation sur la scène littéraire américaine. Publié chez Albin Michel le août  prochain.
  • Dans ce court récit, Piedad Bonnett raconte à la première personne le suicide de son fils Daniel, vingt-huit ans, qui s’est jeté du toit de son immeuble à New York. Huit ans plus tôt, on l’avait diagnostiqué schizophrène. Dans un milieu bourgeois, corseté par des conventions en tout genre, il n’est pas de bon ton de parler crûment de la mort et de la folie ; c’est pourtant ce que fait l’auteur, dans une langue sobre et sans effets de manche, avec une sincérité bouleversante. Un roman qui me tente énormément.  Publié chez Métailié le 7 septembre prochain.

« Un livre incandescent, courageux jusqu’à la violence, extraordinaire. Piedad Bonnett écrit depuis l’abîme et éclaire l’obscurité avec un texte pénétrant et indispensable. » Rosa Montero

« La vie, la mort et la littérature se mêlent comme sur une scène de théâtre dans ce témoignage extraordinaire où convergent la vérité la plus intime et le talent créatif. » Mario Vargas Llosa

  • Callan Wink a déjà été publié dans le recueil de nouvelles 20+1 Stories l’an dernier.J’avais adoré sa nouvelle aussi la publication de son recueil me tente énormément. Publié chez Albin Michel le 20 septembre prochain.
  • Troublant et poétique, best-seller dès sa parution aux États-Unis, le premier roman d’Emily Fridlund a été acclamé par la critique. Madeline, adolescente un peu sauvage, observe à travers ses jumelles cette famille qui emménage sur la rive opposée du lac. Un couple et leur enfant dont la vie aisée semble si différente de la sienne. Bientôt, alors que le père travaille au loin, la jeune mère propose à Madeline de s’occuper du garçon, de passer avec lui ses après-midi, puis de partager leurs repas. L’adolescente entre petit à petit dans ce foyer qui la fascine, ne saisissant qu’à moitié ce qui se cache derrière la fragile gaieté de cette mère et la sourde autorité du père. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Tentant, non ? Publié chez Gallmeister le 17 août prochain.
  • Après La Montagne en sucre, vaste fresque d’inspiration autobiographique, Wallace Stegner redonne vie à son alter ego de papier, Bruce Mason, dans un roman profond et poétique jusqu’à présent inédit en français. Ambassadeur à la retraite installé à San Francisco, Bruce Mason n’a plus grand chose en commun avec le garçon frêle et révolté parti quarante-cinq ans auparavant de Salt Lake City avec la ferme intention de tirer un trait définitif sur son histoire familiale mouvementée. Mais le voici de retour dans la ville de sa jeunesse pour organiser l’enterrement de sa tante. Au fil de ses déambulations dans les rues familières, ses souvenirs l’entraînent dans un voyage sinueux au cœur de son passé qui l’oblige à renouer avec celui qu’il a été. Publié chez Gallmeister le 7 septembre prochain.
  • Premier roman du dramaturge anglais Barney Norris, Ce qu’on entend quand on écoute chanter les rivières, raconte comment,  autour d’un banal et tragique accident de la route, cinq vies vont entrer en collision. Cinq personnages, comme les cinq rivières qui jadis se rencontrèrent à l’endroit où se dresse aujourd’hui la ville. Cinq destins, chacun à sa manière infléchi par le drame. Cinq vies minuscules, qui tour à tour prennent corps et voix pour se hisser au-delà de l’ordinaire et toucher au miraculeux. Le sujet a attisé ma curiosité. Publié aux éditions Seuil le 17 août prochain.

« Barney Norris : retenez ce nom. À trente ans seulement, il signe un premier roman remarquable. » The Times

◊    Polars, thrillers … pour ne pas fermer les yeux trop vite !  ◊

En pleine forêt de Géorgie du Sud, au milieu de nulle part, Maya échappe in extremis à une sauvage tentative d’assassinat. Dix-huit ans à peine, victime d’un vaste trafic de prostituées régi par le redoutable Mexico, elle avait eu le malheur de devenir la favorite du maire et de découvrir ainsi les sombres projets des hauts responsables de la ville. Son destin semblait scellé mais c’était sans compter sur Leonard Moye,  un type solitaire et quelque peu excentrique, qui ne tolère personne sur ses terres et prend la jeune femme sous sa protection. Une troublante amitié naît alors entre ces deux êtres rongés par la colère.

Publié chez Gallmeister le 17 août prochain.

2020 – Le monde entre dans l’âge de glace, il neige à Jérusalem et les icebergs dérivent le long des côtes. Pour les jours sombres qui s’annoncent, il faut faire provision de lumière – neige au soleil, stalactites éclatantes, aurores boréales.

Dylan, géant barbu et tatoué, débarque au beau milieu de la nuit dans la petite communauté de Clachan Fells, au nord de l’Écosse. Dans ce petit parc de caravanes, il rencontre Constance, une bricoleuse de génie au manteau de loup dont il tombe amoureux, et sa fille Stella, ex-petit garçon, en pleine tempête hormonale, qui devient son amie. Les températures plongent, les journaux télévisés annoncent des catastrophes terribles, mais dans les caravanes au pied des montagnes, on résiste : on construit des poêles, on boit du gin artisanal, on démêle une histoire de famille, on tente de s’aimer dans une lumière de miracle.

Dans ce roman éblouissant au lyrisme radical, peuplé de personnages étranges et beaux, Jenni Fagan distille une tendresse absolue qui donne envie de hâter la fin du monde. Un roman assez éloigné de mes goûts mais je fais confiance à une certaine C. qui m’a dit qu’il fallait absolument le découvrir 😉

Publié aux éditions Métailié le 17 août prochain.

◊ Ils me font de l’œil mais ils attendront leur tour ◊

Scandale aux États-Unis : le gouverneur Packer, candidat à la présidentielle, a été agressé en public. Son assaillante est une femme d’âge mûr : Faye Andresen-Anderson. Seul Samuel Anderson, professeur d’anglais à l’Université de Chicago, passe à côté du fait divers. Pourtant, Calamity Packer n’est autre que sa mère, qui l’a abandonné. Et voilà que l’éditeur de Samuel, qui lui avait versé une avance rondelette pour un roman qu’il n’a jamais écrit, menace de le poursuivre en justice. En désespoir de cause, le jeune homme lui propose un nouveau projet : un livre révélation sur sa mère qui la réduira en miettes.
Des émeutes de Chicago en 1968 au New York post-11-Septembre en passant par la Norvège des années quarante et le Midwest des années soixante, Nathan Hill s’empare de l’Amérique d’aujourd’hui et de ses démons et compose avec beaucoup d’humour une fresque aussi ambitieuse que captivante.

Publié chez Gallimard le 17 août prochain. 

Après quarante ans d’exil, Maureen retourne à Cork, en Irlande, pour retrouver son fils, Jimmy, qu’elle a été forcée d’abandonner. Elle tue un inconnu par accident et déclenche une série d’événements, qui, comme des dominos, vont secouer toute la ville et révéler différents personnages en marge de la société.

Comme Ryan, 15 ans,  qui deale et donnerait tout pour ne pas ressembler à son père alcoolique ; sa petite-amie Karine, magnifique et issue d’une classe aisée, avec laquelle il vit un amour pur et passionné jusqu’à ce que la réalité les rattrape ; Tony, dont l’obsession qu’il voue à sa voisine menace de les détruire, lui et sa famille ; Georgie, une prostituée qui feint une conversion religieuse aux répercussions désastreuses.
Un livre puissant dont la force réside dans son amoralité.

Publié aux éditions Joëlle Losfeld le 24 août prochain.

Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe ∴ Donal Ryan

L’avis très enchanté de Marie-Claude sur le premier roman de l’auteur irlandais Donal Ryan, Le coeur qui tourne, m’avait poussé à le demander au Père Noël. Et la chance me souriant, est arrivé dans ma boîte aux lettres, son second roman.

Johnsey est un jeune homme d’une vingtaine d’années qui vit à la ferme, avec ses parents. Le garçon travaille à la coopérative du village comme manutentionnaire. Il est né différent,  pas très intelligent, gauche, naïf. Johnsey est ce que l’on appelle « un simple d’esprit ». Pourtant, Johnsey pense tout le temps. Il est le narrateur de sa propre histoire et se sent enfermé, prisonnier de de ce corps, de ce cerveau, qui l’empêchent d’être comme les autres, d’avoir de la répartie, de pouvoir s’exprimer, plaisanter, draguer ou défendre un point de vue.  Et tous les soirs, il croise la route d’Eugene Penrose et de sa bande. Enfants, ils étaient amis puis les années ont passé. Au chômage, Eugene passe son temps à boire et à se défouler sur le pauvre Johnsey qui se laisse toujours faire.

Johnsey est pourtant aimé par ses parents, et leurs amis dont Paddy Rourke, un homme bourru et peu bavard, et surtout les Unthank, boulangers, qui lui fournissent tous les jours son déjeuner. Quand son père décède du cancer, ils sont là pour aider sa mère, Sarah, à organiser les funérailles. Le choc est grand pour Johnsey qui se souvient de cet homme qui l’a toujours aimé et soutenu malgré sa différence. Mais sa mère n’est plus la même, elle se laisse dépérir. Johnsey n’a plus qu’elle lorsqu’elle décède subitement. Le voilà seul, orphelin.

Johnsey Cunliffe est soutenu par les Unthank mais la solitude lui pèse énormément dans cette ferme où tout lui rappelle ses parents. Lorsque les McDermott, qui louent les terres depuis des années viennent lui parler de rachat, Johnsey ignore quoi répondre. Le sort s’acharne contre lui : un consortium promet la prospérité au villageois en échange du rachat de leurs terres, dont celles des Cunliffe. Mais Johnsey ignore quoi faire. Il n’a toujours connu que la ferme, cette maison, cette grange. Incapable de se résoudre à vendre – il croit trahir ses parents – il s’attire peu à peu la haine des villageois.

Bob O’Mahony poses while Dan O’Mahony carries straw off to a stable on their farm in County Cork, Ireland on April 9, 2008.

Et le sort semble s’acharner sur Johnsey lorsqu’il croise un soir à nouveau la route d’Eugene, dont le groupe s’est affublé d’un jeune de la ville (il porte « un bas de jogging avec les chaussettes par-dessus »). Les insultes crachent, sur ses prétendues richesses de fermier, Johnsey ne dit rien, ne se défend pas mais les coups cette fois-ci sont beaucoup plus violents. Hospitalisé, Johnsey va trouver un refuge dans cette chambre double. Aveugle pendant plusieurs semaines, il va tomber amoureux de la voix douce de l’infirmière qui s’occupe de lui et va faire la connaissance de Dave, un ouvrier qui s’est gravement blessé en chutant d’un échafaudage. Petit mais fort en gueule, Dave parle pour les deux. Il a l’humour grivois mais Johnsey, élevé par une mère pieuse et très croyante, en fait son affaire, trop content d’avoir enfin un ami.

Une fois guéri, Dave vient souvent chez lui – ce dernier l’emmène même dans un bar, le fait boire et surtout lui parle des femmes, et Siobhan, l’infirmière, fait même une apparition. La vie de Johnsey semble peu à peu prendre un sens jusqu’à un fameux article dans la presse, et le voilà de nouveau au centre de l’attention, et de la haine.

Donal Ryan livre ici un portrait de l’Irlande d’aujourd’hui sombre mais réaliste. Un pays déchiré entre modernité et tradition, entre cupidité et valeurs morales, et le récit bouleversant, plein de nuances, d’un jeune homme, différent, qui paie le prix fort. Tout au long du roman, Johnsey ne cesse de chercher un sens à sa vie, de se poser les bonnes questions – de se mordre les doigts, de se haïr pour cette paralysie verbale et physique qui le contrôle. Surprotégé par son père, selon Paddy, ou tout simplement incapable de faire autrement, Johnsey ne sait ni répondre, ni se défendre face à la haine des autres. Il encaisse les coups comme un boxeur acculé au fond du ring.

Johnsey voudrait tant appartenir à ce monde, qui sous la plume de Donal Ryan, n’a plus de sens.

Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe raconte en douze mois, de janvier à décembre, le combat quotidien de ce jeune homme pour trouver sa place dans ce village, pour trouver un sens à donner à cette vie. Un portrait très touchant et qui vous prend à la gorge.

Je ne connaissais pas encore la plume de Donal Ryan, j’ai beaucoup aimé. J’ai trouvé ma lecture parfois pesante car les pensées de Johnsey sont si sombres, si noires qu’il est difficile de ne pas sentir à son tour, écrasé par tout ce poids. Mais le talent de Donal Ryan est de ne pas céder à l’attrait du mélodrame.

J’ai à présent, hâte de lire son premier roman, qui m’attend sagement dans ma pile de lecture.

♥♥♥♥

Editions Albin Michel, 2017, The thing about December, trad. Marina Boraso,304 pages

Équateur ∴ Antonin Varenne

Quand on m’a proposé la lecture du dernier roman d’Antonin Varenne, j’ai sauté de joie. J’avais hâte de retrouver la plume de l’auteur français dont j’avais adoré les derniers romans, Battues et Trois mille chevaux vapeur. Ma surprise fut d’autant plus grande en retrouvant le nom d’Arthur Bowman, le personnage principal de son roman Trois mille chevaux vapeur.

Mais le personnage principal s’appelle en réalité Pete Fergurson. Le jeune homme a déjà un beau curriculum vitae : voleur et incendiaire dans le Nebraska, déserteur de l’armée et enfin meurtrier dans le Nevada. Pete est un homme en fuite et il n’a pas encore 25 ans. Il a du quitter précipitamment le ranch familial des Fitzpatrick, où il a grandi avec son jeune frère adoré Oliver, dans sa famille d’adoption composée d’Arthur Bowman, son épouse Alexandra et de leur fille. Malgré l’entourage de cette famille très cultivée (Arthur a vogué à travers les océans pour la Compagnie des Indes et Alexandra parle couramment français) – le jeune Pete se sent plus proche de sa famille d’origine, un père alcoolique qui s’est pendu devant lui, et sa mère, morte trop tôt.

Pete a pris la direction du sud. En chemin, il fait la connaissance d’un chasseur de bisons qui est prêt à l’engager pour le dépeçage des peaux. Mais rien ne se passe comme prévu, le cuisinier meurt écrasé par la roue du chariot après une tornade et Pete, qui parle peu mais a son franc-parler, se met rapidement à dos les autres chasseurs. Excellent tireur, on lui confie cependant la tâche d’abattre ces bêtes qui ne bougent même pas après plusieurs tirs.  Son patron est un drôle de bonhomme qui lui confie son rêve : aller sur la piste de l’équateur, car là-bas le monde tourne à l’envers, les pyramides sont ainsi tête en bas et vos rêves deviennent réalité. Pete le taquine, la terre est ronde et la gravité vous empêche de vous envoler. Mais l’idée germe dans sa tête de fuyard.

Le jeune homme accepte donc de suivre un brigand mexicain jusqu’au Mexique mais apprenant que l’homme pratique le vol d’enfants indiens, Pete ne peut rester sans rien faire. Son choix le mènera à la mort d’un homme et Pete doit fuir à nouveau. Désormais recherché dans plusieurs États, il embarque sur un navire, direction le Guatemala.  Nous sommes dans les années 1870. A son bord, deux hommes dont un écrivain. Le bateau transporte une presse que les homme souhaitent utiliser pour publier des articles révolutionnaires et libérer le Guatemala de ses dirigeants.

Le jeune homme fait confiance à Arthur Bowman, son père adoptif, qui lui avait confié que lorsqu’on arrive dans un territoire inconnu, il faut se rapprocher de l’écrivain local. Ce dernier embauche Pete pour l’aider à mener sa révolution au Guatemala. Une jeune indienne Xinca doit assassiner le gouverneur local lors d’un bal et Pete lui fournir l’arme, mais le jeune homme change d’avis au dernier moment et préfère danser avec elle. Leur plan est découvert et ils doivent fuir dans les montagnes. L’écrivain et son ami sont arrêtés.

Antonin Varenne a décidé de retrouver ses grands amours : les voyages à travers l’histoire sur fond de fugue, celle de Pete, dont le destin a basculé à jamais lorsque une jeune femme l’a accusé faussement d’un crime. Pete tient un drôle de journal où il invente les lettres que sa famille lui auraient envoyés tout au long de son voyage. Son frère Oliver, son père adoptif, Arthur Bowman et même Alexandra. Le jeune homme part dans une quête de rédemption. Ce choix va l’amener à découvrir d’autres mondes, lui qui a grandi au milieu d’un ranch. La politique qui lui était étrangère lui explose en pleine figure avec la révolution libérale guatémaltèque, le Mexique gangréné par les guerres de clans ou la Guyane française et sa population, composée principalement de ces bagnards condamnés à rester sur cette terre inhospitalière. Antonin Varenne nous offre bien « une odyssée envoutante et poétique de Pete Ferguson » comme le promet l’éditeur.

Les lettres de Pete traduisent ses inquiétudes, son errance et cette quête symbolique d’un monde où il ne serait plus en fuite. Mais ce monde existe-t-il ? En croisant la route de cette jeune femme, Pete va soudainement cesser de penser à sa petite personne. Même s’il s’en veut d’avoir abandonné son jeune frère dont il se sentait responsable, Pete a longtemps agi égoïstement, étranger au monde qui l’entoure. En fuyant à travers les montagnes guatémaltèques, en osant défier le brigand mexicain, en choisissant d’aider la jeune femme, Pete grandit. Même si sa conscience ne cesse de le travailler.

J’avoue que ma lecture a plutôt mal commencé, mais c’est en grande partie ma faute. Je l’ai lu à un moment où j’avais l’esprit totalement absorbé par une situation familiale et j’ai donc eu beaucoup de mal à entrer dans l’histoire. J’ai même douté un tant soi peu sur ma capacité à le finir. Mais par magie, un samedi et un dimanche pluvieux, m’ont permis de me poser et l’esprit plus léger, j’ai enfin embarqué avec ces deux âmes esseulées.

J’avais adoré le personnage d’Arthur Bowman dans Trois mille chevaux vapeur, l’auteur nous faisait déjà voyager à travers l’Europe, l’Asie et l’Amérique. J’avoue que là, j’étais à nouveau ravie de découvrir un nouveau pan de l’histoire et surtout l’Amérique centrale dont je connais peu l’histoire et puis la Guyane française et ses bagnes. La confrontation entre l’Indienne Xinca qui voit son monde disparaître sous ses yeux et Pete qui doit fuir le sien est vraiment intéressante.

Il sera au festival Salon du Livre à Paris, j’espère pouvoir l’apercevoir. J’aime tellement ses romans. Je remercie Babelio pour cet envoi.

♥♥♥♥

Éditions Albin Michel, 2017, 352 pages