Le moineau rouge

Dernière lecture dans le cadre du Prix du Meilleur Polar des lecteurs de Points ! Ce dernier a reçu l’Edgar Award du meilleur premier roman. Le moineau rouge est l’oeuvre de Jason Matthews. Un joli pavé de 640 pages qui vous embarque dans une histoire d’espionnage ! Loin du thriller habituel.

Je découvre en rédigeant ce billet que Jason Matthews qui signe ici son premier roman et qu’il est lui-même un ancien officier de la CIA, expert de l’anti-terrorisme ! Il a ainsi travaillé dans la clandestinité de nombreuses années. Je comprends mieux son attachement à décrire avec autant de soins le travail des agents et leurs actions passées. Car l’auteur américain ne s’arrête pas à l’espionnage d’aujourd’hui, il revient sur la grande époque, pendant la Guerre Froide jusqu’à la crise de la Baie des Cochons. Mais revenons à l’histoire : la Russie de Poutine a rallumé la guerre froide entre les deux plus grandes nations et la CIA a décidé de relancer un programme d’espionnage au sein du Kremlin. La CIA est fière d’avoir depuis une dizaine d’années en son sein une taupe parmi les services secrets russes. Et c’est Nate Nash, un jeune agent qui est son contact privilégié à Moscou.

le-moineau-rouge-jason-matthewsLes deux hommes doivent ruser afin de pouvoir se rencontrer. L’homme, âgé d’une soixantaine d’années, lui apporte de nombreuses informations vitales. Le Kremlin a eu vite fait de deviner qu’une taupe agissait et a presque coincé l’agent Nash – les Russes décident de réagir en envoyant la très belle Dominika pour le piéger. La jeune femme, dont la carrière de danseuse étoile a été brutalement stoppée, travaille pour son oncle, un homme très haut placé dans les services secrets. La jeune femme a pour mission de séduire l’agent américain et de lui soutirer des informations. Mais rien ne se passe comme prévu…

Que dire ? L’histoire d’amour n’était pas du tout nécessaire, mais elle apporte un peu de douceurs dans ce monde de brutes. Car ici, la pitié n’existe pas – on exécute les ordres, qu’ils viennent du Kremlin ou du Pentagone et on ne réfléchit pas à deux fois. On passe tout près de la crise diplomatique à Athènes, mais qu’importe. L’honneur du pays est sauf. Je suis surprise d’apprendre que l’auteur était lui-même dans ce domaine car quelques points ont l’air peu crédibles (Athènes) mais sinon il s’emploie, comme souvent dans un premier roman, à donner une histoire à chaque personnage – ce qui n’est pas nécessaire dans un thriller, encore moins quand il se passe autant de choses ! Car on court tout au long du roman.

Forcément, le roman souffre de quelques bémols, j’avoue que je ne suis absolument pas fan des romans d’espionnage (je préfère les films) et je trouve encore celui-ci trop manichéen et trop « pro-Américain » même si je suis d’accord sur le fait qu’aujourd’hui, la Russie a pris un virage sec et que la liberté d’expression est devenu un exercice dangereux.  L’autre point faible, c’est la longueur – j’aurais, éditrice, coupé quelques centaines de pages – j’ai mis près de cinq jours à finir ce roman. Mais j’avoue qu’une fois l’esprit libre, j’appréciais ma lecture. On ne s’ennuie pas. Certains personnages semblent caricaturaux mais d’autres comme Nate sont touchants.

Je n’ai pas apprécié la fin par contre, trop vite bâclée. Et je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à la série The Americans qui décrit ce couple d’espions soviétiques qui ont émigré aux Etats-Unis à la fin des années 70. On retrouve un peu de cette ambiance-là mais avec la technologie actuelle. J’avoue que ce que j’ai aimé c’est le nombre d’expressions russes, moi qui ai étudié cette langue, j’ai pris plaisir à retrouver plein de mots et même du langage peu recommandable ! Une lecture pas désagréable, un bon page-turner et j’ai appris beaucoup sur l’espionnage et les Orions entre autres (ah je vous laisse découvrir qui ils sont ..).

♥♥♥♥♥

Editions Points, Red Sparrow, trad. Hubert Tézénas, 640 pages 

Mon bilan du Prix du Meilleur Polar des Lecteurs de Points

J’ai eu la chance d’être sélectionnée pour être jurée dans le cadre du Prix du Meilleur Polar des Lecteurs de Points cette année et je vais remettre mon vote aussi j’en profite pour vous faire part de mon ressenti et de mon classement !

Le jury est composé de 40 lecteurs et de 20 libraires. J’ai reçu 9 polars (les premiers en fin mai ou début juin)  pour n’en choisir qu’un seul au final. Car le prix fonctionne ainsi : la seule obligation est de voter pour un livre avant le 25 novembre au plus tard. J’ai finalement lu tous les romans assez rapidement et j’ai choisi de chroniquer et donc de partager toutes lectures avec vous sur le blog.

C’était ma première expérience en tant que jurée, et comme certains l’ont remarqué : c’est toujours spécial de ne pas choisir ses lectures. Je les ai découverts au fur et à mesure de leur envoi (en trois fois).  Et le résultat est mitigé : j’ai apprécié la moitié de mes lectures et j’aime bien découvrir de nouveaux auteurs vers lesquels je n’irai pas de moi-même (les polars de Kellerman ou Matthews) mais j’ai eu aussi quelques grosses déceptions.

Au final, j’ai attribué la même note à quatre polars, trouvé trois autres très moyens et enfin j’ai même abandonné une des mes lectures. Pour information, quatre romans sont français, trois américains, un anglais et enfin un italien.

Je pense que d’année en année, la sélection varie (comme l’autre challenge que je fais chaque année) car quand je vois les lauréats précédents, le niveau est excellent (Thomas H.Cook, Antonin Varenne, Dror Mishani, Pete Dexter…).

Mon classement est le suivant :

  1.  Une si jolie petite fille de Gitta Sereny
  2. Les loups blessés de Christophe Molmy
  3. Que la bête s’éveille de Jonathan et Jesse Kellerman
  4. Le moineau rouge de Jason Matthews
  5. La ville des morts de Sara Gran
  6. La madone de Notre-Dame d’Alexis Ragougneau
  7. Une vraie famille de Valentin Musso
  8. Le toutamoi d’Andrea Camilleri
  9. Tango Parano de Hervé Le Corre (abandon- explication dans un billet Miscellanées)

 

Une si jolie petite fille

Un mort sur ce classement : je choisis ce récit de Gitta Sereny plutôt qu’un Polar – car j’avais déjà repéré ce roman avant le challenge et ce fut donc ma première lecture. J’avais emporté ce roman avec moi au Québec, je l’ai lu rapidement, je l’ai trouvé passionnant et depuis il a rejoint ma bibliothèque. Les autres, non. Un bon signe, non ?  L’histoire : une journaliste anglaise décide de rencontrer Mary Bell, âgée de onze ans, elle fut condamnée pour le meurtre de deux petits garçons en 1968 en Angleterre. La journaliste se penche sur l’enquête, l’environnement familial de la fillette, les médias britanniques, la décision de justice qui fera foi et elle rencontrera la jeune femme une fois adulte et libre.  Passionnant.

Les trois autres romans ont été de bons moments de lecture, même si je n’ai pas eu de coup de coeur particulier, j’ai vraiment aimé le côté historique du polar des Kellerman (le ghetto juif de Prague), le premier roman de Christophe Molmy, un vrai polar qui oppose deux hommes blessés, un criminel de haut rang et un commissaire de la BRI – j’ai appris beaucoup sur la lutte contre le grand banditisme et j’ai été surprise par la maîtrise du texte – un vrai « polar » comme on l’entend. Enfin, « le moineau rouge » est un roman d’espionnage, situé de nos jours, entre la Russie de Poutine et la CIA – un bon page-turner, écrit par un ancien espion de la CIA – il regorge d’infos sur ces espions.

J’ai été déçue par le roman de Sara Gran « La ville des morts » qui pourtant possède de très bons atouts : la ville de la Nouvelle-Orléans après Katrina – et pendant Katrina. Toute cette partie est passionnante mais le personnage principal, détective privé, m’a fortement irritée et le roman fait part de quelques moments invraisemblables qui font que ce polar n’est pas dans les quatre premiers. J’ai lu sans déplaisir le roman d’Alexis Ragougneau qui suit le curé de Notre-Dame enquêter sur un meurtre commis au sein de la cathédrale. Pas mal, mais je n’en ai que très peu de souvenir aujourd’hui.

Enfin, que dire du Valentin Musso ou du roman italien « Toutamoi » ? Le premier qui pourtant commençait bien a pris un très mauvais virage, je n’en dis pas plus (lisez ma chronique) et pour le polar italien – je pense immédiatement à un mauvais film érotique des années 70…. Je vous invite aussi à jeter un coup d’oeil à ma chronique ! Enfin, j’ai abandonné la lecture de « Tango Parano » car le style, très lourd (à la San Antonio / Audiard) m’a très vite lassé – j’aime les romans sobres (ou le lyrisme) mais je trouve indigeste ces formules de style. Tant pis pour moi !

Au final, je suis quand même ravie d’avoir été choisie et d’avoir du confronter mes petites habitudes de lecture à un autre genre et surtout cela a permis de conforter mes goûts en matière de polar. Je sais dorénavant mieux choisir mes lectures ! Je remercie encore les éditions Points de m’avoir sélectionnée et m’avoir ainsi poussé à sortir de ma bulle !

Que la bête s’éveille ∴ J.&J.Kellerman

Étrange histoire que ce roman – je l’ai reçu dans le cadre du challenge du Prix du Meilleur Polar des lecteurs de Points – j’ai reconnu le nom des auteurs, Jonathan Kellerman, l’auteur de nombreux romans, psychiatre clinicien de formation et son fils Jesse, l’auteur du roman Les Visages, lu à sa sortie en 2010.

Je n’ai pas fait trop attention à la bestiole sur la couverture, ni à l’histoire – j’ai lu le bandeau avec le gentil mot de Stephen King – et je me suis souvenue que son avis enthousiaste sur un autre roman (Les Maraudeurs) avait eu un effet plutôt négatif sur les possibles lecteurs.  Puis me voilà lancée dans l’histoire .. z’êtes prêt ? Car il faut avoir l’esprit grand ouvert et les neurones connectés pour lire ce roman – mais pari réussi : j’ai avalé les 670 pages en une seule journée 🙂

quelabe%cc%82teseveille-kellermanJacob Lev, jeune inspecteur de la police de Los Angeles et fils de rabbin est appelé sur les lieux d’un crime. Le flic est surpris puisqu’il a été récemment muté à la circulation, chargé de mener des statistiques sur les accidents. Ce sont deux molosses qui se présentent à son appartement – ils appartiennent à une section très spéciale de la police. La victime a été retrouvée dans une maison abandonnée sur les collines d’Hollywood. A son arrivée, Lev est reçu par un médecin légiste qu’il ne connaît pas et découvre une tête, sans le reste du corps (amusant car sur certains sites en ligne genre A…z ils disent l’inverse), posée sur le sol de la cuisine. A côté de la tête, du vomi, mais pas de trace de sang. Lev comprend pourquoi on l’a appelé : on a gravé sur le plan de travail un mot en hébreu : Justice.  Jacob, élevé dans la religion, se voit confier l’enquête.  Ses investigations vont le mener à voyager, géographiquement et dans le temps – puisqu’elles le plongent au cœur du mythe ancestral du Golem – une créature hébraïque façonnée au 16ème Siècle par le Maharal, à partir d’argile. Golem est un ogre qui protégeait le ghetto. Dépourvu de parole car un parchemin était noué sur sa langue, il obéissait à ses maîtres. Une légende veut que le Golem, ou plutôt ce qu’il en reste, soit entreposé dans la Genizah, un entrepôt des vieux manuscrits hébreux de la communauté juive de Prague, qui se trouve dans les combles de la synagogue Vieille-Nouvelle de Josefov.

Mais revenons à l’enquête : l’ADN a parlé : la victime est en fait un assassin, recherché dans le cadre de des meurtres non élucidés de plusieurs femmes. Mais il n’a toujours aucune identité. Le jeune homme reprend l’enquête à zéro – qui étaient les victimes de cet inconnu ? Les crimes ont eu lieu à Los Angeles puis à New York, la Nouvelle-Orléans, Las Vegas ou Miami – pourquoi ?  Lorsqu’un des policiers lui confie qu’un policier tchèque a eu à faire à un crime similaire : une tête décapitée, du vomi et un message en hébreu. Lev décide d’embarquer pour la vieille Europe et le ghetto de Prague – berceau de ces mythes hébraïques.  Son père,  un homme pieux lui demande de profiter de son voyager pour honorer un des hommes les plus vénérés de leur religion, qui a vécu au 16ème Siècle, dans la capitale tchèque, le Rabbi Loew.

rabbi_lowSon enquête le plongera au cœur du mythe du Golem et va profondément bouleverser ce jeune policier. Auparavant, il a croisé l’espace d’une nuit une femme sublime mais depuis des hallucinations se manifestent. Et pire encore, elle provoque chez lui de graves troubles physiques. Autre fait encore plus troublant : la présence envahissante de scarabées…

Et vous trouvez ça étrange ? Attendez de lire la suite : parallèlement à cette enquête, les Kellerman ont décidé de faire partager au lecteur le mythe du Golem – et nous suivons donc en parallèle l’histoire d’Acham, la sœur d’Abel et de Caïn – leur lutte fraternelle, la mort de l’un, la fuite de l’autre et l’esprit de vengeance qui va animer la jeune femme.

Alors, voilà – moi qui ne suis pas du tout attirée par l’ésotérisme – et encore moins par la religion, comment le roman a-t-il pu autant me plaire ? Impossible de le dire – enfin si, quelques pistes – le personnage principal Jacob Lev est faillible, attendrissant – il aime profondément son père, presque aveugle – celui-ci l’a élevé dans la religion et rêvait de le voir devenir rabbin – mais Jacob a choisi d’être policier. Pourtant les deux hommes sont inséparables. Une très belle histoire d’amour filial entre un fils et un père. Il y a également le poids de la religion – Jacob avait cessé de pratiquer mais cette enquête va le pousser à réfléchir sur ses croyances. Et là, le glossaire joint en fin du livre est indispensable ! Les Kellerman nous font découvrir toutes les prières qui accompagnent quotidiennement les hommes de foi mais aussi les juifs pratiquants. C’est passionnant.

prague-cimetiereEnfin, si j’ai été au départ perturbée par l’histoire parallèle, d’Acham, j’ai fini par être passionnée par sa quête de vengeance et par sa transformation. Yankele. Son temps à Prague, sous une forme différente, et les personnages de Rebbe et Perel. Ceux qui connaissent la religion en sauront plus que moi – moi je suis allée de découverte en découverte. Enfin, autre point positif du roman :   Prague – je suis allée passer huit jours à Prague il y a quelques années, j’ai visité ces lieux pieux. Un souvenir très émouvant.

Voilà, je n’ai pas lâché le livre – le père et fils Kellerman ont fait ensemble un super travail en rendant accessible au lecteur une partie de l’histoire du peuple juif, en expliquant mieux leur culte et les fondements de leur croyance, ou celle de leur langue, l’hébreu – et ses multiples interprétations.

Mes bémols ?  J’avoue que la fin, très ésotérique m’a semblé quelque peu brouillon et expédiée.  Je n’ai pas du tout cru à l’histoire de la petite « bébête » (je n’en dis pas plus sous peine de révéler la fin mais sachez qu’on part dans le fantastique).  Mais la reconstitution la vie du ghetto de Prague et toute l’enquête qui va mener Lev de Prague à Oxford sont vraiment passionnantes.  Et ne perdons pas de vue les hommes dont la tête a été coupée et les jeunes femmes assassinées et les Kellerman arrivent à ne jamais nous perdre dans ce dédale et je les en remercie vivement.

Bref, je rejoins donc l’avis très enthousiaste de Stephen King !

♥♥♥♥♥

Editions Points, The Golem of Hollywood, trad. Julie Sibony, 670 pages