Une pause BD, ça vous tente ?

  1. Les amandes vertes – lettres de Palestine

Deux sœurs belges, Delphine et Anaële Hermans vivent toutes deux de leurs passions, l’une pour l’animation graphique et l’autre dans le volontariat. Lorsque Anaële est acceptée dans un programme humanitaire en Palestine, Delphine, restée à Liège lui donne des nouvelles. De leur correspondance est née Les Amandes Vertes qui à travers leurs échanges tentent de restituer la réalité complexe des territoires occupés.

Oscillant entre échanges personnels (Anaële tombe amoureuse d’un jeune Palestinien) sociopolitiques et culturels, les deux sœurs réussissent à nous livrer une vision précise de la situation du peuple palestinien aujourd’hui. C’est un regard très différent qui nous est offert ici, loin de celui des médias ou des reportages télévisuels. Anaële découvre au jour le jour les difficultés quotidiennes des Palestiniens (surtout ceux de CisJordanie) et ses émois sont les nôtres.

Si j’ai aimé le prisme choisi, le média choisi pour nous apporter un regard neuf sur ces territoires, je n’ai par contre, pas du tout adhéré au dessin très naïf. La bande-dessinée est en noir et blanc, ce qui ne me dérange pas vraiment mais les représentations humaines, les visages – je n’ai pas accroché du tout. J’ai un gros souci avec la représentation du nez, on dirait une main, des petits doigts – je sais, c’est bête, mais je me suis focalisée sur ce détail et cela a gâché ma lecture.

Pourtant le sujet et le personnage d’Anaële sont très touchants. Un avis donc mitigé.

Mon avis : ♥♥

Éditions WARUM, Coll.Civilisation, 2016
        2. Groenland Manhattan de Chloé Cruchaudet
Extrême Nord du Groenland, 1897. Une fois de plus, l’Américain Robert Peary n’a pas réussi à planter son drapeau au pôle Nord malgré l’aide de ceux qu’on appelle encore les Esquimaux. Mais pour l’explorateur, pas question de rentrer les mains vides. L’idée lui vient alors de ramener des souvenir vivants, 5 « vrais sauvages polaires » en chair et en os. L’un d’entre eux, Minik, n’est encore qu’un enfant quand il embarque à destination de New York. Leur succès dès leur arrivée est immense. L’exotisme fascine, mais un temps seulement. Et comme des objets, ils seront hébergés dans la cave du muséum d’histoire naturelle. Et je vous laisse découvrir leur sort…
Une lecture qui me tentait par l’histoire, véridique, mais j’avoue ne pas avoir eu de coup de cœur, même si le dessin m’a par contre énormément plu.

Reste le témoignage de cette époque où l’on regardait ces populations comme des « sous-hommes » et l’on étudiait leurs cadavres, sans respect pour leurs dépouilles. Glaçant. Je le conseille cependant.

Éditions Delcourt, coll. Mirages, 2008,172 pages

Mon avis : ♥♥(♥)

 

3. Un maillot pour l’Algérie de Javi Rey, Kris et Bertrand Galic

C’est dans le cadre du Prix BD Cézam 2017 que j’ai eu l’occasion de découvrir cette bande-dessinée. Je ne suis pas fan de football mais j’aime l’Histoire et ici l’épopée de cette équipe algérienne est directement liée à l’indépendance de l’Algérie. J’ai lu cette BD et quelques jours après Raymond Kopa s’éteignait. Nous sommes en 1958, à la veille de la coupe du monde en Suède, douze footballeurs de la Première Division quittent clandestinement la France (via l’Italie, la Suisse…) pour rejoindre la Tunisie. Ces joueurs sont tous algériens et jouent en France, certains sont de grandes pointures qui jouent dans l’équipe nationale.

Ils ont accepté l’idée d’un homme du FLN : créer une équipe nationale algérienne (l’Algérie est alors un département français) qui sera l’ambassadrice de leur désir d’indépendance. L’histoire est vraie et passionnante.

Ces hommes vont tout quitter, une carrière florissante, la reconnaissance pour s’exiler à l’étranger, en minibus, parcourant plusieurs milliers de kilomètres, dans des conditions pas faciles, pour simplement jouer un match face à des équipes souvent très faibles. De plus, n’étant pas reconnu par la Ligue Internationale de Football, ils ne peuvent affronter la plupart des pays européens, alliés de la France. Les voici partis pour l’URSS et quelques pays africains, comme la Libye. Ils vont jouer ainsi plus de 80 matches. Ils s’appellent Zitouni, Mekhloufi, Kermali, Arribi.

Je savais que mon beau-père, féru de sport et d’histoire serait heureux d’en échanger. La fin de la bande-dessinée rassemble les vrais articles de l’époque (passionnant) et la présentation des trois auteurs : Javi Rey, Bertrand Galic et Kris.  Bertrand Galic, scénariste et historien, et les dessinateurs Kris et Javi Rey ont réussi leur objectif. Ces hommes prennent vie devant nous, leurs espoirs et leurs désillusions. Car certains ne joueront plus jamais en équipe internationale, d’autres seront trop vieux, un seul retournera jouer chez les Verts, très inquiet de l’accueil qui lui sera réservé par les supporters suite à sa « désertion » subite 4 ans plus tôt.

Mon avis : ♥♥♥♥

Éditions Dupuis, 2016, 136 pages

Une pause BD, ça vous tente ?

J’ai eu une sortie de crise aiguë ces derniers jours et j’ai lu 6 bande-dessinées en moins de quatre jours ! Je vous présente aujourd’hui trois d’entre elles :

1. California dreamin’ de Pénélope Bagieu

california-dreaminJ’ai lu toutes les bande-dessinées de Pénélope Bagieu – j’aime bien son univers et son coup de crayon. J’ignorais que la dessinatrice était fan des Mamas & Papas, elle décide ici de raconter leur histoire et particulièrement de celle d’Ellen Cohen, la chanteuse à la voix d’or du groupe.

Ellen Cohen grandit à Baltimore, la jeune femme toute en forme rêve de devenir chanteuse. Et elle peut rêver car sa voix est sublime – à chaque fois qu’elle chante, tout le monde est séduit. Elle veut y croire, dotée d’une forte personnalité, elle décide de tenter sa chance en quittant la boutique de charcuterie familiale pour la Grosse Pomme. Nous sommes au début des années 60 – Ellen a un gros cœur et surtout elle tombe amoureuse facilement. Elle suivra son amoureux jusqu’en Californie où sa route va croiser celle des Phillips et de la sublime Michelle – cantonnée aux cœurs, la jeune femme réussit à s’imposer. Les Mamas & Papas sont nés.

« California dreamin » et « Monday Monday » furent leur deux titres phares. Le groupe créé en 1965 se sépara trois ans plus tard, pour se retrouver brièvement en 1971.  Que dire ? Que Pénélope prend beaucoup de plaisir à dessiner le destin de cette jeune femme, rondelette – amoureuse et prête à tout pour réaliser son rêve. J’ai passé un bon moment de lecture, je connaissais un peu mieux Michelle Phillips et j’ai découvert le parcours de ce groupe atypique, totalement symbolique de cette période hippie. Mais je dois avouer que si ma lecture a été plaisante, ce n’est pas un énorme coup de cœur.

Mon avis : ♥♥

Éditions Gallimard Jeunesse, 276 pages, septembre 2015

          2. Les amis de Pancho Villa de Léonard Chemineau et James Carlos Blake

les-amis-de-panchoJ’aime beaucoup les bande-dessinées qui s’appuient sur l’histoire avec un grand H et j’étais curieuse de découvrir qui se cachait derrière le célèbre Pancho Villa.  En s’inspirant d’un roman de James-Carlos Blake, Léonard Chemineau crée cette bande-dessinée atypique. Il choisit, pour narrer ce pan de l’histoire mexicaine le personnage de Rodolfo Fierro – le plus fidèle compagnon de Pancho Villa. En le suivant, le lecteur découvre l’histoire chaotique de la révolution mexicaine au début du 20è Siècle. Le Mexique était en proie à une guerre civile où s’opposaient des révolutionnaires (au Nord Pancho, au sud Salazar) et le gouvernement. Ces hommes idéalistes ont eu vite de devenir aussi cruels et avides de pouvoir que leur ennemi juré (le gouvernement).

Contrairement à la présentation de l’éditeur, je ne trouve pas que la bande-dessinée nous amène vraiment à réfléchir au sens de l’action révolutionnaire – Pancho fut assassiné et la vie continua. J’ai cependant aimé le coup de crayon, le dessin est vraiment travaillé, les couleurs sont vives et on a vraiment l’impression d’être au Mexique. Un résultat graphique très réussi.

les-amis-de-pancho-stillMon regret vient des personnages – peut-être sont-ils fidèles à la réalité mais pour moi, ils étaient vraiment caricaturaux de l’image que l’on se fait de ces révolutionnaires mexicains – excepté pour Felipé, un autre compagnon qui sera assassiné – les autres sont tous des grandes gueules, violents, très machos et parfois stupides – comme les personnages dans la vieille série télévisée de Zorro. Une vision plutôt rétrograde des Mexicains. Je n’ai pas du tout apprécié le personnage principal, par exemple, ce qui gâche en partie ma lecture.

Mon avis :

Éditions Casterman, 124 pages, mars 2012.

        3. La légèreté de Catherine Meurisse

la-legereteJ’ai vu par hasard Catherine Meurisse présenter sa bande-dessinée à la télévision et j’ai vraiment eu envie de la lire. Je l’ai donc réservé et j’ai du attendre longtemps avant de la découvrir. Son nom vous est peut-être familier : dessinatrice à Charlie Hebdo depuis dix ans, Catherine Meurisse a échappé de peu à l’attentat du 7 janvier 2015. C’est un chagrin amoureux qui lui sauva la vie. Elle pleura toute la nuit et arriva à Charlie en retard, comme Luz ce matin-là – au moment où les attentats avaient lieu, ils se sont réfugiés dans des bureaux dans la même rue.

Catherine Meurisse y perd ses amis, ses mentors, le goût de dessiner et ce sentiment de légèreté. Incapable de reprendre un crayon, contrairement à Luz – elle plonge dans la dépression. Après des mois d’hébétude, elle décide de prendre l’air et surtout de faire face à cette horreur en cherchant la beauté où qu’elle se trouve : un plage, le Louvre et puis finalement un séjour à la Villa Médicis à Rome.  Elle y a trouve l’apaisement et réussit à reprendre petit à petit le dessin. Une renaissance très belle. Un moment fort de lecture.

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Mon avis : ♥♥♥♥

Éditions Dargaud, 136 pages, avril 2016

Une pause BD, ça vous tente ?

De retour de vacances, j’ai craqué et trouvé 3 bande-dessinées à la BM, dont le premier volet des aventures des Vieux Fourneaux ! Je les cherchais depuis trois mois…

  1. Ceux qui restent (volume 1) Les Vieux Fourneaux de Lupano & Cauuet

VF tome 1C’est par hasard que j’ai mis la main sur le premier volet des aventures de ces papis en allant à la BM. Quand je veux les réserver, ils sont toujours tous pris d’assaut. Il était temps que je découvre qui se cache derrière ! Pierrot, Mimile et Antoine sont amis d’enfance. La compagne vient d’Antoine vient de décéder, elle lui révèle alors son terrible secret : elle l’a trompé, il y a plus de trente ans, avec le patron de l’entreprise dont il était le pire ennemi. Délégué syndical, Antoine menait le combat contre la main-mise du patronat. Rappelez-vous les années 70 ! Anéanti par cette révélation posthume, Antoine décide d’aller abattre sur le champ l’ex-amant de sa femme, aujourd’hui en maison de retraite en Italie. Ses deux potes qui viennent de comprendre ce que leur ami veut faire, partent sur les routes, en compagnie de la petite-fille de ce dernier, enceinte jusqu’au cou .. l’aventure commence !

Je me suis amusée avec ces petits vieux au foutu caractère, entre le passé (parfois teinté de nostalgie, en particulier lorsqu’il pense à sa femme) et leurs années de combat contre le patronat et le présent, où ils s’amusent, pour certains, à encore semer le trouble, nos septuagénaires forment une joyeuse bande de troublions.

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Malgré tout, j’avoue que je suis un peu restée sur ma faim. Sans doute attendais-je trop de cette bande-dessinée dont le succès lui donnait d’emblée une très bonne note. Le scénario de Wilfrid Lupano manque à mon goût d’un peu de sel, ou est-ce du au fait qu’il prévoyait déjà une suite ? Je suis mitigée. J’adore le dessin de Paul Cauuet et même si je n’ai pas eu un énorme coup de ♥ pour cette histoire, je vais quand même lire la suite, mais avec moins d’entrain cependant.

Mon avis : ♥♥

Éditions Dargaud Benelux,56 pages, 2014

      2. L’effet Kiss pas Cool de Leslie Plée

effet kiss pas coolJe ne cherchais pas spécialement un album de Leslie Plée, mais j’avais envie de quelque chose de drôle et je n’ai pas résisté à cet album dont le second titre est « journal d’une angoissée de la vie ». Ici, Leslie raconte comment sa première crise d’angoisse a surgi alors qu’elle fêtait tout juste ses 18 ans et comment ces crises ont peu à peu gangréné sa vie quotidienne – en prenant diverses formes.  Leslie raconte avec humour et ironie ses tentatives pour expliquer ses paniques (aucune réponse et des psys plus improbables les uns que les autres), et ses « trucs » pour faire diminuer l’angoisse – ainsi, en parlant de son état elle a remarqué qu’elle va mieux. Entourée d’amis qui la font rire, elle réussira à prendre le chemin de retour vers l’école et pendant deux ans, les crises disparaissent. Pour mieux revenir plus tard : faire la queue, être seule à l’accueil (elle est libraire), répondre au téléphone ou passer son permis de conduire, tout est compliqué et douloureux.

N’étant pas sujette à ce genre d’angoisses, j’ai trouvé cet ouvrage très instructif pour mieux comprendre le calvaire vécu par ses personnes – ainsi lorsqu’elle cite en exemple une jeune femme qui pour aller à son travail préfère le bus au métro mais au résultat doit changer de bus et met trois fois plus de temps….

Au final, j’ai passé un excellent moment en compagnie de cette jeune femme qui a compris, sur le tard, que sa vie était plutôt une réussite, elle qui rêvait, dès l’âge de 6 ans d’être une personne âgée trouvant réconfortant ces vies réglées au millimètre et très très calmes.

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Mon avis : ♥♥♥

Éditions Jean-Claude Gawsewitch, 2011

           3. Fils du Soleil de Fabien Nury et Eric Henninot

fils du soleilDeuxième adaptation d’une œuvre de Jack London en bande-dessinée pour moi. Il s’agit ici de la nouvelle publiée en 1912. Jack London était de retour de sa croisière dans le Pacifique Sud, et venait de publier Martin Eden et Radieuse Aurore. Ce recueil, composé de huit nouvelles, forme l’histoire romanesque des aventures de ces capitaines de goélettes dans les mers du Sud.

À bord de sa goélette Wonder (La Merveille), David voyage entre les îles Salomon où il a établi son négoce. Homme d’affaires impitoyable mais honnête, il n’exige que ce qu’on lui doit, quitte à risquer sa vie lorsqu’il réclame une dette impayée. L’homme ne semble avoir peur de rien et une blessure ne le freine pas. Une mystérieuse vente de perles le conduit vers l’île de Hikihoho, où vit le vieux Parlay, roi autoproclamé d’une communauté indigène… Grief n’a pas été invité à cette vente. Il connaît bien Parlay et se souvient de sa fille, une magnifique métis dont il s’était amouraché il y  a des années.  Grief décide d’y aller malgré les menaces. C’est là que ces hommes, truands ou escrocs pour la plupart, aux prises avec leurs démons vont être confrontés à la violence dévastatrice d’un ouragan.

J ‘ai beaucoup aimé l’histoire et le dessin d’Eric Henninot – j’avoue que le héros ressemble parfois presque à une gravure de mode mais les autres personnages sont très bien représentés et l’histoire se suit avec plaisir. Le coup de crayon sied à l’histoire. D’un point de vue scénaristique, l’adaptation de Fabien Nury fonctionne bien et j’aime la retranscription du sentiment de folie qui règne dans ces îles inhospitalières. Sur fond de guerres coloniales, d’esclavagisme et de luttes de pouvoir, London rend un hommage appuyé à R.L Stevenson et à Daniel Defoe et à ce volet peur reluisant de l’histoire coloniale.

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Mon avis : ♥♥♥

Éditions Dargaud, 79 pages, 2014