Une pause BD, ça vous tente ?

 

  1. Culottées, tome 2 de Pénélope Bagieu

J’ai lu il y a plusieurs semaines le deuxième volume des Culottées. J’étais cette fois-ci ravie de retrouver le coup de crayon de Pénélope Bagieu et j’ai beaucoup ses portraits de femmes et surtout le choix de ses héroïnes !

Finalement, je pense que je préfère celui-ci au premier. Allez savoir pourquoi ?! J’adore son humour et certains noms, comme celui de Mary Temple Grandin ou celui de Phulan Davi, reine des bandits en Inde ou Nellie Blight, je connaissais ces noms et j’étais ravie de les retrouver dans cet album afin que le plus grand nombre découvre leurs existences comme également Heddy Lamarr – actrice et inventrice dont la vie va être adaptée au cinéma par Diane Krüger.  Mon amie en visite de la Guadeloupe ignorait son histoire. Cette série est un must.

Bref, des grandes dames et de l’humour toujours !

 

Editions Gallimard Jeunesse, 2017, 168 pages

Mon avis : ♥♥♥♥

 

2. Le ponts des arts de Catherine Meurisse 

Une lecture différente mais tout aussi réjouissante. J’ai découvert le travail de Catherine Meurisse à travers son album La légèreté où elle racontait l’attentat de Charlie Hebdo (ce matin-là, après une nuit blanche causée par un chagrin d’amour, elle arrivera en retard tout comme Luz et aura la vie sauve), aussi étais-je curieuse de découvrir ses autres oeuvres. Cet album m’a tout de suite plu car il est question d’art. Lorsque les artistes se jugent – ici ce sont souvent les écrivains (Baudelaire, Balzac ou Diderot par exemple) qui ont pris la plume pour juger l’oeuvre de leurs contemporains, peintres. Et ils s’en prennent pour leurs grades ! Ingres par exemple.  J’ai surtout adoré la touche d’humour que Catherine Meurisse apporte aux personnages (Proust par exemple !).

Catherine Meurisse choisit donc de nous raconter les vraies ou fausses amitiés entre gens de lettres et gens d’arts – ainsi lorsque Zola prit la défende des Impressionnistes qui faisaient scandales à l’époque ou lorsque Baudelaire se transforme en critique d’art et vous explique la différence entre « une croûte » et un chef d’oeuvre. On s’amuse beaucoup à lire cet album. Cela m’a quand même démangé tout au long de ma lecture : ne pas pouvoir voir une véritable production des oeuvres citées (et fortement décriées). Et à la fin de ma lecture, j’ai craqué pour certaines et je me suis fait la réflexion : ma maison manque de livres d’art 🙂

 

Editions Sarbacane, 2012, 109 pages

Mon avis : ♥♥♥

 

La semaine deux autres romans graphiques coups de coeur !

Une pause BD, ça vous tente ?

  1. Café Budapest d’Alfonso Zapico

C’est dans le cadre du Prix BD qu’il m’a été donné l’occasion de lire ce one-shot. Une saga historique où l’on suit le jeune Yechezkel Damjanich, jeune violoniste juif de 23 ans à l’occasion de son départ pour Jérusalem. La deuxième guerre mondiale est terminée, nous sommes en 1947 et le jeune vit avec sa mère Shorintza à Budapest. Les lendemains de guerre sont difficiles et plus encore pour un musicien juif. Lorsque Yosef, son oncle maternel lui propose de venir le rejoindre à Jérusalem mais sa mère s’y oppose, elle aime Budapest et a coupé tout contact avec son frère. Shorintza est une survivante des camps de la mort, où le père de Yechezkel est mort. Mais finalement son fils la convainc, et ils embarquent ensemble sur un bateau pour Israël.  Yosef les attend au port et est ravi de leur faire découvrir son petit café Budapest.

Ce café est un lieu où juifs et arabes se retrouvent pour écouter de la musique, refaire le monde et tout le monde s’entend bien mais l’atmosphère change brutalement avec la naissance de l’état israélien, la Palestine voit ses terres réduites et tout cela bouleverse l’atmosphère quotidiennes des habitants de la Palestine, qu’ils soient juifs ou arabes.

Alfonso Zapico est à la fois le dessinateur et le scénariste – il a choisi une plume en noir et blanc pour illustrer cette petite histoire qui rencontre la grande histoire et la fin du Jérusalem d’avant-guerre, multi ethnique. L’histoire de Yechezkel est touchante et émouvante, parce que le jeune homme avait été toute sa vie victime d’un ostracisme fort va voir la même chose arriver aux Arabes et puis il y a l’histoire d’amour, qui montre que ce sentiment ne connaît ni frontière, ni mur.

Leur volonté de résister face à ces changements, de refuser de céder aux sirènes, de s’aimer malgré leurs religions différentes est magnifique et la fin m’a surprise, car si les juifs d’Europe ont trouvé un havre de paix après tant d’années de souffrance, je ne peux que m’interroger sur leur zèle religieux et leur incapacité à accepter cet amour.

Pour deux autres lecteurs qui participent au challenge, il s’agit de la meilleure BD – mais ce n’est pas le cas pour moi, car je réalise que j’ai déjà oublié plusieurs passages pourtant le récit est intelligent, le regard sur les extrémistes, l’antisémitisme est vraiment maîtrisé et les personnages sont touchants.

Mon avis : ♥♥♥

Editions Steinkis, mars 2016, 164 pages

         2. Ce qu’il faut de terre à l’homme de Martin Veyron

Ma dernière lecture du Prix BD Cézam a obtenu le Prix spécial Angoulême 2017 – Marti Veyron adapte ici une nouvelle de Léon Tolstoï.

Nous voici en Sibérie, le paysan Pacôme y vit avec sa femme et son fils. Il cultive les terres d’une riche propriétaire (une « lady » барыня)  en l’échange du gîte et du lopin de terre mais il subvient tout juste aux besoins de sa famille. Il lui arrive parfois, comme de nombreux villageois, d’aller couper du bois ou récolter des fruits qui ne lui appartiennent pas. Tout se passe assez bien jusqu’à l’arrivée d’un nouvel intendant qui décide de mettre fin à ce « laisser aller » – le voilà même à fouetter les imprudents.

Tout bascule lorsque la vieille femme annonce son intention de céder ses terres et ne garder que la demeure, l’intendant souhaite racheter les terres. Les villageois décident d’intervenir. Pacôme, qui se sent à l’étroit, devient propriétaire mais l’homme n’a que son fils pour l’aider, l’entraide entre les paysans a pris fin depuis que chacun est devenu propriétaire et Pacôme rêve d’agrandir sa propriété :
« Si seulement j’avais plus de terres, soupire-t-il en regardant par-delà la clôture, je pourrais être tout à fait heureux. »

L’homme a changé, il s’est mis à dos les autres paysans. Isolé, il se prend à rêver de terres immenses. Cette envie finira par lui coûter très cher.. Tolstoï nous livre ici une fable avec une morale bien de son époque, et très russe !

Le coup de crayon est agréable, même si j’ai trouvé les dessins « petits » ou ne suis-je plus habituée à ce format ? L’adaptation est réussie, visuelle sans perdre la profondeur des dialogues et la réflexion finale prend ici tout son sens, puisqu’il s’agit d’espace donc le visuel d’un roman graphique est évidemment très approprié.

J’avoue que, contrairement à l’an dernier, je n’ai pas eu d’immense coup de coeur pour une BD, même si j’ai deux ou trois titres en tête. Le temps de me laisser réfléchir avant de voter !

Mon avis : ♥♥♥

Editions Dargaud, janvier 2016, 144 pages

       3. Le tragique destin de Pépito de Catherine Lepage

D’après un conte de Pierre Lapointe.  Oui, nous sommes au Québec et il s’agit d’un livre pour enfants.

En premier lieu, je souhaite remercie Marie-Claude qui m’a offert ce très beau livre à mon arrivée à Québec ! Je l’avais gardé au chaud pour un moment où j’aurais envie, besoin de changement et ce fut le bon moment !

Que dire ? Un conte est un conte. L’histoire de Pépito, ce petit garçon étrange, qui refuse les jeux de balle, reste en retrait et à part sa cousine, n’a pas d’ami paraît un peu spécial. Pépito se lie difficilement avec les gens, jusqu’au jour où il devient ami avec une autre fille de son école – il lui offre de temps en temps des bonbons. Des bonbons au goût exceptionnel ! La petite fille en donne un à sa maman qui les adore aussi ! Mais Pépito cache un secret….

Comme tous les contes, il y a de la noirceur. Je m’attendais à pire, j’avoue, parce que je connaissais déjà un bout de l’histoire mais finalement c’est une histoire comme je les aime ! Un petit bijou que cette histoire ! Et en plus, le livre est magnifique.

Certains jeunes gens, comme Pépito,
se sentent différents.  Ils n’aiment pas le sport, ont peu d’amis et cachent des choses à leurs parents.
Heureusement, au contraire de Pépito, ils ne sont pas les personnages d’un conte fantaisiste au dénouement tragique.

Merci Marie-Claude !

Mon avis : ♥♥♥♥

Editions Comme des géants, 2016, 78 pages

Une pause BD, ça vous tente ?

  1. Le Promeneur de Jirô Taniguchi

C’est par hasard que j’ai trouvé ce roman grahique de Taniguchi à la BM, ses livres étant régulièrement empruntés. Je n’ai pas hésité. Contrairement à L’homme qui marche qu’il me reste à lire et qui met en avant un vieil homme qui à travers ses petites promenades s’éveille à la nature et à nos cinq sens, ici on suit le Promeneur, un jeune homme qui nous emmène aussi à travers la ville, au gré de ses promenades mais dont les préoccupations sont différentes.

Le Promeneur s’interroge sur sa ville, ses profonds changements – la disparition des anciens quartiers au profit des gratte-ciels et autres bâtiments modernes. Lorsque le héros retrouve le quartier de son enfance et en se laissant porter par ses pas, redécouvre toute une partie de la ville, il réalise à quel point le passé peut encore peser dans sa vie.

Revenir dans son ancien quartier lui remémore forcément ses jeunes années, mais aussi son adolescence, son groupe de rock puis le choix d’abandonner la musique pour un travail régulier et prenant.  C’est en allant chercher un cadeau qu’il va se retrouver à marcher, ayant loupé le dernier moyen de transport. La marche, le Promeneur n’en avait pas fait depuis des années – mais ce moment où il a l’occasion de se retrouver va lui plaire et il va désormais chercher tout moyen pour partir à l’aventure – sans carte, il va partir à la redécouverte de sa ville et voir les changements opérés depuis son enfance.

La lecture est plaisante, j’ai aimé découvrir ces allées nippones qui cachent encore des petites boutiques ou maisons à l’ancienne – un charme incroyable. J’ai pensé à Shanghaï ou Singapour qui ont détruit leurs anciens quartiers qui auraient mérité d’être sauvegardé tant ils témoignaient d’une époque. L’introspection du Promeneur parlera à tous les lecteurs.  Mais elle témoigne aussi des questionnements de cet homme par rapport à ces choix de vie (une vie nippone : le travail qui domine tout le reste).

L’autre raison pour laquelle j’ai aimé ce livre est que, propriétaire d’un chien, j’aime les promenades, sans but précis – je laisse mon chien choisir le chemin (mon chien actuel étant un peu plus timide que le précédent) c’est que j’ai découvert ainsi de nombreuses petites allées et voies privées qui sont magnifiques ! Et ces promenades sont un moment de détente essentiel à mon bien-être. A noter que j’avais lu Furari du même auteur et que j’avais moins accroché.

Mon avis : ♥♥♥

Éditions Casterman, 2008, 210 pages

      2. La femme accident (1ère et 2nde partie) d’Olivier Grenson et Denis Lapière

Je ne connaissais ni les auteurs ni cette bande-dessinée quand je l’ai choisie à la BM – mais le dessin me plaisait et deux volumes, c’était intéressant.

Le personnage principal s’appelle Julie – on la rencontre alors qu’elle est en prison. Son procès se termine demain, elle est inculpée de meurtre. Elle voit son fils, Mathias, élevé par sa demi-soeur. La jeune femme rêve de pouvoir s’envoler avec lui en Australie, synonyme de liberté.

Julie va se confier et raconter sa vie, et les évènements qui l’ont amené en prison. Née dans les corons de Charleroi, Julie a eu une enfance compliquée. Confiée pendant des années à ses grands-parents, sa mère, remariée avec un homme qui n’a jamais aimé Julie, vient la chercher alors qu’elle ne connaît que ses grands-parents. La jeune femme passera son temps à retourner chez eux – leur en voulant d’appeler sa mère pour la ramener.

Julie est un garçon manqué à cette époque et sa bande d’amis, des garçons sont toute sa famille. Elle tombe amoureuse de Théo – le jeune homme et elle ont une relation fusionnelle mais compliquée ! Installée chez le jeune homme, la jeune femme croit avoir trouvé le bonheur. Trop jeunes, immatures, Julie tombe enceinte à l’âge de seize ans. On la force à avorter et sa vie prend une tournure compliquée. Toujours à la recherche d’amour, elle finit par tromper Théo et lorsqu’il l’apprend, la dispute vire au drame. Premier échec.

Condamnée à l’exil, Julie va profiter de son physique avantageux pour gagner sa vie comme escort-girl – protégée par un homme fortuné mais marié, Julie accepte ces années tout en rêvant secrètement de revenir à Charleroi et montrer à sa famille sa réussite (l’appartement à Paris, ses jolis habits) mais le retour sera aussi les retrouvailles avec Théo…

Ce parcours accidenté se suit avec plaisir – la jeune femme, très belle, cherche désespérément l’approbation de sa famille et veut croire à son histoire d’amour, même si elle est destructrice.

Malheureusement, il m’a manqué quelque chose pour accrocher à cette histoire – l’idée de départ est intéressante et les dialogues de Lapière sont bien écrits – mais je ne me suis pas sentie proche de l’héroïne, je l’ai trouvée parfois trop stéréotypée. Le dessin d’Olivier Grenson, même si j’ai aimé le coup de dessin, a-t-il joué un rôle dans ma difficulté à entrer dans le récit ? Peut-être – car Julie et Théo adolescents sont tellement beaux qu’ils sont presque irréels. Ils m’ont fait penser aux dessins animés japonais – fort heureusement, le dessinateur a réussi à bien faire vieillir les personnages (la drogue qui détruit Théo). Disons qu’ils ont des visages très lisses et en réfléchissant, j’ai trouvé Julie plutôt froide.

Enfin, pour revenir au scénario, le deuxième volume qui se concentre sur le crime en question est un peu décousu – je n’ai pas trop compris la fin – sans spoiler, mais la révélation me surprend et les dernières pages aussi (si on a fait un peu de droit judiciaire, on s’interrogera…).  Néanmoins, je retiens les noms des auteurs car je ne dis pas non à d’autres lectures !

Mon avis : ♥♥

Éditions Dupuis, 2008, 64 pages (vol.1), 2012, 72 pages (vol.2)