Où cours-tu William .. ∴ Denis Jeambar

Je ne connais que vaguement le nom de l’auteur, Denis Jeambar,et je me suis lancée dans la lecture de ce roman, dans le cadre du Prix roman FNAC sans savoir grand chose sur l’histoire.

Et l’épreuve fut plus que difficile ! Il m’arrive rarement de finir une lecture passablement énervée, mais ce fut le cas. Pourtant, le roman commence plutôt bien. L’auteur nous présente le héros : un journaliste qui a décidé après une carrière honorable dans la presse écrite de lancer son propre magazine. Celui-ci lui permet d’exprimer enfin ses opinions et en particulier son aversion pour le parti nationaliste qui ne cesse de grimper dans les sondages à quelques mois de l’élection présidentielle.

Notre héros est un homme particulier. Son épouse l’a quitté il y a vingt ans pour refaire sa vie. Il est resté très proche de sa fille qui continue d’idolâtrer ce père égocentrique et vaniteux. L’homme a ainsi toujours refusé de rencontrer l’homme qui partage depuis quinze ans la vie de son ex et même le petit ami de sa fille (qui vit avec depuis trois ans). Car le seul et unique homme qui doit exister : c’est lui.

Cet apostolat a fait de lui un homme peu aimé, et peu aimable. Invité lors d’un débat politique télévisuel, il ressort éreinté et peu content de sa prestation. Le parti nationaliste a gagné des points. Plutôt que de prendre son véhicule, il choisit d’aller marcher le long du jardin du Luxembourg. C’est alors qu’il est attaqué violemment par deux hommes. Il ne doit son salut qu’à l’intervention de deux passants, un jeune couple franco-américain. Mais le jeune homme a déjà croisé les agresseurs dans la journée et ces derniers l’assassinent ainsi que sa petite amie.

Premier bémol de ce roman: je trouve ça assez rocambolesque que ces sbires venus passer à tabac le journaliste tuent de sang froid deux jeunes passants, une balle dans la tête. Mais soit, je continue ma lecture. A son réveil à l’hôpital, notre héros apprend la nouvelle. Très choqué par la mort de ces deux personnes, et marqué par son agression, il se replie sur lui-même. De plus, il est très vite devenu suspect aux yeux du juge !

Là deuxième très très gros bémol de l’histoire : pour l’auteur, aucun doute, le magistrat à qui l’on a promis un poste important, va donc enterrer l’enquête, encore plus, faire de lui un suspect et non une victime ! Désolée, mais là, je décroche. Notre héros aurait donc été roué de coups, perdu connaissance mais aurait avec une arme magique (qui apparait et disparait) tué deux passants pour le plus grand des hasards ? Et ce uniquement afin de faire croire à une agression du parti fasciste ? Aucun magistrat ne se lancerait dans une telle entreprise.  Je décide néanmoins de continuer ma lecture.

Et Denis Jeambar va venir encore plus compliquer l’affaire – notre héros décide de partir aux États-Unis, d’où est originaire l’une des victimes. Il ne prévient personne et ce malgré son interdiction de voyager (quand un magistrat veut qu’un homme ne voyage pas, il lui saisit toujours son passeport…). Bref, le voici arrivé à New York, où il commence à errer. Les questions existentielles l’assaillent. J’aurais aimé que l’homme développe enfin un regard critique sur sa personne, mais il en est incapable. Et le voici pris soudainement d’une furieuse envie d’écrire ….. un roman. Journaliste, il n’a jamais écrit autre chose. Qu’importe. L’histoire sera celle de deux hommes américains, un voyou et un flic aux noms improbables.

Et l’auteur de leur consacrer des chapitres entiers – j’avoue, ma patience de lectrice en a pris un coup et j’ai donc lu en diagonale leurs histoires. Que venaient-elle faire là ? Et surtout, pour une ancienne expatriée, je retombe encore sur tous les clichés qu’ont les Français sur l’Amérique – les méchants, les flics, la corruption. Tout et n’importe quoi. Et où est passé le journaliste ?

J’avais en rédigeant mon billet, révélé la fin, tant elle est risible. Mais ce n’est pas bien, aussi je supprime ce paragraphe.

Dernier bémol : j’ai frôlé l’indigestion en le lisant, car l’auteur a voulu s’attaquer à une multitude de sujets :  la crise existentielle d’un intellectuel incompris, mal aimé, mais dont le corps le lâche doucement, ses parents juifs persécutés, la montée du nationalisme, l’agression, la dépression, l’Amérique d’aujourd’hui, la corruption…. Un méli-mélo qui m’a perdu.

J’ai refermé ce livre totalement désemparée. Et une nouvelle fois : quel est le but de ce roman ? Une conversation sans doute engagée envers sa propre personne. J’ai eu l’impression que certains auteurs lorsqu’ils atteignent la soixantaine, ressentent le besoin de créer un personnage à leur image.

Je n’ai rien contre les personnages vils, manipulateurs – j’ai adoré Limonov d’Emmanuel Carrère, mais ici l’histoire ne mène nulle part. Je n’ai du coup pas trop regardé le style, qui ne m’a ni déplu, ni emporté.

J’émets rarement d’avis aussi négatif sur un roman, et là j’ai attendu plus de quinze jours avant d’écrire ma chronique. Pourtant, le début était prometteur, ce qui explique mon unique cœur.

 Éditions Calmann Levy, 2017, 376 pages

 

Un élément perturbateur ∴ Olivier Chantraine

Quatrième lecture pour le Prix du roman FNAC  – j’aimerais savoir qui sélectionne les romans pour ce prix, car j’avoue que pour le moment, un seul livre m’a semblé mériter sa place dans cette pré-sélection.

J’avoue que cette lecture aura été mi-figue mi-raisin, à certains moments, je me suis amusée, je ne m’en cache pas mais ces quelques sourires n’auront pas suffi.

Le narrateur s’appelle Serge, célibataire, il vit chez sa sœur. Analyste financier dans une holding multinationale, il est chargé de faire fructifier les bénéfices d’entreprises françaises à l’étranger par des montages financiers leur évitant toute forme d’imposition. La Offshore Investment Cie. Le truc très à la mode. Serge s’y ennuie. Il n’y est pas entré par hasard – son frère ainé, François, n’est autre que le Ministre de l’Économie et des Finances et lui a trouvé ce poste.

Une carrière à l’opposé de celle de Serge qui végète dans sa vie professionnelle et personnelle. Mais notre grand garçon est un éternel maladroit, rêveur et aime bien sa vie telle qu’elle est. Sa sœur, Anièce (l’orthographe m’a fortement perturbé pendant ma lecture) lui prépare son café et ses mouillettes chaque matin, lui lave son linge. Bref, la vie rêvée sauf que… Serge a 44 ans.

Il fantasme sur Laura, sa collègue. Une jeune femme à la beauté extraordinaire qui est en fait un vrai requin. Elle veut absolument réussir sa carrière et est prête à tout pour obtenir une promotion ou un poste à l’étranger. Alors lorsque le Ministre leur demande de conclure un contrat avec les Japonais, elle se jette sur cette opportunité. La mauvaise surprise ? Serge est invité et doit s’envoler avec eux pour le Japon. Or Serge est victime d’aphasie – au moment de s’exprimer, son stress l’empêche d’émettre le moindre son. Seule Laura est au courant. Un autre mystère : Serge est incapable de mentir et lorsqu’un Japonais lui demande si ce contrat est avantageux pour eux, il leur dit tout de go, que non ! Provoquant de fait une crise diplomatique, il subit la fureur de son patron et la colère de son frère.

Sortons de l’histoire pour nous attacher au style : plaisant, le roman se lit facilement et j’avoue que j’ai même eu un gros fou rire à un moment donné. J’ai cru m’être rabibochée avec l’histoire et les personnages, mais ce ne fut malheureusement que temporaire. Car, selon moi, le roman souffre de plusieurs bémols.

Excepté pour Serge, dont le personnage est approfondi, les autres personnages sont caricaturaux : le gros chef d’entreprise fan de westerns et de cowboys, les patrons tous de « vrais porcs aux idées mal placées » , orgueilleux.

Et ils sont avides d’argent, mais n’est-ce pas un peu évident quand on bosse dans ce genre de compagnies, non ?

Le roman se passe de nos jours et pourtant j’ai eu l’impression de faire un bond dans le passé avec une vision très sexiste des femmes :  des femmes fatales froides et calculatrices (Laura) ou des « femmes mères » (sa sœur). Le héros ne supporte pas que la première le jette et que sa sœur ait une vie intime (et donc cesse de lui faire la cuisine, le ménage…). Les années 70 ?

Revenons à Serge, ce François Pignon bis. S’il est amusant avec son aphasie et son incapacité à mentir, reste qu’il est profondément vaniteux, orgueilleux et égocentrique. Il est incapable de faire son auto-critique : son monde s’écroule autour de lui et c’est toujours la faute des autres. En colère contre son frère, il déclare « ne plus vouloir travailler pour lui » (sic) Très drôle quand on sait qu’il n’a jamais eu à chercher de travail, son frère lui a ouvert les portes de cette société, il n’a jamais eu à travailler d’arrache-pied et même après ses bourdes, l’entreprise ne peut pas le virer.

Il donne des leçons de vie à du personnel d’une entreprise provinciale (encore une vision caricaturale des provinciaux et des employés d’une PME). Et le voilà à sermonner les autres….

L’auteur adore les métaphores, censées apporter une touche d’humour, malheureusement, il en utilise beaucoup trop et comparer les désagréments de Serge à la deuxième guerre mondiale ou au tsunami de 2004 finissent par lasser et produire l’effet inverse à celui recherché.

J’avoue que je me suis posée une question après ma lecture : quel est le but de ce roman ? Olivier Chantraine voulait-il détruire l’image de ces sociétés qui œuvrent discrètement pour spolier le fisc français en créant des montages financiers offshore et occultes ? Je n’en vois pas l’intérêt. Les livres à ce sujet sont multiples et ce n’est pas une révélation. Ou voulait-il rendre hommage aux comédies françaises des années 70 et 80 où le héros, maladroit, tête en l’air, provoque des catastrophes et séduit les plus belles ? Soit, mais je préfère largement les films à ce roman.

Ou nous dit-il que l’homme moderne n’existe pas ? Qu’un homme heureux est celui qui vit encore chez sa sœur à 44 ans, refuse qu’elle refasse sa vie, passe son temps à critiquer ceux qui lui fournissent le gîte et l’argent (son frère) et donne des leçons de morale ?

Je n’ai pas saisi le but de ce roman. Le style est plaisant, mais le personnage devient imbuvable à la fin du roman, son apitoiement est fatiguant et on devine la chute beaucoup trop tôt. Un roman bavard où le narrateur nous fatigue avec sa vision du monde, celle de son nombril …. et j’ai ri jaune à la fin, quand je vois que cette femme, supposée intelligente, abandonne tout pour lui et ses  « fulgurantes pensées« .

Cette lecture et une autre, dans le cadre de ce prix littéraire, me rappellent les difficultés que j’ai avec les romans français en général. J’ai heureusement trouvé depuis des auteurs différents.

 Éditions Gallimard, 2017, 288 pages

 

La petite danseuse de quatorze ans ∴ Camille Laurens

C’est ma première lecture en que jurée pour le Prix du roman Fnac, et la découverte pour moi de Camille Laurens. L’auteur a souhaité ici mettre la lumière sur la petite danseuse de Degas, devenue célèbre dans le monde entier. Une sculpture qui est aujourd’hui exposée aux Etats-Unis. Camille Laurens a voulu découvrir qui se cachait derrière ce petit rat de l’Opéra. Degas est célèbre dans le monde entier pour ses peintures sur l’Opéra et ses portraits intimistes des petits rats. L’homme y passait des heures, dessinait puis peignait ces jeunes filles sur scène ou dans les coulisses. Il était passionné par le mouvement, et ces corps si jeunes mais déjà modelés et musclés.

Le peintre travaillait aussi énormément dans son atelier et faisait venir des modèles. C’est ainsi qu’il engagea la jeune Marie Van Goethem, petit rat à l’Opéra comme sa soeur ainée Antoinette et sa soeur cadette. Les Van Goethem étaient Belges et avaient fui la violence et la répression. Sa famille, très pauvre, s’était installée dans le 9ème à Paris. Très vite, le père avait disparu et la mère avait inscrit ses filles à l’Opéra. En échange d’un travail acharné, les petits rats étaient payés. La mère était très présente dans leur éducation.

Pendant 4 ans, Marie fut le modèle de Degas et c’est elle qui se cache derrière cette sculpture qui fit scandale à l’époque. Camille Laurens a voulu donner vie à cette poupée de cire – lui rendre un nom, une identité et de la dignité. Ce n’est pas un roman, même si à un moment donné (au début du livre), la romancière livre le temps de deux ou trois pages une version romanisée de la jeune fille, son attitude, sa parole et ses choix de vie. Puis, le livre se transforme en essai – sur l’art et la vérité, un sujet vaste étudié par l’auteure. On s’éloigne de la petite Marie.

Pour finalement y revenir dans le dernier tiers du livre, où Camille livre ici au lecteur son obsession de découvrir ce qui s’est passé après. Qu’est devenue Marie ? Elle corrige certains faits erronés (j’ai vérifié, Wikipedia a tout faux) : la date de naissance et le lieu de naissance de Marie, à Paris (ses parents avaient déjà eu un enfant un an plus tôt, prénommé aussi Marie mais décédé) et découvre ce qu’il est advenu de la soeur ainée Antoinette (prostituée, elle finit par être logée et nourrie par un de ses « bienfaiteurs » hors de Paris) et à la soeur cadette, Louise-Joséphine qui deviendra professeure de danse à l’Opéra et sera la maîtresse du peintre Fernand Quignon. Mais quid de Marie ?

Marie fut renvoyée en 1882 de l’Opéra, plongeant sa famille dans la précarité (la soeur ainée fut condamnée pour vol peu de temps après). Puis Marie disparaît.

Un roman, donc – non – plutôt une thèse de doctorat sur l’art et la vérité artistique, avec de nombreuses recherches et de nombreuses citations, le Paris de cette époque, l’étrange Degas qui ne se maria jamais. Camille Laurens dit qu’elle se refuse à inventer une vie à Marie (même si elle le fait un peu au début) mais surtout se désole de sa disparition. Elle se lance dans des recherches à l’Etat-Civil.

Qu’est-il advenu de cet enfant ? Est-elle retournée en Belgique, comme certains l’ont suggéré ? A-t-elle épousé un homme et a quitté Paris ? Mystère. Reste cette sculpture, ce regard.

J’ai aimé cette lecture, j’aime le monde de l’art, la peinture, Paris – et j’aime ces « enquêtes biographiques » mais j’avoue que plus d’un mois après ma lecture, j’ai peu de souvenir de celle-ci.

Le livre sort en librairie mercredi 30 août – réservez-le sur le site des libraires si vous le souhaitez.

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Editions Stock, 2017, 173 pages