A woman on the edge of time ∴ Jeremy Gavron (Je vous aimais terriblement)

J’avais repéré deux romans chez Sonatine à la sortie en janvier. Puis le temps a passé, et j’ai trouvé l’un des deux romans, dans sa version originale. Traduit « Je vous aimais terriblement » et publié chez Sonatine, c’est le récit d’un fils, Jeremy, qui décide, cinquante ans après les faits, d’enquêter sur la mort violente et soudaine de sa mère, Hannah. Agée de 29 ans à l’époque en 1965.

Hannah Gavron s’est suicidée en ouvrant le gaz dans l’appartement d’une amie, un après-midi de décembre. Deux ans auparavant, dans la rue d’â côté, Sylvia Plath, mère également de deux jeunes enfants, faisait la même chose.

Qu’est-ce qui a pu pousser cette jeune femme, à qui tout semblait réussir, à vouloir subitement mettre fin à sa vie ? Ou n’était-ce pas plus simplement, mettre fin à sa douleur ? Jeremy Gavron avait quatre ans au moment des faits et n’a aucun souvenir de sa mère. A l’époque, on cachait les faits aux enfants. Lui et Simon, son frère ainé, s’étaient entendre dire qu’elle était morte accidentellement. Il se souvient uniquement de son père les levant les réunissant pour leur annoncer la nouvelle et son extrême tristesse. Mais Hannah est très vite effacée de leur vie. Ses affaires, ses photos, son nom – tout disparait dans leur demeure anglaise. Leur père n’en parle plus et se remarie deux ans plus tard. Il aura deux autres enfants (des filles). Jeremy ne se pose pas trop de questions.

Il entend encore un peu parler d’elle lorsqu’il se rend avec son frère chez ses grands-parents maternels, des photos sur le mur, d’elle enfant. Des histoires que leur racontent leurs grands-parents sur cet enfant précoce, très vive, dynamique, sportive mais qui reste un mystère. Jeremy a seize ans lorsque son père se décide à lui révéler la vérité sur la mort de sa mère. Jeremy lui en veut de l’avoir abandonné ainsi. Il ne se confie à personne et les années passent. Son frère et lui n’en ont jamais reparlé. Adolescent, il avait essayé d’en parler à son frère, qui avait huit ans à l’époque et qui se souvenait donc de leur mère. Mais Simon avait mis fin à la conversation : « Maman te préférait à moi ». Il aura fallu attendre plus de quarante ans pour que l’auteur décide de partir à la rencontre de celle-ci et un évènement tragique : la mort brutale de son frère. Un signe.

Il faut qu’il se lance avant que tous ceux qui aient connu Hannah ne soient partis. Son père a près de 80 ans déjà. L’auteur va aller de découverte en découverte. Son père lui avait ainsi caché que sa mère avait laissé un mot. « Dîtes aux enfants que je les aimais terriblement ». Etrange choix, comme le remarque l’auteur, de l’emploi du passé. Elle était donc déjà partie dans sa tête.

Hannah avait 29 ans, un garçon de 8 ans, un autre de 4 ans. Elle venait d’obtenir un doctorat en sociologie et avait trouvé un éditeur pour son livre, The Captive Wife.  Après avoir été refusée pour un poste, elle avait réussi à trouver un emploi fixe avec un revenu important. Elle était l’épouse d’un entrepreneur dont le succès le mènerait à jour à être anobli par ses pairs. Pourquoi donc a-t-elle donc mis fin à ses jours à Primrose Hill, au nord de Londres en ce 14 décembre ?

Jeremy va alors fouiller dans ses affaires (peu nombreuses, tout avait été disséminé) et contacté tous leurs amis, la famille, ses collègues à la faculté, les étudiantes qu’elle avait connues en pensionnat. Jeremy récupère les journaux intimes de son grand-père maternel et dresse peu à peu le portrait d’une femme mystérieuse, sa propre mère.

Le portrait qui en ressort est celui d’une femme brillante mais complexe – une femme qui consacre sa thèse à ses épouses captives. Pendant la seconde guerre mondiale, les femmes avaient occupé les postes abandonnés par les hommes, elles s’étaient émancipées mais dix ans plus tard, c’est l’inverse qui se produit. La femme appartient au foyer, aux enfants. D’ailleurs, lorsqu’elle épouse son mari à tout juste 18 ans, Hannah prend des cours de cuisine, devient la parfaite « ménagère » avant de réaliser à quel point les études lui manquent.

Cette enquête est passionnante, car peu à peu Hannah reprend vie devant nos yeux : excellente cavalière, adolescente qui fait tourner les coeurs, amoureuse dingue de « Pop » (son futur mari) mais il y a l’autre Hannah : celle qui a eu, adolescente, une liaison avec homme âgé de 42 ans, et celle qui, à bientôt trente ans, s’amourache d’un collègue de faculté, homosexuel notoire.

Jeremy a parfois du ma à entendre les témoignages qui vont à l’encontre de l’image de cette femme souriante et solaire. L’image d’une femme sexuelle.  Elle faisait tourner les têtes, tellement vivante que pour une amie, elle a aspiré toute l’énergie que la vie lui avait donnée. Une jeune femme qui cherchait à exploiter intensément ses capacités intellectuelles mais également sa vie de femme. Mariée dès l’âge de dix-huit ans, elle commençait probablement à se sentir plus proche des femmes interviewées pour ses recherches.

Jeremy Gavron nous emmène dans cette Angleterre de la fin des années 50 et des années 60 à la rencontre d’une femme qui, a peut-être, ressenti sa vie comme celle d’un oiseau, enfermée dans une cage dorée. Mais une cage. Jeremy Gavron rend ici un hommage formidable à ces milliers de femmes et célèbre l’égalité hommes-femmes.

J’ai dévoré ce récit en moins de deux jours, j’ai beaucoup aimé la compagnie d’Hannah et de son fils, son regard sur sa vie, ses filles, sur les secrets de famille que nous connaissons tous. Et qui nous interroge sur nos parents, personne n’a connu ses parents jeunes. On voit les photos, les images, on écoute les histoires mais on ne va jamais à leur rencontre comme Jeremy .

Une question m’est quand même restée à la fin de ma lecture : jamais son fils n’envisage que sa mère a pu se sentir coupable d’avoir fait éclater son noyau familial peu de temps avant sa mort. Ses parents vont l’aider mais leur proposition sera vécue sans doute comme une trahison (je n’en dis pas plus, lisez le livre!).

Jeremy reste aussi avec des questions, mais aujourd’hui il semble être apaisé et pouvoir enfin avancer sans ce fardeau invisible sur ses épaules. J’ai une pensée pour son frère ainé qui malheureusement n’aura jamais su qui était cette femme formidable. Une femme complexe mais une mère aimante et solaire.

L’avis  d’Eva qui a lu le roman en français et a beaucoup aimé.

♥♥♥♥

Editions Scribe, octobre 2016, 272 pages Publié en Février 2017 aux éditions Sonatine, traduit par Héloïse Esquié, 336 pages.

Men we reaped : a memoir ∴ Jesmyn Ward

Attention : lecture coup de cœur !

Je dis lecture et non roman, car ici il s’agit d’un memoir, un récit à la fois autobiographique et biographique inspiré de la vie de Jesmyn Ward qui a grandi dans le Sud des États-Unis. Pour ceux dont le nom de Jesmyn Ward n’est pas familier, elle est l’auteur de plusieurs romans dont Salvage the bones (Bois Sauvage) que j’ai découvert en début d’année et que j’ai beaucoup aimé. En recherchant ses autres romans, je suis tombée sur ce récit qui m’a tout de suite donné envie de le lire. Je l’ai lu en anglais mais bonne nouvelle, il a été traduit !

Le récit de Jesmyn est non seulement magnifique, mais il fait preuve ici d’une grande maturité pour une femme née en 1977, qui a décidé de raconter ici à la fois sa jeunesse (de sa naissance à la fin de ses études universitaires) et les vies, malheureusement, trop courtes de cinq de ses proches. Jesmyn est née et a grandi à DeLisle dans le Mississippi. Une petite ville d’environ 1200 habitants située non loin du Golfe du Mississippi et de Gulfport, et à quelques heures de route (à l’est) de la Nouvelle-Orléans, où son père ira s’installer après leur séparation.

Ce récit, c’est sa vie qu’elle met à nu pour ses lecteurs. Pas de fioritures, pas d’emballage. Peu d’auteurs sont ainsi capables de livrer en quelques chapitres le résumé d’une demi-dizaine de vies, certaines foudroyées en plein vol. Le talent de Jesmyn Ward ? Son style qui transforme cette autobiographique en récit qui vous embarque à DeLisle comme seul un roman peut le faire. J’ai tellement apprécié son style narratif que j’en redemande ! Et l’auteur l’avoue : il lui aura fallu attendre des années avant de prendre la plume et livrer ici , au regard de tous, une période de sa vie qu’elle aurait voulu oublier. Mariée, mère et écrivain reconnue (son roman Bois Sauvage a obtenu le prestigieux National Book Award), enseignante à l’université de Tuslane, Jesmyn Ward n’avait aucune obligation de publier ce récit.  Un récit commencé à l’université, sous l’impulsion d’un professeur qui lui demandait une nouvelle inspirée de sa propre vie.

Chaque chapitre porte le nom d’un disparu, quatre amis et son frère, Joshua. Jesmyn a eu une enfance particulière, des parents pauvres mais des premières années joyeuses, même lorsqu’ils se retrouvent à onze (avec cousins et tantes) à partager la maison familiale dans les bois. Plusieurs déménagements, la séparation de ses parents et une nouvelle vie pour la petite fille. En effet, sa mère faisait des ménages chez des familles Blanches huppées lorsque l’un d’eux remarqua la précocité de l’enfant et accepta de payer ses frais de scolarité dans une des écoles privées catholiques les plus chères de la région. Un choc pour la petite fille, seule enfant Noire et pauvre de surcroit. Jesmyn obtiendra une éducation parfaite mais subira les remarques racistes de ses camarades et ne se fera jamais d’amies, même la nouvelle élève Noire issue d’une famille aisée la rejettera. L’auteure remercie son bienfaiteur à la fin de ce récit.

Cette éducation lui permettra de passer haut la main les examens d’entrée à l’université et de décrocher une bourse. Jesmyn prend son envol, mais son frère et leurs amis suivent malheureusement une autre pente. Pas de soutien scolaire dans les écoles publiques, et très vite Joshua décroche. Il quitte l’école dès l’âge de seize ans et enchainera jusqu’à sa mort des petits boulots. En acceptant de revenir sur leur éducation, scolaire ou personnelle, leur environnement, Jesmyn Ward pointe du doigt les failles du système. En acceptant de raconter la mort de son frère et de trois de leurs amis, emportés en moins de quatre ans – elle nous offre ici une étude socioéconomique de la société américaine qui continue, à ce jour, de priver les Noirs de chances réelles. L’absence d’opportunités les mène à choisir les mauvaises solutions. Attention, il ne s’agit pas ici de dealers, de membres de gangs, non juste des jeunes hommes désoeuvrés par l’absence d’espoir.

Le roman demande une certaine concentration car l’auteure raconte son enfance et adolescence chronologiquement, mais la disparition de chaque ami et celle de son frère sont inversées – le décès le plus récent est raconté en premier et celui de son frère, décédé avant les autres, en dernier. Ce choix narratif permet de faire coïncider sa propre vie à celle de son frère. Un choix très intéressant de raconter ces vies perdues et de se pencher sur une réalité qui perdure depuis des siècles : les Noirs ne sont toujours pas intégrés à la société américaine, et ils ne sont pas épargnés (deux ouragans dont le célèbre Katrina) frapperont durement ces familles pauvres.

Que faire quand on sait qu’il n’y a pas de travail qui nous attend ? Les jeunes hommes en question vont tous aller travailler à l’usine, ou accepter des petits boulots – ici donc pas d’histoire de gangs, de violence même si elle existe. Ici, c’est l’histoire d’amis d’enfance qui voient tous, sauf Jesmyn, leurs rêves s’éloigner. Mais même elle, malgré son éducation privilégiée, ne sent pas acceptée – à l’école d’abord, et dans sa communauté où on la regarde parfois avec dédain.

I looked at myself and saw a walking embodiment of everything the world around me seemed to despise: an unattractive, poor, Black woman. »

Voilà ce qu’elle voit dans un miroir : le symbole de ce que le monde entier déteste : une femme laide, pauvre et Noire.  La pauvreté, l’histoire et le racisme ont profondément impacté la société américaine contemporaine.  Mais malgré tout cela, malgré ces disparitions brutales, malgré le manque d’opportunité, l’absence d’espoir, Jesmyn ne pense qu’à une chose : retourner à DeLisle – sa famille, leur amour, leur soutien, lui manquent.  La jeune femme étudie à présent très loin, dans une université huppée, sur un campus où le monde entier s’offre à elle. Mais à chaque période de congés, contrairement aux autres étudiants qui cherchent un travail sur le campus, Jesmyn rentre chez elle.

I knew there was much to hate about home, the racism and inequality and poverty, which is why I’d left, yet I loved it.

Son récit est un témoignage, non seulement de la situation réelle de ces petites villes oubliées de tous, de cette population toujours reléguée au second rang – mais également une magnifique déclaration d’amour, à sa famille, à ses amis, à la communauté, au Sud. Et c’est ce qui m’a profondément marqué dans ce récit.  Depuis, l’auteure aurait pu quitter le Mississippi et s’installer ailleurs, mais non elle y vit toujours enseigne à Tuslane.

Un autre moment fort de ma lecture fut de commencer chaque chapitre consacré à ses proches disparus, en lisant leur nom mais aussi leur date de naissance et celle de leur mort, comme pour « Desmond Cook: né le 15 mai 1972-  mort le 26 février 2004« .  Puis de se plonger dans leur vie, leurs espoirs, leurs échecs, leurs amours et la nuit de leur disparition, le choc, le deuil – la réaction de Jesmyn et de sa famille, avec toujours l’ombre de Joshua. Son frère adoré. Son meilleur ami.

Le dernier chapitre lui est consacré, impossible de retenir ses larmes en lisant cette déclaration d’amour pour un jeune homme sérieux, travailleur, amoureux, disparu trop tôt.

Bonne nouvelle donc : le livre a été traduit et publié en français l’an dernier, aux éditions Globe (pour lire un extrait, cliquer sur la couverture).

Et j’ai une pensée émue pour eux :

Roger Eric Daniels, 5 mars 1981 – 2 juin 2004

Desmond Cook, 15 mai 1972- 26 février 2004

Charles Joseph Martin, 5 mars 1981 – 3 juin 2004

Ronald Wayne Lizana, 5 mai 1983 – 5 janvier 2004

Joshua Adam Dedeaux, 27 octobre 1980 – 2 octobre 2000

♥♥♥♥♥

ÉditionsBloomsbury, 2014, 272 pages

Addict ∴ Marie de Noailles et Émilie Lanez

Je ne pensais pas enchainer si rapidement avec une nouvelle autobiographie d’une personne accro aux drogues ( après La nuit du Revolver ) mais j’avais repéré depuis sa sortie le récit de Marie de Noailles et lorsqu’il a été disponible à la BM, je n’ai pas hésité une seconde.

Je l’ai lu en deux soirées, il ne fait que 156 pages. Je vous laisse avec ses premiers mots qui résument à eux seuls le combat de Marie :

Le 8 mai 1975, je vois le jour, moi Marie Alicia Eugénie Charlotte Blandine, seconde fille du duc et de la duchesse de Noailles. Trente ans plus tard, je choisis la vie. je m’arrache à l’alcool, à l’herbe, à la cocaïne, à ces dépendances qui, depuis quinze ans, me possèdent et me consument. je m’appelle Marie, j’ai deux anniversaires et une seule vie.

Qui peut encore aujourd’hui de s’enorgueillir de venir d’une des plus vielles familles de France et de continuer à vivre, à la fin de 20ème Siècle entourée de gouvernantes, de domestiques et aller passer tous ses week-end dans le château familial y pratiquer le polo ? Issue d’une des grandes familles de France, la petite Marie est la cadette, sa sœur ainée Julie sont très privilégiées. Leurs parents leur font profiter pleinement de cette vie : vacances en Afrique, ski en Suisse, la vie de château.

Marie rencontre ses premières difficultés à l’âge de sept ans lorsque son père est nommé en poste à l’ambassade de Washington. Son inscription au lycée français se passe mal et la petite fille intègre finalement une école américaine. A son retour en France, âgée de onze ans, ses difficultés scolaires s’accroissent.  Inscrite dans des écoles privées, Marie en est expulsée tous les trois mois ! Elle se confie une seule fois à sa mère sur cette chose qui la dévore de l’intérieur, mais sa mère croit sans doute qu’il s’agit des premiers émois adolescents.

Marie va découvrir la drogue très jeune, à treize ans seulement, en fumant un pétard au collège. Rien de plus.  Mais chez elle, la drogue agit puissamment et la fait basculer immédiatement dans le monde de l’addiction : elle s’essaye à tous les cachets, à toutes les boissons. Ses parents ne comprennent pas, ou ne veulent pas voir, que leur fille se drogue. A quinze ans, ils acceptent même qu’elle parte en vacances à Ibiza. Forcément, elle s’échappe la nuit et disparait dans les volutes des boites de nuit où l’ecstasy la fait voyager et finit dans les bras d’un homme adulte. Retour en France et première hospitalisation en HP.

La première d’une série incroyable car rien ne peut stopper Marie. A chaque sortie de cure, elle replonge. Elle réussit à arrêter quelque temps la drogue pour se plonger corps et âme dans l’alcool. Elle vide des bouteilles entières, s’écroule à table devant ses parents. Nouvelle cure, nouvel échec. Elle tombe amoureuse, quitte Paris et ses amis riches tous accros, pour aller s’installer dans le Var avec Luigi, le fils d’un garagiste. Mais rien n’y fait. Il l’aime mais elle lui préfère l’alcool et la drogue. Retour à Paris. Ses parents la soutiennent en lui offrant des cures aux quatre coins du monde. Le peu de répit lui permet de s’inscrire dans une école d’art pour apprendre la photographie, mais elle replonge et va même s’installer avec un pseudo artiste quadragénaire qui ne comprend pas qu’elle ne puisse pas contrôler sa consommation de drogues. Marie ne refuse jamais d’aller en cure, elle obéit sagement à ses parents.

Marie est une enfant aimée, mais dans le silence. Sa mère ne lui dira jamais « je t’aime » mais sera présente à chaque rechute. Son père et ses grands-parents également. Alors, pourquoi se demande Marie ? Pourquoi est-elle incapable de vivre sans ? Pourquoi sen sent-elle continuellement rongée de l’intérieur ?

Désormais Marie a 29 ans, ni métier, ni amoureux, ni logement.  Marie est méconnaissable, le corps décharné, elle n’est plus qu’un fantôme.

Marie m’a beaucoup touchée. Fille d’une famille très aisée, elle plonge dans un monde où toutes les classes sociales se mêlent, d’ailleurs elle sera souvent isolée du fait de son statut (comment peut-on tomber si bas en ayant tout à la naissance?). Marie est touchante et en même temps son regard envers cette dépendance est très lucide. Son rapport aux hommes et puis cette recherche perpétuelle d’amour, d’absolution. Son récit n’explique pas l’énigme qui entoure cette soudaine addiction, si jeune, elle se confie sur ce « sentiment permanent de vide, de creux ».

Profondément intime et pudique, Marie ouvre les portes de son passé et les offre à notre regard, dans l’espoir qu’il puisse aider d’autres jeunes hommes et femmes dans la même situation. Elle réussit à exprimer avec clarté et douceur, des souvenirs douloureux et souvent teintés de violence. Son pire ennemi ? Elle-même. 

Un témoignage lumineux que nous offre Marie, une déclaration d’amour à ses parents, son mari, ses enfants. J’ai beaucoup aimé la seconde partie sur sa renaissance (je ne veux pas tout raconter) qui rejoint celle de David Carr, en particulier sur la seule méthode qui a fonctionné.

Marie a réussi à mettre des mots sur ce douloureux voyage avec l’aide d’Emilie Lanez qui a prêté sa plume.

♥♥♥♥♥

Éditions Grasset, 2016, 162 pages