Chercher Sam ∴ Sophie Bienvenu

avril 13, 2018
Chercher Sam ∴ Sophie Bienvenu

Je n’avais pas particulièrement envie de lire ce roman québécois, mais Marie (@Hop sous la couette) ne m’a pas laissé le choix, et Fanny avait adoré. Et puis j’aime bien les personnages paumés, les chiens et Montréal. 

Mathieu vit dans la rue, il est souvent « dans le coin de Masson ». Il ne se sépare jamais de son chien, Sam, une femelle pitbull. Mais un jour, alors qu’il l’a laissée à peine deux minutes, Sam disparaît. Mathieu perd tous ses repères, c’est Sam qui lui a permis de tenir deux ans dans la rue, dans le froid, la solitude. Deux ans, qu’elle lui tient chaud, le protège. Mathieu perd pied. Parti à sa recherche, il retourne chez un pote qui le laisse parfois dormir chez lui. Sa cousine, Gabrielle est de passage. Elle lui propose de faire le tour des rues dans sa voiture.

Tout au long de sa recherche, Mathieu s’ouvre, il redécouvre ce qu’est de se confier à nouveau, parler. Sa seule confidente c’était Sam. Il survit jour après jour mais la disparition de Sam va l’obliger à sortir de sa carapace. Sans protection, il est comme mis à nu. Fragile à nouveau.

Mathieu est né et a grandi dans une famille dysfonctionnelle, une mère suffocante et culpabilisante qui refuse que son fils parte en vacances ou chez des amis. Lorsque Mathieu s’éprend d’une jeune fille, Karine, à l’adolescence, il n’a qu’une envie : fuir avec elle. Mais la réalité les rattrape :  Karine tombe enceinte. Mais peu après la naissance de Lila, le comportement de Karine change. Un jour, elle les quitte. 

Tous deux installés à Montréal, le jeune papa de 18 ans et sa fille tentent de s’acclimater à leur nouvelle vie et Mathieu trouve une voisine pour garder Lila quand il part travailler. Les années passent jusqu’au drame. Et la rue. Et puis Sam, le chien de Lila, qui disparait à son tour….

Un joli roman qui met en lumière ces êtres que l’on croise dans la rue, sans s’arrêter. On sait que leurs parcours de vie ont été difficiles. Sophie Bienvenu porte bien son nom, puisqu’elle les écoute, les accueille et les aide comme le vrai Mathieu, dont on connaît la tragique trajectoire de vie tout au début du roman (prologue). Même si Sophie a souhaité réécrire une autre version de sa vie dans son roman, elle offre un beau portrait de ces fantômes des rues. 

J’ai vraiment apprécié de passer du temps en compagnie de Mathieu mais contrairement à Marie ou Fanny, je n’ai ni pleuré, ni tremblé à ses côtés. Un roman plaisant mais où certaines choses m’ont irritées.

Les plus : j’ai vraiment aimé lire ce roman oral où l’on parle « le Québécois » que j’ai entendu lors de mes séjours (bon, il sacre pas autant Marie !) – cela m’a permis d’être full à Montréal. J’aime le style fluide, les chapitres courts qui correspondent aux pensées de Mathieu. J’ai aimé le rythme et la longueur du roman, pas de digressions, pas de longueurs. 

Ils acceptaient pas les chiens là-bas. Fait que je me suis ramassé sous un porche du centre-ville, dans une ruelle qui sentait les vidanges, le vomi pis la pisse (…) Quand tout le monde dort, le laid pis le pire en profitent pour ressortir. Je voyais pas ça avant. J’essayais de respirer correctement (…) mais ça puait trop. Fait que je suis parti à brailler. Sam léchait mes larmes et me donnait des coups de nez frouillés. Froids pis mouillés. 

Les moins : Mathieu – oui, le personnage principal. Le roman ne tombe jamais dans le mélodramatique mais j’ai quand même trouvé que Mathieu souffrait d’atermoiement. Il se complait dans son malheur. J’ignore si c’était souhaité de la part de l’auteur, pour expliquer ce que ressentent les sans-abris, cette solitude qui les plonge dans cette conversation sans fin avec eux-même. Il semble revivre éternellement les mêmes émotions et souvenirs. Des souvenirs d’ailleurs un chouïa trop précis à mon goût de son enfance. Sa mère était clairement une femme malade mais Mathieu, dorénavant adulte, semble incapable de prendre du recul sur son passé.  Il ressemble à un éternel adolescent.

Je sais qu’il a énormément souffert mais c’est malheureusement le sort de la majorité des gens. En fait, il est tellement centré sur ses besoins que les autres personnes autour de lui ne semblent exister dans son monde que pour le servir, que ce soit ses parents ou sa petite amie, ou Gabrielle. J’ai été frappé par son comportement envers Karine qui ne veut pas de cet enfant mais à qui il impose cette grossesse. Il ne la considère jamais comme une personne ayant son libre arbitre. Il l’attend encore cinq ans après son départ, comme si elle lui était due. Et il semble subir toute sa vie, avant même d’être à la rue.

Je sais que vivre dans la rue est violent et traumatisant  mais mes difficultés à apprécier ce personnage l’ont emportées.  Dans tous les cas, Sophie Bienvenu a su mettre en lumière ces personnes que l’on croise sans voir.

♥♥

Éditions Le Cheval d’août, 2015, 186 pages

18 commentaires
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18 commentaires

keisha avril 13, 2018 - 7:16

J’aime bien les + et les – du billet.

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Electra avril 13, 2018 - 7:20

Merci ! Pour moi, les – l’ont emportés sur les +, mais pour d’autres, ce fut l’inverse ! Il devrait plaire à beaucoup ….

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Fanny avril 13, 2018 - 8:41

Je comprends tes bémols. Si je n’avais pas été autant touchée, ceux-ci m’auraient sûrement irritée.

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Electra avril 13, 2018 - 8:49

Oui ! J’ai pensé à toi en le lisant. Son histoire est touchante mais ça n’a pas marché pour moi

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luocine avril 13, 2018 - 10:56

j’aime bien aussi les plus et les moins je vais essayer de m’en inspirer et cela n’empêche pas d’avoir envie de lire ce roman.

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Electra avril 13, 2018 - 11:16

Merci ! Fanny et Marie ont beaucoup aimé. Moi non mais il y a de jolies choses donc je le dis aussi !

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Edwige Mingh avril 13, 2018 - 10:57

Par principe, je détesle les histoires de chiens perdus… J’ai trop peur pour les nôtres !!!

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Electra avril 13, 2018 - 11:17

Pareil .. j’avoue j’ai triché et ouf .. l’histoire finit bien de ce côté-là 🙂

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Anne avril 13, 2018 - 1:43

J’ai été très touchée par ce roman, je trouve Mathieu très crédible, contrairement à tes bémols, je pense que de telles réactions psychologiques existent réellement…

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Electra avril 13, 2018 - 3:19

Oui je sais que beaucoup de lecteurs ont été touchés et émus. Tant mieux ! Mais la lecture est subject et différente selon chaque lecteur. Certains ont pleuré, moi je n’ai pas réussi à le trouver attachant. Je suis émue par des personnages que d’autres lecteurs n’ont pas aimé. C’est pour cela que je dis ici que ce roman plait beaucoup et qu’il ne faut pas s’arrêter à mon avis. Mais je sais que d’autres lecteurs auront peut-être les mêmes freins (Marie n’a pas accroché aux personnages d’un roman alors que moi je les ai adorés).

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Marie-Claude avril 14, 2018 - 5:57

Tu sais ce que j’en pense!
Je suis un peu étonnée, comme tu l’as été pour le Canty.
Pour une fois qu’on se dissocie!!!

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Electra avril 14, 2018 - 6:25

Oui ! Intéressant qu’on ait eu les mêmes bémols mais pour deux lectures différentes j’ai adoré le CANTY et les personnages ..

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Lili avril 16, 2018 - 10:06

Je l’avais noté après le billet enthousiaste de Fanny. Tu me fais dire qu’il ne faut peut-être pas que j’en nourrisse trop d’attentes. « On ne sait jamais » !

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Electra avril 16, 2018 - 1:43

Marie (hopsouslacouette) et Fanny ont vraiment beaucoup aimé, Fanny a été très émue. Mais chaque lecture est personnelle, j’ai effectivement été gênée par sa vision des autres et son apitoiement. Je ne sais pas, je n’ai pas réussi à passer au-dessus. A l’inverse, j’ai adoré les personnages du roman de Kevin Canty et Marie ne les a pas supportés 🙂 Cela dépend de notre propre vision du monde, si tes bémols « te parlent » alors oui, peut-être faut-il le lire mais ne pas avoir trop d’attente …

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Titezef avril 25, 2018 - 9:32

C’est vrai que l’on a pas tous la même lecture d’un roman identique. Et heureusement tu me diras.
Dans tes moins, en fait moi j’ai plutôt vu un un petit garcon qui n’a pas grandi (avec sa mère castratrice et le père n’en parlons pas…totalement sous la coupe de sa femme). Et il est resté un éternel ado …qui attent sa fiancée ,l’éternel amour de sa vie.
J’avais pas vu cela du côté « tout m’est du » mais plutôt un côté naïf..une fiancée/un enfant/un chien/une maison est l’équation à un parfait bonheur pour lui.
Mais je peux comprendre tes bémols.
Aujourd’hui cette histoire m’a touchée comme peu arrive à le faire…le bon moment pour cette lecture faut croire 😉

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Electra avril 25, 2018 - 9:36

Oui il a plu et tant mieux. De mon côté je n’ai pas aimé tout ce que tu as vu le côté éternel adolescent, sa relation aux femmes ! Je crois aussi que le lecteur le voit en fonction de sa propre expérience

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Titezef avril 25, 2018 - 10:12

J’en suis totalement convaincue, notre expérience de vie influe malgré nous (ou pas d’ailleurs) sur notre ressenti de lecteur/lectrice.

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Electra avril 25, 2018 - 10:17
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