Alexis Vassilkov (ou la vie...) ∴ Bernard Prou

février 7, 2018
Alexis Vassilkov (ou la vie...) ∴  Bernard Prou

Alexis Vassilkov ou La Vie tumultueuse du fils de Maupassant est une fiction signée Bernard Prou.  L'auteur s'attache à raconter la vie trépidante d'un homme hors du commun : le sois-disant fils caché de Guy de Maupassant. Aucune biographie n'a jamais mentionné l'existence de ce fils caché. Trois enfants illégitimes ont été identifiés mais point d'Alexis. Normal, car il est né de l'imagination du romancier. Je le dis de suite, car j'ai cru qu'il s'agissait d'une histoire inspirée de la réalité, l'auteur ayant eu des enfants illégitimes. 

Alexis Vassilkov (ou la vie...) ∴  Bernard ProuQu'importe, revenons à l'histoire :  Maupassant s'éprend peu de temps avant sa mort, de la syphilis, d'une jeune femme peintre russe : Lioubov Vassilkova. De leur union naît un fils : Alexis (Aliocha). Malheureusement la maladie plonge le romancier dans la folie et il doit finir sa vie interné. Lors de ses rares moments de lucidité, il accueille avec joie la naissance de son fils et lui lègue des biens, sans jamais le reconnaître. La jeune femme connaît une certaine célébrité mais regrette son pays, et en particulier sa ville natale, St Petersbourg. Lioubov repart avec son fils, âgé de 14 ans en Russie, à la veille de la révolution. Les communistes ont pris le pouvoir, Alexis est un brillant étudiant qui choisit la psychiatrie comme spécialité. Les années passent et il fait bientôt partie de l'entourage proche de Staline. Ce dernier aime l'avoir près de lui, mais se méfie de cet homme à qui il s'est parfois longuement confié. Le dictateur préfère éloigner son médecin en le déportant brutalement au goulag de Mirny, à l'autre bout du pays en Sibérie.

Installé sur une île, reliée par un seul pont à un village yakoute, le goulag est l'enfer sur terre. Les conditions de vie sont terribles (la température descend à près de -50°C l'hiver) et les gardiens sont de véritables bourreaux. Les hommes meurent de froid, de maladies et surtout de la violence des gardiens. Prou n'épargne pas les détails morbides.  Mais Alexis échappe au mauvais sort car il est médecin. Embauché à l'infirmerie, il tente de sauver ses congénères (les gelures sont fréquentes et il doit amputer des membres). Alexis a rencontré lors de son transfert, un homme passionnant, Simon, également francophile. Les deux hommes deviennent très proches. Simon a grandi en France et son père était un ami de Lénine.

L'épopée d'Alexis ne fait que commencer. Il rencontre l'amour auprès d'Ayami, la fille d'un chamane yakoute.  La même année, Alexis réussit à s'évader avec femme et enfant. A travers un périple impressionnant et très dangereux, il réussit à retrouver la liberté et rentre en France en 1940. Mais l'Allemagne occupe la France et choisit rejoindre la Résistance dans le maquis de Haute-Loire...

Un homme hors du commun, oui, sans aucun doute. Rarement ai-je rencontré un personnage aussi intelligent, passionné et courageux. Pris dans les remous de la grande Histoire, Alexis ne s'avoue jamais vaincu. Son parcours est impressionnant, son amour pour sa femme et son fils, sa loyauté envers ses amis, ses combats. 

Alors ? Malgré un début prometteur, le temps au goulag passionnant, je suis ressortie déçue de cette lecture. Le livre est reparti vers de nouvelles aventures. L'auteur accumule les maladresses narratives et stylistiques. J'ai trouvé l'écriture d'un niveau très faible, contrairement à ce qu'un célèbre libraire a pu dire. L'histoire, racontée de manière linéaire, aurait sans doute méritée un traitement un peu plus moderne et les trois parties sont inégales. 

Car le livre manque cruellement de souffle et d'unité. L'auteur décide de mettre en avant le fils d'Alexis et son histoire d'amour, délaissant son premier personnage à la fin de sa vie. Et j'avoue que j'ai trouvé cette partie nettement moins intéressante.

L'auteur a tenté, en vain, d'aborder plusieurs thèmes majeurs, mais la tâche était trop grande pour lui. Restent les passages sur le goulag, passionnants malgré leur dureté et un portrait sans fard de la France collaboratrice. Une lecture agréable mais que j'ai depuis presque totalement oubliée. 

♥♥♥♥♥

Editions Le livre de Poche, 2016, 432 pages

8 commentaires
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8 commentaires

Jerome février 7, 2018 - 12:10

Mince, il est dans ma pal 🙂

Electra février 7, 2018 - 3:10

Il te plaira peut-être plus qu'à moi ? La première partie est plutôt réussie

keisha février 7, 2018 - 1:36

S'il n'avait pas été le fils de Maupassant, le roman aurait pu être semblable, non? (suffisait de trouver le prétexte pour qu'il aille en France) J'ai l'impression que c'est un poil décousu et copieux, cette affaire là? Aaaah si ce fils n'avait pas été fictif! ^_^ J'attends l'avis de Jérôme.

Electra février 7, 2018 - 3:12

Au départ, j'ai cru que c'était une histoire vraie (le fameux chroniqueur télé l'a cru aussi ..) donc c'était plutôt excitant - mais oui, sans être "fils de" le roman aurait pu fonctionner mais avec une écriture plus travaillée et un rythme plus incisif (de l'édition aussi)
Mais il a eu beaucoup de succès à sa sortie car l'épopée est intéressante entre révolution bolchévique et occupation allemande 🙂

Marie-Claude février 7, 2018 - 4:45

C'est pas pour moi, ça!

Electra février 7, 2018 - 5:42

Non, effectivement ! et puis je n'ai plus le livre .....

Titezef février 7, 2018 - 10:31

J'avais hésité à sa sortie. Mais là j'hésite plus. Ton résumé me suffit. Trop brouillon comme histoire .

Electra février 7, 2018 - 11:06

Je sais - mon avis est sans doute plus tranché et moins enthousiaste que la majorité. Au début j'ai beaucoup aimé puis le style et l'évolution de l'histoire m'ont perdu. Je viens de lire un autre roman "historique" que j'ai nettement plus aimé ! Un gros coup de coeur. J'en parlerai la semaine prochaine 🙂

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