Un élément perturbateur ∴ Olivier Chantraine

Quatrième lecture pour le Prix du roman FNAC  – j’aimerais savoir qui sélectionne les romans pour ce prix, car j’avoue que pour le moment, un seul livre m’a semblé mériter sa place dans cette pré-sélection.

J’avoue que cette lecture aura été mi-figue mi-raisin, à certains moments, je me suis amusée, je ne m’en cache pas mais ces quelques sourires n’auront pas suffi.

Le narrateur s’appelle Serge, célibataire, il vit chez sa sœur. Analyste financier dans une holding multinationale, il est chargé de faire fructifier les bénéfices d’entreprises françaises à l’étranger par des montages financiers leur évitant toute forme d’imposition. La Offshore Investment Cie. Le truc très à la mode. Serge s’y ennuie. Il n’y est pas entré par hasard – son frère ainé, François, n’est autre que le Ministre de l’Économie et des Finances et lui a trouvé ce poste.

Une carrière à l’opposé de celle de Serge qui végète dans sa vie professionnelle et personnelle. Mais notre grand garçon est un éternel maladroit, rêveur et aime bien sa vie telle qu’elle est. Sa sœur, Anièce (l’orthographe m’a fortement perturbé pendant ma lecture) lui prépare son café et ses mouillettes chaque matin, lui lave son linge. Bref, la vie rêvée sauf que… Serge a 44 ans.

Il fantasme sur Laura, sa collègue. Une jeune femme à la beauté extraordinaire qui est en fait un vrai requin. Elle veut absolument réussir sa carrière et est prête à tout pour obtenir une promotion ou un poste à l’étranger. Alors lorsque le Ministre leur demande de conclure un contrat avec les Japonais, elle se jette sur cette opportunité. La mauvaise surprise ? Serge est invité et doit s’envoler avec eux pour le Japon. Or Serge est victime d’aphasie – au moment de s’exprimer, son stress l’empêche d’émettre le moindre son. Seule Laura est au courant. Un autre mystère : Serge est incapable de mentir et lorsqu’un Japonais lui demande si ce contrat est avantageux pour eux, il leur dit tout de go, que non ! Provoquant de fait une crise diplomatique, il subit la fureur de son patron et la colère de son frère.

Sortons de l’histoire pour nous attacher au style : plaisant, le roman se lit facilement et j’avoue que j’ai même eu un gros fou rire à un moment donné. J’ai cru m’être rabibochée avec l’histoire et les personnages, mais ce ne fut malheureusement que temporaire. Car, selon moi, le roman souffre de plusieurs bémols.

Excepté pour Serge, dont le personnage est approfondi, les autres personnages sont caricaturaux : le gros chef d’entreprise fan de westerns et de cowboys, les patrons tous de « vrais porcs aux idées mal placées » , orgueilleux.

Et ils sont avides d’argent, mais n’est-ce pas un peu évident quand on bosse dans ce genre de compagnies, non ?

Le roman se passe de nos jours et pourtant j’ai eu l’impression de faire un bond dans le passé avec une vision très sexiste des femmes :  des femmes fatales froides et calculatrices (Laura) ou des « femmes mères » (sa sœur). Le héros ne supporte pas que la première le jette et que sa sœur ait une vie intime (et donc cesse de lui faire la cuisine, le ménage…). Les années 70 ?

Revenons à Serge, ce François Pignon bis. S’il est amusant avec son aphasie et son incapacité à mentir, reste qu’il est profondément vaniteux, orgueilleux et égocentrique. Il est incapable de faire son auto-critique : son monde s’écroule autour de lui et c’est toujours la faute des autres. En colère contre son frère, il déclare « ne plus vouloir travailler pour lui » (sic) Très drôle quand on sait qu’il n’a jamais eu à chercher de travail, son frère lui a ouvert les portes de cette société, il n’a jamais eu à travailler d’arrache-pied et même après ses bourdes, l’entreprise ne peut pas le virer.

Il donne des leçons de vie à du personnel d’une entreprise provinciale (encore une vision caricaturale des provinciaux et des employés d’une PME). Et le voilà à sermonner les autres….

L’auteur adore les métaphores, censées apporter une touche d’humour, malheureusement, il en utilise beaucoup trop et comparer les désagréments de Serge à la deuxième guerre mondiale ou au tsunami de 2004 finissent par lasser et produire l’effet inverse à celui recherché.

J’avoue que je me suis posée une question après ma lecture : quel est le but de ce roman ? Olivier Chantraine voulait-il détruire l’image de ces sociétés qui œuvrent discrètement pour spolier le fisc français en créant des montages financiers offshore et occultes ? Je n’en vois pas l’intérêt. Les livres à ce sujet sont multiples et ce n’est pas une révélation. Ou voulait-il rendre hommage aux comédies françaises des années 70 et 80 où le héros, maladroit, tête en l’air, provoque des catastrophes et séduit les plus belles ? Soit, mais je préfère largement les films à ce roman.

Ou nous dit-il que l’homme moderne n’existe pas ? Qu’un homme heureux est celui qui vit encore chez sa sœur à 44 ans, refuse qu’elle refasse sa vie, passe son temps à critiquer ceux qui lui fournissent le gîte et l’argent (son frère) et donne des leçons de morale ?

Je n’ai pas saisi le but de ce roman. Le style est plaisant, mais le personnage devient imbuvable à la fin du roman, son apitoiement est fatiguant et on devine la chute beaucoup trop tôt. Un roman bavard où le narrateur nous fatigue avec sa vision du monde, celle de son nombril …. et j’ai ri jaune à la fin, quand je vois que cette femme, supposée intelligente, abandonne tout pour lui et ses  « fulgurantes pensées« .

Cette lecture et une autre, dans le cadre de ce prix littéraire, me rappellent les difficultés que j’ai avec les romans français en général. J’ai heureusement trouvé depuis des auteurs différents.

 Éditions Gallimard, 2017, 288 pages

 

12 thoughts on “Un élément perturbateur ∴ Olivier Chantraine

  1. Rha, c’est chouette! Bien décortiqué, et à la limite j’irais bien me faire du mal en le lisant. Anièce m’aurait aussi perturbée , je l’assure (quel prénom?)
    Bref, parfois je suis bien contente de ne jamais être choisie pour des prix.^_^
    Et cela conforte mon peu de gout pour les auteurs français (mais certains passent au travers des gouttes, bien sûr, j’ai ma liste!)

    1. Si tu veux te « faire du mal » pourquoi pas ? Je me suis posée la question d’un lectorat masculin : je pense qu’ils aimeraient le personnage de Serge, sa bouffonnerie mais en tant que lectrice femme, c’est autre chose ! Je n’ai pas eu de chance, le prix proposait plus d’une centaine de livres et j’ai eu le malheur d’en recevoir 3 que je n’ai pas aimés (mais j’ai aussi eu le coup de cœur pour le roman de Charlotte Pons et j’ai bien aimé l’essai de Camille Laurens).
      Pour les auteurs français, j’avais aussi fini par en trouver des très biens (Antonin Varenne, Valentine Goby, etc.) mais là j’ai retrouvé tout ce que je n’aime pas malheureusement !

  2. Je n’arrive pas vraiment à trouver un auteur français qui retienne mon attention… et ce n’est pas demain que çà va commencer !!! Dans ma sélection de l’été, il n’y avait qu’un bouquin « sérieux », Civilisations de Régis Debray, qui remet bien les idées en place…

    1. J’ai longtemps ignoré les auteurs français puis j’ai découvert Antonin Varenne et Valentine Goby et dernièrement, Camille Pons. Ici, ce roman me fait penser à la littérature des années 70, machiste et se voulant drôle, un décalage avec l’époque (et les hautes finances) qui m’a perturbé.

  3. un roman que je ne lirai pas! tu as raison de mettre en avant ton questionnement sur le but de ce roman…il m’arrive régulièrement de lire un livre, ou même regarder un film, et de me demander pourquoi il a été écrit ou réalisé… qu’est-ce que l’artiste souhaitait dire/transmettre?
    ce roman semble finalement assez vain, non?

    1. Oui, je relis mon billet (je le corrige légèrement) et je me suis posée la question. J’ai eu l’impression d’être dans une mauvaise série B des années 70 – les hommes égocentriques et éternels adolescents et les femmes vénales. Et, oui, je me suis posée la question sur le message à transmettre ? ou alors je suis simplement passée complètement à côté !
      Tu fais bien de passer ton chemin 😉

  4. J’avoue que je ne lirai pas ce roman. Et puis non, je peux enlever les trois premiers mots de ma phrase. Je ne lirai pas ce roman 😉

    1. Je pense qu’il pleut plaire à un certain lectorat (masculin et qui se reconnaitrait un peu dans le personnage) mais oui avec la rentrée, je me fie aussi aux avis des blogueurs et blogueuses 🙂

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