Do not say we have nothing ∴ Madeleine Thien

août 2, 2017
Do not say we have nothing  ∴  Madeleine Thien

C’est en regardant la chaîne de Jennifer que j’ai découvert ce roman. Jennifer l’a lu l’an dernier et depuis ne cessait de reparler de ce roman qui l’avait beaucoup marqué. J’ai fini par craquer et je l’ai commandé même si le lieu sort de ma zone de confort ! Me voilà embarquée à Vancouver, au Canada en 1991.

Marie, dix ans, vit avec sa mère, lorsqu’elles accueillent une jeune femme, Ai-Ming, qui a fui la Chine après les évènements de la place Tiananmen. Peu à peu, les deux jeunes filles apprennent à se connaître et Marie découvre que Mai-Ling connaît bien l’histoire de sa famille. Marie et sa mère vivent dans le deuil depuis le suicide du père de Marie à Hong Kong il y a quelques mois. Son père avait quitté brutalement le domicile conjugal et avait tenté de rejoindre la Chine alors que lui-même était un réfugié politique et n’avait plus la nationalité chinoise. Pour quelle raison ? Et pourquoi a-t-il choisi de mettre fin à ses jours en se jetant de la chambre de son hôtel ?

Marie et sa mère ont récupéré ses affaires dont un vieux carnet à la calligraphie ancienne qui fait partie d’une série racontant les aventures de deux amants en Chine qui doivent fuir pour vivre ensemble. Ce carnet a été écrit à la main par le père de Marie. Mai-Ling en connaît l’histoire.

Madeleine Thien s’est lancé un pari assez fou : raconter non seulement l’histoire de la Chine depuis la fin de la première guerre mondiale, mais aussi l’ascension de Mao Tsé-Toung, les purges et les émeutes de Tiananmen à travers plusieurs personnages : la famille de Marie et celle de Ai-Ming.

La famille d’Ai-Ming aura traversé le 20ème Siècle et connu tous les remous de l’Histoire, que ce soit l’invasion japonaise de la seconde guerre mondiale, la prise de pouvoir par les communistes, les purges, la famille, les camps de travail, les émeutes. L’auteur livre un portrait unique et puissant de ce peuple qui acceptera, sans se soulever, de vivre sous cette dictature pendant près de 50 ans (de 1949 aux émeutes de 1989).

Et Thien réussit un autre pari fou : nous raconter cette épopée en dressant le portrait de jeunes musiciens très attachants : le très timide et exceptionnel compositeur Sparrow, sa nièce Zhuli, une petite fille prodige du violon et son ami du conservatoire, énigmatique et très doué pianiste Kai. On apprend assez vite qu’Ai-Ming est la fille de Sparrow et Marie celle de Kai.

L’auteur nous dévoile leurs secrets : l’amour inconditionnel de la musique classique et des auteurs européens mais très rapidement la propagande communiste va condamner ces musiciens au silence et fermer le conservatoire. Pendant ces décennies de révolution culturelle à la gloire de Mao, ils vont devoir lutter ensemble et résister pour continuer à exercer leur passion. Mais le régime totalitaire mettra fin abruptement à leur carrière. Forcés d’imaginer une vie sans instrument et sans musique, Kai et Sparrow tenteront de se reconstruire, tandis que Zhuli, déjà séparée de ses parents, envoyés dans des camps de travail (anciens propriétaires terriens, ils ont été chassés et condamnés pendant une purge), devra trouver une raison de continuer à vivre.

Leurs combats influenceront les vies de leur progéniture, Marie et Ai-Ming. Le roman s’étire ainsi jusqu’à l’âge adulte de Marie et son désir de retourner sur les terres de ses ancêtres et ceux de son père.

Que dire ? J’avoue que j’ai eu un peu peur au début du roman, l’auteure consacrant une grande part des premiers chapitres aux héros de ces carnets mystérieux, (la calligraphie est un art reconnu en Chine) recopiés par un jeune homme pour déclarer sa flamme à une jolie chanteuse et qui racontent également l’histoire de la Chine, sa culture, ses mythes. Mais fort heureusement, l’auteure s’attache ensuite à raconter l’adolescence de Sparrow et de Kai, puis celle de Zhuli, leurs années de conservatoire, leur amour inconditionnel de la musique. J’ai admiré la passion de ces jeunes gens pris soudainement dans le tumulte de la révolution culturelle.

Un aveu à vous faire : je connais mal l’histoire de la Chine et surtout j’ignorais à quel point le régime de Mao avait été violent, totalitaire et terrorisant pour la population. Des familles entières étaient envoyées dans des camps de travail pour ne plus jamais revenir. Puis dans les années 60 et 70, le gouvernement décidait où vous alliez travailler et séparait souvent les couples en les envoyant travailler dans des villes différentes. Enfin, une partie de la population ne cessait d’espionner ces voisins et de les dénoncer, et de les harceler pour une robe jugée « capitaliste’ ou une coiffure (la natte longue) jugée trop « bourgeoise ».

Je me suis très vite attachée aux personnages, à leurs rêves, leurs espoirs – j’ai adoré Sparrow et Zhuli et je ne voulais plus les quitter. Madeleine Thien écrit merveilleusement bien, elle réussit à recréer l’intimité de ces familles, leur sagesse et leur complexité. Son pari est une réussite avec en prime une méditation sur la Chine d’aujourd’hui et les aspirations des nouvelles générations.

J’ai également adoré ainsi toutes les traductions d’idéogrammes, l’explication de l’homonymie si présente dans la langue chinoise.

Une plongée dans la Chine qui m’a, vous l’aurez compris, totalement envoutée. J’ai repoussé de quelques jours la lecture des dernières pages, n’ayant pas envie de quitter ces personnages.

Et pour la petite histoire, le titre du livre est extrait de la version chinoise de l’Internationale. J’ai vraiment hâte qu’il soit traduit en français !

Il y a quelques jours, on rendait hommage aux étudiants ayant osé, avec les ouvriers, défier le pouvoir en place en 1989. Beaucoup ont été arrêtés, torturés et d’autres sont morts. Une pensée pour eux.

♥♥♥♥♥

[highlight color= »color here »] Éditions Granta Books, 2017, 480 pages [/highlight]

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10 commentaires

keisha août 2, 2017 - 9:38

Sans doute belle lecture, mais là, maintenant, non… (je connais un peu l’histoire, aussi)

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Electra août 2, 2017 - 9:42

pas le temps ? je pense qu’il t’irait comme un gant avec la musique classique au coeur de l’histoire et la Chine ! Il sera traduit, j’en suis certaine 😉

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Eva août 2, 2017 - 1:31

très tentant ce roman! par contre j’attendrai qu’il soit traduit en français!

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Electra août 2, 2017 - 1:55

Oui je comprends ! il est très foisonnant mais te connaissant, il est fait pour toi !

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Marie-Claude août 2, 2017 - 1:47

J’attends sa traduction. Ça me donne un peu de répit!

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Electra août 2, 2017 - 1:56

Oui 😉 tu vas beaucoup aimer les personnages, surtout quand ils sont au conservatoire et l’histoire, enfin il est magnifique. Hâte de savoir qui va le publier !

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La Rousse Bouquine août 4, 2017 - 11:10

Après mon voyage en Chine en avril, tu me donnes forcément très, très envie de le lire !

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Electra août 4, 2017 - 11:13

Ah oui ! Tu n’as plus le choix !

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Jackie Brown août 4, 2017 - 5:11

Il attend sur mon Kindle.

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Electra août 4, 2017 - 5:12

Bonne lecture alors !

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