Que la bête s’éveille ∴ J.&J.Kellerman

Étrange histoire que ce roman – je l’ai reçu dans le cadre du challenge du Prix du Meilleur Polar des lecteurs de Points – j’ai reconnu le nom des auteurs, Jonathan Kellerman, l’auteur de nombreux romans, psychiatre clinicien de formation et son fils Jesse, l’auteur du roman Les Visages, lu à sa sortie en 2010.

Je n’ai pas fait trop attention à la bestiole sur la couverture, ni à l’histoire – j’ai lu le bandeau avec le gentil mot de Stephen King – et je me suis souvenue que son avis enthousiaste sur un autre roman (Les Maraudeurs) avait eu un effet plutôt négatif sur les possibles lecteurs.  Puis me voilà lancée dans l’histoire .. z’êtes prêt ? Car il faut avoir l’esprit grand ouvert et les neurones connectés pour lire ce roman – mais pari réussi : j’ai avalé les 670 pages en une seule journée 🙂

quelabe%cc%82teseveille-kellermanJacob Lev, jeune inspecteur de la police de Los Angeles et fils de rabbin est appelé sur les lieux d’un crime. Le flic est surpris puisqu’il a été récemment muté à la circulation, chargé de mener des statistiques sur les accidents. Ce sont deux molosses qui se présentent à son appartement – ils appartiennent à une section très spéciale de la police. La victime a été retrouvée dans une maison abandonnée sur les collines d’Hollywood. A son arrivée, Lev est reçu par un médecin légiste qu’il ne connaît pas et découvre une tête, sans le reste du corps (amusant car sur certains sites en ligne genre A…z ils disent l’inverse), posée sur le sol de la cuisine. A côté de la tête, du vomi, mais pas de trace de sang. Lev comprend pourquoi on l’a appelé : on a gravé sur le plan de travail un mot en hébreu : Justice.  Jacob, élevé dans la religion, se voit confier l’enquête.  Ses investigations vont le mener à voyager, géographiquement et dans le temps – puisqu’elles le plongent au cœur du mythe ancestral du Golem – une créature hébraïque façonnée au 16ème Siècle par le Maharal, à partir d’argile. Golem est un ogre qui protégeait le ghetto. Dépourvu de parole car un parchemin était noué sur sa langue, il obéissait à ses maîtres. Une légende veut que le Golem, ou plutôt ce qu’il en reste, soit entreposé dans la Genizah, un entrepôt des vieux manuscrits hébreux de la communauté juive de Prague, qui se trouve dans les combles de la synagogue Vieille-Nouvelle de Josefov.

Mais revenons à l’enquête : l’ADN a parlé : la victime est en fait un assassin, recherché dans le cadre de des meurtres non élucidés de plusieurs femmes. Mais il n’a toujours aucune identité. Le jeune homme reprend l’enquête à zéro – qui étaient les victimes de cet inconnu ? Les crimes ont eu lieu à Los Angeles puis à New York, la Nouvelle-Orléans, Las Vegas ou Miami – pourquoi ?  Lorsqu’un des policiers lui confie qu’un policier tchèque a eu à faire à un crime similaire : une tête décapitée, du vomi et un message en hébreu. Lev décide d’embarquer pour la vieille Europe et le ghetto de Prague – berceau de ces mythes hébraïques.  Son père,  un homme pieux lui demande de profiter de son voyager pour honorer un des hommes les plus vénérés de leur religion, qui a vécu au 16ème Siècle, dans la capitale tchèque, le Rabbi Loew.

rabbi_lowSon enquête le plongera au cœur du mythe du Golem et va profondément bouleverser ce jeune policier. Auparavant, il a croisé l’espace d’une nuit une femme sublime mais depuis des hallucinations se manifestent. Et pire encore, elle provoque chez lui de graves troubles physiques. Autre fait encore plus troublant : la présence envahissante de scarabées…

Et vous trouvez ça étrange ? Attendez de lire la suite : parallèlement à cette enquête, les Kellerman ont décidé de faire partager au lecteur le mythe du Golem – et nous suivons donc en parallèle l’histoire d’Acham, la sœur d’Abel et de Caïn – leur lutte fraternelle, la mort de l’un, la fuite de l’autre et l’esprit de vengeance qui va animer la jeune femme.

Alors, voilà – moi qui ne suis pas du tout attirée par l’ésotérisme – et encore moins par la religion, comment le roman a-t-il pu autant me plaire ? Impossible de le dire – enfin si, quelques pistes – le personnage principal Jacob Lev est faillible, attendrissant – il aime profondément son père, presque aveugle – celui-ci l’a élevé dans la religion et rêvait de le voir devenir rabbin – mais Jacob a choisi d’être policier. Pourtant les deux hommes sont inséparables. Une très belle histoire d’amour filial entre un fils et un père. Il y a également le poids de la religion – Jacob avait cessé de pratiquer mais cette enquête va le pousser à réfléchir sur ses croyances. Et là, le glossaire joint en fin du livre est indispensable ! Les Kellerman nous font découvrir toutes les prières qui accompagnent quotidiennement les hommes de foi mais aussi les juifs pratiquants. C’est passionnant.

prague-cimetiereEnfin, si j’ai été au départ perturbée par l’histoire parallèle, d’Acham, j’ai fini par être passionnée par sa quête de vengeance et par sa transformation. Yankele. Son temps à Prague, sous une forme différente, et les personnages de Rebbe et Perel. Ceux qui connaissent la religion en sauront plus que moi – moi je suis allée de découverte en découverte. Enfin, autre point positif du roman :   Prague – je suis allée passer huit jours à Prague il y a quelques années, j’ai visité ces lieux pieux. Un souvenir très émouvant.

Voilà, je n’ai pas lâché le livre – le père et fils Kellerman ont fait ensemble un super travail en rendant accessible au lecteur une partie de l’histoire du peuple juif, en expliquant mieux leur culte et les fondements de leur croyance, ou celle de leur langue, l’hébreu – et ses multiples interprétations.

Mes bémols ?  J’avoue que la fin, très ésotérique m’a semblé quelque peu brouillon et expédiée.  Je n’ai pas du tout cru à l’histoire de la petite « bébête » (je n’en dis pas plus sous peine de révéler la fin mais sachez qu’on part dans le fantastique).  Mais la reconstitution la vie du ghetto de Prague et toute l’enquête qui va mener Lev de Prague à Oxford sont vraiment passionnantes.  Et ne perdons pas de vue les hommes dont la tête a été coupée et les jeunes femmes assassinées et les Kellerman arrivent à ne jamais nous perdre dans ce dédale et je les en remercie vivement.

Bref, je rejoins donc l’avis très enthousiaste de Stephen King !

♥♥♥♥♥

Editions Points, The Golem of Hollywood, trad. Julie Sibony, 670 pages

 

12 thoughts on “Que la bête s’éveille ∴ J.&J.Kellerman

  1. Désolée! Je reste de marbre et j’en suis fière. 670 pages en une seule journée? Tu étais en feu?!
    J’avais oublié ce que Stephen King avait pensé des « Maraudeurs ». Eh ben sur ce coup, il avait vu juste.

    1. je me doutais que ce n’était pas pour toi ! Je l’ai lu il y a une dizaine de jours et oui en une seule journée – là après une incapacité à lire à cause du rhume, j’ai réussi hier soir à relire une quarantaine de pages, hourrah ! Oui, j’adore King 😉

  2. Quelle vitesse! Tu me bats!
    Mouais quand même, l’ésotérique et tout ça, bof. Sans doute trop de kaddisch aussi à réciter là dedans, je sens l’hécatombe… ^_^

  3. Génial ! je ne savais pas de quoi parlait ce livre, et pour être franche, il ne me tentait pas du tout. J’ai beaucoup lu de romans de Jonathan Kellerman quand j’étais plus jeune et je me suis lassée – de Jesse Kellerman j’avais lu effectivement Les Visages, qui m’avait bien plu, mais j’en avais tenté un autre que j’avais trouvé raté… J’ai également lu quelques romans de l’épouse et mère, Faye Kellerman, qui tournent eux aussi autour du judaïsme.
    Du coup je note celui-là, ton enthousiasme est contagieux et le thème me plait beaucoup.

    1. Je savais que tu allais être tentée vu le crime. J’ignorais que tu connaissais si bien les Kellerman ! Mais oui il est très intéressant sur la religion hébraïque

      1. C’est bizarre, en regardant pour me procurer le livre j’ai vu qu’il était sorti avec deux titres différents ! En grand format (Seuil) il s’appelle « Le Golem d’Hollywood » (qui correspond au titre original )… Il y a déjà deux autres tomes qui sont sortis aux USA 🙂

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