Les étoiles s’éteignent à l’aube

Quelle claque ! En lisant le billet de Marie-Claude, je savais qu’il serait mon premier achat fait au Canada – ma fierté ? L’avoir acheté à la librairie située sur la réserve des Hurons-Wendats à Québec ! Et quelle librairie – un libraire passionné qui ne vend que des auteurs indiens (librairie présentée ici). 

richard wagameseJ’ai été happée par cette histoire humaine très forte entre un père et un fils qui vont enfin se retrouver et surtout « se trouver » malheureusement au crépuscule de la vie pour le père. Franklin Starlight est Indien, il a grandi auprès d’un vieil homme qu’il appelle « Grand-père » mais dont il sait qu’il ni son grand-père, ni sa vraie famille. L’enfant grandit sur cette ferme et apprend beaucoup auprès du vieil homme – il a six ans lorsqu’un homme se présente à lui, un Indien, qui travaille dans les exploitations forestières. L’homme se présente : il est son père. Il annonce vouloir prendre soin de lui, être présent dans sa vie. Mais le vieil homme a des doutes. Il ne réapparait que l’année suivante : le grand-père a emmené l’enfant voir celui-ci, l’homme vit dans un quartier malfamé de la ville, un bouge et surtout il boit beaucoup. L’année suivante, il doit l’emmener au cinéma et au restaurant mais il est à nouveau totalement saoul et son fils doit prendre le volant pour le ramener. Pendant quatre ans, il n’a plus de nouvelles de lui. Sa mère reste un mystère, comme sa naissance. Lorsque son père reprend contact, Franklin a douze ans et va seul rejoindre cet homme qu’il craint mais qu’il aimerait apprendre à connaître. La désillusion est telle que le jeune garçon se promet de ne plus le revoir.

Les années passent lorsqu’un jour l’homme se manifeste à nouveau. Franklin a désormais seize ans – il a désormais un corps d’homme, grand et musclé car le jeune homme, en plus d’aider son grand-père à la ferme, passe désormais tout son temps à l’extérieur avec sa jument. Le vieil homme, pourtant blanc, lui a appris toutes les techniques de chasse et de survie dans la nature, les plantes médicinales et comment fabriquer des pièges. Franklin est un garçon solitaire – il part désormais seul plusieurs jours dans les bois vivre comme ses ancêtres. Il a d’ailleurs trouvé à un endroit des peintures rupestres, et passe beaucoup de temps à essayer de les comprendre. Quand Eldon, son père, lui demande de venir – Franklin refuse mais le vieil homme insiste : son père se meurt. La boisson a détruit son foie et ses jours sont comptés. Franklin accepte d’aller voir son père une dernière fois – celui-ci lui demande alors d’accepter de l’accompagner jusqu’à la montagne pour y être enterré comme un guerrier. Le fils hésite puis accepte sous condition que son père lui raconte sa vie et sa naissance, et lui parle enfin de sa mère. L’homme accepte. Franklin installe son père, grièvement malade, sur sa jument et les deux hommes s’engagent pour une traversée de l’arrière-pays magnifique et sauvage de la Colombie Britannique.

Eldon livre alors, peu à peu, entre deux crises aiguës, les secrets entourant sa propre vie : sa naissance, la disparition prématurée de son père puis ce beau-père violent et surtout son amitié avec un autre enfant Indien avec qui il fera les quatre cents coups et partira finalement à la guerre.  De sa vie jusqu’à la rencontre avec la mère de Franklin – toute sa vie n’aura été qu’une succession de moments sombres, ponctués de violence avec fort heureusement quelques moments de lumière comme sa rencontre avec elle.

Peu à peu, le fils et le père vont alors se rapprocher et l’adolescent va enfin pouvoir saisir sa propre histoire et être plus indulgent envers cet homme, dont avouons-le, le destin n’aura laissé aucune chance.  Que dire de plus ? Que les mots de Richard Wagamese viennent vous frapper droit au coeur – qu’on est comme suspendu aux faits et gestes du garçon et aux paroles du père, qu’on est là avec eux à chaque instant.

Richard Wagamese appartient à la nation Ojibwé. Il est le premier lauréat indigène d’un prix de journalisme national canadien et est régulièrement récompensé pour ses travaux. Il vit actuellement à Kamloops, en Colombie britannique. Les Étoiles s’éteignent le matin est son premier roman traduit en français et un second est en cours de traduction ! Quant à moi, j’ai déjà commandé son prochain roman (en anglais), assurément une découverte majeure pour moi !

PS : Edit – depuis, j’ai commandé deux de ses romans en anglais. Si ce n’est pas une déclaration d’amour 😉

♥♥♥♥♥

Editions Zoe, Medecine Walk, traduction Christine Raguet,  288 pages

 

14 thoughts on “Les étoiles s’éteignent à l’aube

  1. J’ai failli le prendre chez mon libraire la semaine dernière, j’ai du faire un choix, j’ai pris La marche de la mort, mais celui-ci…je pense que ce sera mes achats du mis qui vient

    1. Ah ! Je l’ai vu mis en en avant dans une librairie nantaise – car il en vaut la peine ! Mais je comprends qu’il faille faire un choix 🙂 L’achat du mois prochain, c’est une excellente idée !

  2. Bravo de mettre en lumière cette littérature mal connue…Damned ! encore des dépenses en vue…

    1. Je dois déjà bosser sur une autre traduction, mais si personne ne s’y met 🙂 Je ne comprends pas pourquoi ils ont mis tant de temps à le traduire, surtout par chez toi. Quels souvenirs oui ! Surtout après une lecture décevante et ardue 😉

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