La peine capitale

avril 13, 2016
La peine capitale

Santiago Roncagliolo m’a embarqué à Lima, au Pérou en 1978. Et quelle épopée ! Entre le pays, qui vit au rythme des matches de la coupe du monde (chaque chapitre a le titre d’un match qui oppose le Pérou à un autre pays) et une sordide opération des services secrets péruviens, argentins avec la CIA en fond de toile, l’écrivain péruvien nous présente son héros : Félix Chacaltana Saldivar.

La peine capitale Santiago RoncaglioloFélix est assistant archiviste au palais de Justice à Lima. Le jeune homme est un fonctionnaire zélé, il prend son travail très au sérieux et est un garçon à sa maman. Cette dernière, une veuve austère et bigote lui mène la vie dure.  Ainsi elle est contre sa relation avec Cécilia, sa petite amie et souhaite qu’il passe tout son temps libre à l’église avec elle. Félix aime son travail, la rigueur, la loi et l’ordre. Aussi, est-il fortement troublé lorsqu’on lui remet un procès-verbal rédigé à la va-vite et dont il ne sait que faire. Cette « irrégularité administrative migratoire mineure » ne gêne pas le moindre du monde son directeur, qui n’a qu’une envie : regarder tous les matches de la coupe du monde. Spectacle dont Félix n’a que faire surtout lorsqu’il est envoyé par ses pairs sur le lieu d’un crime et qu’il découvre avec horreur que la victime est Joaquin, son seul ami. Professeur à la faculté, il jouait souvent aux échecs avec Félix et la dernière fois qu’ils s’étaient vus, Félix l’avait trouvé nerveux et pâle.

Alors que la ville est paralysée par les matches de la coupe du monde, où le pays entier retient son souffle sauf pour hurler sa joie à chaque but péruvien, les assassins en profitent pour couvrir leurs crimes. L’écrivain péruvien retranscrit tout au long de son roman comme un fil rouge les commentaires des journalistes sportifs alors que se trament de véritables tragédies. Cette pépite narrative donne un rythme très agréable au récit.

Notre parfait Candide, à la demande du père éploré de Joaquin, accepte d’aller chez son ami. Lorsqu’il découvre des tracts de partis d’opposition et des faux passeports, il décide de se lancer dans une enquête sordide pour retrouver les assassins.  L’assistant-archiviste croit naïvement que son ami faisait partie d’un groupe de « subversifs » et que ces derniers l’ont trahi. Ces méchants communistes qui veulent renverser le pouvoir alors que les premières élections démocratiques sont organisées d’ici quelques jours dans le pays après dix ans de contrôle par l’armée péruvienne. Félix a une bonne foi à toute épreuve, il est profondément honnête et patriote, il souhaite défendre sa patrie et voit en l’armée une alliée à son enquête et ne peut jamais envisager une autre explication.

Malgré ses découvertes, comme l’opération Condor, où les services secrets de plusieurs pays (dont l’Argentine) ont accepté d’échanger leurs prisonniers subversifs (des étudiants arbitrairement arrêtés et qui rejoignent les rangs des milliers de disparus), et ses rencontres comme ces activistes sur le qui-vive, ou cette mission secrète pour cet Amiral de l’Intelligence navale ou encore cette femme blonde mystérieuse, notre Candide continue son chemin bon gré mal gré, toujours animé de cette farouche volonté de faire la lumière sur ce crime.

Perou Lima football team

Tout au long de ce roman, on suit également son histoire d’amour avec Cécilia et la relation compliquée avec sa mère, on parle cuisine péruvienne, religion, on suit chaque match de la coupe du monde (et où on finit par connaître les noms de certains joueurs), bref on garde le sourire malgré l’atrocité de certaines scènes – comme les lieux de torture de ces « disparus » que Félix découvre en Argentine. On apprend beaucoup sur l’histoire de ce pays et sur les nombreux immigrés qui ont fui Franco. Vous savez quel est le mot qui m’est venu à l’esprit en lisant ce roman ? Bienveillant. L’auteur est bienveillant, avec nous, ses lecteurs. Et que c’est agréable !

Une excellente découverte pour moi, un livre que j’ai dévoré en deux jours et où je découvre à présent que l’auteur péruvien raconte ici les années de formation de l’anti-héros de son roman le plus connu, Avril rouge, qui fut récompensé de nombreux prix lors de sa parution en 2006.  Santiago RONCAGLIOLO vit aujourd’hui en Espagne.

J’ai bien entendu maintenant très envie de me jeter sur Avril rouge.

♥♥♥♥♥

[highlight color= »color here »] Éditions Métailié, Noir, trad. François Gaudry, 380 pages [/highlight]

18 commentaires
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18 commentaires

Hélène avril 13, 2016 - 8:45

Un auteur péruvien, ce n’est guère courant !

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Electra avril 13, 2016 - 9:26

Oui, je me suis aussi fait la réflexion ! Moi qui suis toujours dans le même hémisphère !

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keisha avril 13, 2016 - 9:38

En péruvien, il y a Vargas Llosa quand même!
Sinon, on a frôlé la lecture commune, j’ai dévoré ce bouquin, et le billet est pour vendredi je pense. Mon avis est semblable au tien : à lire, et aussi envie de découvrir Avril rouge!
Je découvre l’équipe argentine, je n’avais pas pensé à une photo! J’ai quand même vérifié à ‘coupe du monde 1978’, je pense qu’on peut faire confiance à l’auteur pour les résultats.

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Electra avril 13, 2016 - 10:28

Oh une presque LC ! Mdr
Et non, ma chère – je découvre encore les auteurs sud américains 😉
et il me faut Avril Rouge !
Pour l’équipe argentine, bizarrement mon père et ses amis, et mon beau-père parlent assez souvent de cette coupe du monde, de l’Argentine aussi il fallait mettre une photo et je vais passer le livre à mon beau-père, les commentaires de foot vont lui rappeler des souvenirs !

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keisha avril 13, 2016 - 2:35

Ce qui est chouette dans ce roman, c’est l’utilisation de cette coupe, radio, télé, etc. durant la narration, de façon absolument naturelle.

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Electra avril 13, 2016 - 2:48

Oui c’est ce que j’ai aimé, pourtant je n’aime pas le foot mais là ça marche – le pays qui arrête de respirer .. la tension palpable ! on est vraiment en 1978 😉

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Jean-Marc avril 13, 2016 - 2:32

Avril rouge est excellent et très violent. On commence par se moquer gentiment du « héros », un peu coincé, un peu risible, puis peu à peu, on ne rigole plus du tout.
Et ce nouveau est bien évidemment dans ma pile, pas très loin du haut !

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Electra avril 13, 2016 - 2:49

Ah super ! Je me demandais puisque dans Avril Rouge, le héros a vieilli .. ici on le découvre tout jeune, zélé ! Tu me diras ce que tu en penses ! Moi il faut que je déniche AR ! 🙂

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Océane avril 14, 2016 - 1:15

Je plussoie Keisha, ne pas passer à côté de Vargas Llosa (que je déteste politiquement, il est ultra libérale et de droite ^^ mais que j’adore en tant que romancier !)
Je note le titres pour mes nuits polar 🙂

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Electra avril 14, 2016 - 1:48

Okay ! mais j’imagine qu’il en a écrit beaucoup, un en particulier ?
Sinon, oui il faut que tu lises cet auteur péruvien.

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keisha avril 15, 2016 - 9:18

Voilà le vargas llosa chez moi
Mario Vargas Llosa : La tante Julia et le scribouillard Qui a tué Palomino Molero? Lituma dans les Andes
Que du bon!

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Electra avril 16, 2016 - 8:17

ah merci Keisha ! Je suis certaine de le trouver en bibli 😉

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Jean-Marc avril 15, 2016 - 11:17

Vargas Llosa pour les amateurs de noirs bien noir ? La fête au bouc et La ville et les chiens. Attention, ça secoue !

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Electra avril 16, 2016 - 8:18

Les titres sont vraiment amusants, je vais me lancer alors ! et j’aime le café bien noir 😉

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Marie-Claude avril 16, 2016 - 4:38

Le foot et moi… aucune affinités. Mais il en était de même avec la pêche et, depuis ma découverte de William G. Tapply, je rêve d’attraper un gros poisson! Y’a de l’espoir!

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Electra avril 16, 2016 - 8:19

Ici ce n’est que le fil rouge .. et l’écrivain joue avec l’espoir de tout un pays, les buts manqués .. c’est vraiment bien fait (et je n’aime pas le foot !)
Je crois qu’il te plairait bien ! j’en suis même certaine 😉

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Marie-Claude avril 20, 2016 - 4:28

Dis ainsi, je n’ai plus le choix! Je t’en dois d’ailleurs une! Tu n’avais pas aimé « Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman »!!!

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Electra avril 20, 2016 - 9:55

Non pas du tout aimé 🙂 Mais là, tu vas beaucoup aimer car l’auteur est bienveillant avec le lecteur, le rythme est plutôt lent (bref, c’est du Sud Américain qui me fait penser à du Scandinave) !

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