Le dresseur d’insectes

octobre 23, 2015
Le dresseur d’insectes

J’ai eu récemment une soudaine envie de lire un polar (au final j’en ai lu deux d’affilée) et je ne le regrette pas ! Toujours céder à ses envies littéraires 😉 J’avais commandé au Père Noël l’an dernier ce livre après avoir eu envie de découvrir l’univers d’un autre romancier islandais. Mon choix s’était porté sur Árni Þórarinsson  (Arni Thorarinsson en vf) 😉   Malheureusement, je me suis plantée, je n’ai pas commandé le premier volet de cette série (Le temps de la sorcière) qui met en avant Einar, journaliste au Journal du Soir à Akureyi. Le dresseur d’insectes est le second volet des aventures de ce correspondant quarantenaire, père divorcé qui aime porter un regard sociologique sur la société islandaise actuelle.

Einar vit à Akureyi – quatrième ville d’Islande située au nord à l’ouest du fjord Eyjafjörður  qui compte environ 18 000 habitants. Tous les ans, la ville organise la grande fête des commerçants qui attire des milliers de touristes venus faire la fête (un peu comme nos féria dans le Sud-Ouest). Résultat : en plus des nombreuses gueules de bois, la ville doit faire face à une hausse non négligeable des agressions, des vols et même d’agressions sexuelles. Einar est lui occupé à dormir dans une vieille maison, rue Hafnarstraeti, après qu’un appel anonyme lui ait parlé de fantômes .. Mais Einar et sa collègue photographe Joa ne trouvent rien de spécial à cette vieille maison dont le propriétaire s’est suicidé au Noël précédent.

le dresseur insectes thorarinssonLa fête va commencer et Einar voit sa fille adolescente Gunnsa débarquer chez lui avec son petit ami Raggi. Le journaliste est inquiet de laisser son ado trainer dans les rues ces soirs de beuverie mais Gunnsa promet d’être sage. Au lendemain de la première soirée, un homme a été attaqué et blessé violemment et Einar reçoit un nouvel appel anonyme l’incitant à retourner à la vieille maison. Accompagné de son ami Olafor Gisli Kristjansson, commissaire de police, ils y font une découvre macabre : le corps d’une jeune fille blonde flotte inanimé dans la baignoire. L’enquête commence, sous la pression du grand chef à Reykjavik, un parvenu nommé Trausti que déteste Einar (et Hannes, le rédacteur chef poussé peu à peu vers la sortie).

Einar doit également composer avec Agust Örn, le neveu du commissaire, photographe stagiaire au journal qui a des idées bien arrêtées. Einar doit jongler entre ses problèmes personnels et l’enquête – la victime Palina Halldora, la mystérieuse Viktoria qui a passé les coups de fil anonymes, Assmundur Fanndal, avocat à la Cour suprême, héritier de cette maison hantée….

Le rythme est bien plus rapide que dans les romans d’Erlendur d’Anarldur Indridasson (que j’adore ♥♥♥♥♥) il nous présente ici une Islande plus moderne où la pression capitaliste a largement modifié le mode de vie autrefois séculier des Islandais – celle-ci s’exprime ici par le grand patron des médias dont celui du Journal du Soir qui veulent faire évoluer l’information et mettent la pression sur les correspondants pour sortir des articles « coup de poing ». Ici tout est compétition et concurrence et puis la jeunesse a bien changé. Ani l’exprime à travers celle de Gunnsa qui ressemble en tout points à celle de tous les jeunes Occidentaux : les réseaux sociaux, la fascination pour les stars américaines, la fête …

La pire chose qui soit arrivée à l’humanité est l’arrivée de l’adolescent », affirmait mon professeur d’anglais au lycée, phrase qu’il tenait probablement de quelqu’un d’autre. « Avant son apparition, seuls existaient les enfants et les adultes. Les adultes commandaient les enfants, qui, à leur tour, commanderaient les leurs une fois qu’ils seraient en âge d’en avoir. Tout était clair, simple et parfaitement contrôlable. Au milieu du siècle, l’espèce que l’on appelle adolescent est venue chambouler toute cette belle mécanique. Sont alors apparus des gens qui, dans leur nature, étaient des enfants des corps adultes et considéraient détenir les mêmes droits et prérogatives que leurs aînés, bien que n’ayant pas acquis la maturité nécessaire à leur exercice.

Arni Thorarinsson pose un regard sans fard sur sa patrie mais sait aussi rappeler la beauté de son pays, l’histoire avec un grand H, les Viking, la domination danoise, la présence américaine, etc. Je connais assez bien ces pans de l’histoire islandaise grâce aux aventures d’Erlendur et j’ai trouvé que si Arni (qui ne le cache pas) a une écriture et un style assez influencés par les polars américains, il sait quand même préserver le « cachet islandais » qui en fait une enquête passionnante et rythmée.

Le hasard a fait qu’il a participé à un documentaire dédié à quelques auteurs islandais diffusé récemment sur Arte. Il confirmait bien qu’enfant il était très influencé par la présence de l’armée américaine, avec son mode de vie, sa musique et sa télévision.

La preuve en est dans ce roman dont le titre lui-même fait référence à une chanson des Kinks, Death of a clown, qui obsède le personnage (passionnant au demeurant) de Viktoria. Celle-ci chante souvent des extraits de la chanson et Einar la reprend. Eric Boury a choisi de ne pas traduire ces passages (qui sont en anglais). Cela ne m’a pas gêné, étant bilingue, mais quelqu’un qui ne parle pas anglais, j’avoue, aura sans doute du mal à comprendre l’importance de cette chanson dans l’histoire.

The old fortune teller lies dead on the floor

Nobody needs fortune told anymore

The trainer of insects is crouched on his knees

And frantically looking for runaways fleas

J’ai bien accroché au personnage d’Einar donc je compte me procurer le premier volet de ses aventures (dont il fait mention dans le livre mais qui n’empêche nullement sa compréhension). Chose faite puisque j’ai commandé le livre à la nouvelle librairie dont je vous ai déjà parlé. L’Islande vit actuellement une période phare de son histoire, longtemps isolée de tous, puis pion central pendant la guerre froide, première victime de la crise capitaliste de 2008, l’Islande s’est réveillée, sonnée comme avec une grosse gueule de bois en se posant aujourd’hui les bonnes questions concernant son avenir.

city of Akureyi

Je me suis amusée à lire les notes de bas de page du traducteur car après dix ans avec Erlendur (et Eric Boury), je connais déjà très bien toutes ces particularités islandaises qui font de ce pays une contrée encore mystérieuse et unique. Le reportage sur Arte les mentionnait également car elles font partie du paysage des romans islandais, comme le fameux Islendingabok  (Le Livre des Islandais) qui retrace toute la généalogie (ou presque) du peuple islandais depuis le IXème siècle.

Et la fameuse règle des noms en islandais : on attribue un prénom (exemple Einar) et le patronyme (le nom pour nous) sera créé automatiquement en prenant le prénom du père (ex : Krijstian) et en ajoutant à la fin le suffixe « son » pour les fils (Kristjansson) et le suffixe « dottir » pour les femmes (Krijstiansdottir) sauf certains cas rares où c’est le prénom de la mère qui est utilisé). Je connais ce système car il existe en Russie. Vu qu’à chaque génération, le patronyme évolue, les recherches (dans l’annuaire ou autres listing) se font donc par le prénom. Rappel : l’Islande compte environ 329 000 habitants.

Bref, je m’égare, au final un livre qui se lit bien, un bon page-turner et regardez-moi cette ville .. On a bien envie de s’y rendre, non ?

♥♥♥♥♥

[highlight color= »color here »]Arni Thorarinsson, Editions Points, trad.EricBoury, 442 pages[/highlight]

9 commentaires
0

Vous pourriez aussi aimer

9 commentaires

Marie-Claude octobre 23, 2015 - 2:17

J’en ai souvent entendu parler, mais je n’ai jamais lu. Passionnant, ton billet. J’ai bien envie de craquer pour « Le temps de la sorcière ». Pour une fois, je ferai les choses dans le bon ordre!
Et j’ai lu qu’un nouvel opus doit paraître en début d’année: « Crime. Histoire d’amour ». À suivre, donc.
Liras-tu le dernier Indridason?

Reply
Electra octobre 23, 2015 - 2:26

Oui, moi je l’ai commandé car depuis il a écrit deux ou trois autres aventures avec Einar et je veux « bien faire » comme toi ! même si je connais dorénavant Einar (comme savoir pourquoi il n’est plus avec la mère de Gunnsa ou comment il est devenu journaliste, etc.)
Le dernier Indridason ? Tu parles d’Opération Napoléon ? car je l’ai lu anglais quand j’étais à Bangkok en 2012 – beaucoup d’Histoire (toujours passionnant) et un flic dont on ne connaît jamais le nom (mais qui semble plus jeune qu’Erlendur) et un rythme plus soutenu. Mon billet (déjà !) est par là : http://www.theflyingelectra.com/2012/08/operation-napoleon.html
Je sors du kiné avec un strapping rose au bras ! youpi 😉

Reply
Virginie octobre 23, 2015 - 2:28

Je suis fan d’Indridason moi aussi et j’ai repérés ceux-là depuis un petit moment ! Tu me tentes encore plus !

Reply
Electra octobre 23, 2015 - 2:33

J’étais aussi curieuse et j’ai franchi le pas ! Une vision un peu plus moderne de l’Islande mais ce pays me fascine ! On trouve ses romans en Poche de surcroit donc pas cher !

Reply
keisha octobre 23, 2015 - 2:48

Hum, j’en ai lu un de cet auteur et me suis vaguement ennuyée…
Là je sors du dernier Abbey, le cow boy, là, paru chez Gallmeister. Peut être l’as tu lu en VO? J’ignore en fait où tu en es avec Abbey (de ‘connais pas’ à ‘il me le faut’)

Reply
Electra octobre 26, 2015 - 11:05

Je le connais et j’ai un de ses romans (déniché en brocante) et je veux le lire depuis très longtemps donc tu vas me griller ! j’attends ton billet

Reply
jerome octobre 26, 2015 - 8:26

J’en suis resté à Indridasson pour ce qui est des polars islandais, ce serait l’occasion de varier les plaisirs 😉

Reply
Electra octobre 26, 2015 - 11:05

Oui, il est plus « moderne » et « rythmé » que son collègue mais on retrouve toujours avec plaisir cette si petit île où tout le monde se croise !

Reply
Le temps de la sorcière – Tombée du ciel mai 16, 2016 - 12:09

[…] découvert le personnage d’Einar, journaliste à Akureyi en Islande au Journal du Soir dans Le dresseur d’insectes. Le personnage m’avait bien plu. Aussi s’agissant du deuxième volet, j’ai eu […]

Reply

Saisissez votre commentaire