Incidents in the Life of Markus Paul

octobre 10, 2015
Incidents in the Life of Markus Paul

Par une belle journée en 1985, Hector Penniac, 17 ans, un garçon Micmac d’une réserve locale d’indiens Premières Nations* commence tout juste son premier job pour payer ses futures études à l’université. Docker au port, il doit charger du bois dans les cales d’un navire hollandais. A midi, Hector est mort. Et son voisin, une jeune homme blanc nommé Roger Savage, devient le principal suspect. Le décès d’Hector va venir bouleverser l’équilibre très fragile qui existe au sein de cette communauté très unie et ses relations toujours tendues entre la communauté blanche.

incidents in the life of mpaulC’est en cherchant des romans dont l’action se situe au New Brunswick que j’ai découvert l’œuvre de David Adams Richards, romancier canadien prolifique et comparé aux plus grands au Canada. J’ai eu l’envie de lire ce roman car le thème m’intéresse particulièrement : une réserve indienne Mi’kmaq (Micmac) au Canada dont l’un des leurs, à l’avenir prometteur, est tué. Le roman est foisonnant, l’auteur canadien aborde de multiples thèmes :  crime et punition, vengeance ou justice, pouvoir, vérité ou  mensonges, le fil rouge étant l’enquête sur le crime ou le non crime (accident?) entourant Hector tout en offrant au lecteur un portrait d’une communauté indienne, qui peine à trouver ses repères dans une époque où le présent n’a pas encore soigné les plaies du passé.

Le Canada n’a pas réussi à « traiter » la question indienne – comme leur voisin américain, la question indienne reste en suspends. Les indiens ont été parqués dans des réserves et soigneusement oubliés. Ces derniers s’étaient réveillés dans les années 70 et 80 en organisant des manifestations. Les indiens Mi’kmaq sont répartis principalement sur les territoires du New Brunswick, de la Nouvelle-Ecosse, de l’Ile Saint-Édouard et une minorité au Québec. Victimes comme leurs cousins américains des mêmes maladies (varicelle et alcool), leur communauté a failli disparaitre avant d’atteindre aujourd’hui 20 000 personnes. Seule un tiers parle couramment leur langue (largement influencé par les colons français puis anglais, les Mi’Kmaq anglophones ont peine à comprendre les Mi’kmaq francophones). Mais revenons au roman !

Markus Paul était le petit-fils du chef de la tribu indienne. Enfant à l’époque des faits, il revient bien des années plus tard, décidé à élucider cette énigme qui a provoqué la lente désintégration de sa communauté et la mise à pied de son grand-père, autrefois respecté par son peuple mais dont la mort d’Hector Penniac lui a coûté sa position et bien plus. Richards a un talent incroyable, il sait comment montrer la lente et pernicieuse peur de l’autre qui va mener à la perte plusieurs personnages dont ceux qui servaient d’exemple à la communauté. Tous leurs repères sont bientôt perdus. D’un accident qui n’en est pas un, à la construction d’un centre culturel qui n’en finit pas, à la réapparition du demi-frère violent de la victime, tous ces éléments participent à la lente désintégration de cette communauté, autrefois paisible.

« At first there was no answer. Inside the door into the old porch, it was almost darker than midnight. They stood together ; he and his grandson. And as Amos knocked, Markus whispered :

« Have you ever been in a white person’s house? »

« Yes, » Amos whispered, « when I delivered salmon to the cottages. But those are not houss, they are cottages – even though they are ten times the size of our house. But this house looks more like our house. »

« Yes, » Markus said, shaking slightly. « I’ve never been in a white man’s house before. »

« Well, I saw them up at Sobeys, and they buy Red Rose tea just as we do, »Amos said. (p.232)

Richards n’a pas une vision manichéenne des hommes, ces personnages ne sont jamais totalement ni mauvais, ni bons. Ils sont parfois guidés par l’avidité ou la soif de gloire mais ils sont surtout profondément marqués par leur éducation et l’absence de reconnaissance du peuple canadien. Le romancier sait ainsi créer des personnages d’une profondeur assez rare dont les rêves sont sans cesse fracassés par la réalité et dont le désenchantement vient rythmer le roman. Une prose exceptionnelle et le lecteur est comme aspiré par les errements de ces personnages, leurs doutes, leur colère et toujours cette soif de reconnaissance.  Le talent de Richards est d’apporter une touche de magie en introduisant ci et là des détails prémonitoires, et au fur et à mesure que l’enquête de Markus Paul avance, les personnages révèlent leur part de lumière et leur part d’ombre et le lecteur comprend peu à peu leur rôle dans la tragédie.

En parallèle, le lecteur suit le destin du vieux chef indien, Amos Paul, longtemps respecté par ses pairs, mais dont le refus d’accuser sans preuve le jeune Savage va voir son statut de sage et d’exemple mis à mal. Sa mise à l’écart va fortement marqué son petit-fils mais cet homme n’avait-il pas raison au fond? Sa connaissance de l’âme humaine, blanche ou indienne, est impressionnante comme ses paroles pleines de sagesse. Lui et Markus sont des personnages très attachants.

Car Hector est tout sauf la seule victime – Savage l’est également ainsi qu’une troisième jeune victime Mi’kmaq (dont j’ai rapidement deviné le sort). J’ai beaucoup aimé la manière dont Richards raconte comment Savage, désigné coupable de la mort de Hector sans autre forme de procès, va sentir acculé et basculé dans la violence. Car ce jeune homme blanc qui a grandi avec les Mi’kmaq, installé à la limite de la réserve va bientôt voir surgir les ombres des guerriers indiens venus réclamer son scalp. Comme si sa mort pouvait venger celle d’Hector mais aussi toutes les atrocités commises par ses ancêtres. Et nous lecteurs, sommes témoins impuissants de sa mort programmée.

When he was a teenager, Brice Peel started to have seizures. Bill Monk gave him drugs. Brice began to like the drugs. He went to Bill to get more. He learned how to get the most ouf of them. He like cocaine. He went to dances. He began to step-dance on a table, all by himself.

Most of the time he was « right ouf of her », as they say here. He lost his teeth in a fight. He was down to 122 pounds. H liked things that would give him adrenalin. (…) Brice lived in town. He had no telephone numbers of girls. He had no happy memories of home. He kept some budgie birds and a rabbit, and picked up stray cats to feed. He had milk bowls outside his little apartment door. He read Isaac Asimov and Arthur C.Clarke. The books allowed him to vanish into space gullies and dragons in the sky ».  (p.246)

Tout en suivant le retour de Markus Paul et l’enquête sur la mort d’Hector, Richards s’attaque aussi à la grande Histoire et rappelle les blessures toujours béantes de ces communautés indiennes, en ouvrant les portes de ces réserves jusqu’ici fermées. Un superbe roman, profond, foisonnant et doté d’une prose sublime, touché par la grâce.

Le livre a été traduit en français par les Éditions de la Pleine Lune sous le titre Enquête dans la réserve. Il est disponible sur Amazon ou en format numérique (ici).

* Les indiens Mi’kmaq font partie des peuples algonquiens maritimes. Ils sont répartis sur une quinzaine de grandes réserves et une dizaine de plus petites, certaines ne comptant qu’une dizaine d’individus. Il n’en existe qu’une seule côté américain. Ils parlent plusieurs dialectes. Ce sont des chasseurs et des pêcheurs émérites (orignal, phoque, baleine ….) connus pour leur talent d’ébéniste en matière de canoë. Historiquement, ils ont combattu les Iroquois et les Inuits et se sont toujours alliés du côté français face aux anglais. Aujourd’hui, très peu de jeunes parlent la langue et leur culture disparait peu à peu même si leur population atteint aujourd’hui les 20 000 âmes.

[highlight color= »color here »] David Adams Richards, Éditions Anchor Canada, 291 pages[/highlight]

Challenge Canada pour le territoire du New Brunswick

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2 commentaires

Marie-Claude octobre 10, 2015 - 10:13

Punaise… Je m’en veux là. Je suis complètement passée à côté. Après une vingtaine de pages lues, je l’ai mis de côté. Le style m’agaçait particulièrement. La faute à la traduction, sans aucun doute.
Heureusement, je ne l’ai pas encore vendu. Je vais m’y repencher, une fois dans de meilleures dispositions. Parce que ta façon d’en parler me convainc, une fois de plus! Impossible de passer à côté de cette histoire.
J’espère que tes séances de kiné te font du bien et que tu vois enfin le bout du tunnel…

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Electra octobre 11, 2015 - 9:10

Oh tu avais commencé à le lire ? Je l’ai trouvé un peu lent au démarrage mais ensuite je me suis attachée aux personnages – Markus et son grand-père Amos et Savage et voir comment une communauté peut se déchirer.

Pour le style, c’est vrai que Adams a un style bien prononcé (et châtié) et tu as raison la traduction peut parfois pêcher.

Je crois que tu seras la seule à commenter vu le titre du livre totalement inconnu 😉

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